Gunnm – Yukito Kishiro

Gunnm. 1990-1995
Origine : Japon

Genre : Science-Fiction – Anticipation
Auteur : Yukito Kishiro

Je vois des monstres partout

Il existe des histoires qui vous marquent l’esprit au point que la série de manga Gunnm trône en de multiples éditions dans mon étagère. Mais pourquoi plusieurs me direz vous ? Quel genre de récit peut pousser un lecteur à sauter sur chaque version du manga de Yukito Kishiro ? C’est via cet article que je vais tenter de vous initier au monde obscur de Kuzutetsu.

Gunnm est un manga né de l’esprit torturé de Yukito Kishiro. Celui-ci est accroc aux monstres dès sa plus tendre enfance. Il profite de son temps libre pour dessiner des histoires violentes emplies de créatures hideuses. Durant le lycée, il perfectionne ses techniques accumulant de multiples planches de dessins qui finiront par payer car il gagnera le premier prix d’un concours organisé par le magazine Shonen Sunday comme meilleur dessinateur débutant (entre autres). Peu enclin à débuter sa carrière sur les chapeaux de roues, il poursuit des études d’art. Ses études terminées, dès 1988, il travaillera pour la Shogakuhan et Kadokama. Il pondra quelques séries avant de s’atteler à la série Gunnm en 1991, alors qu’il n’a que 24 ans.

Comme vous le comprendrez, Gunnm est une série de jeunesse et c’est pour cette raison que l’auteur a subi une pression qui a eu des conséquences assez incroyables sur le titre… Mais avant cela, une petite présentation s’impose sur ce qu’est Gunnm.

J’ai rêvé d’un flingue libre

Gunnm a pour prononciation “gan mu”, contraction de gun and dream en japonais (“gan” est une homophonie de “gun” et “mu” signifie “rêve”). Ces deux mots ont leur importance tout au long des 9 tomes (ou 7 selon la version et l’édition) de Gunnm ainsi que dans Gunnm Last Order. L’histoire nous conte le parcours initiatique de Yoko ou Gally pour retrouver sa mémoire (et par la suite bien plus !). Pour elle et nous tout débute sur une terre futuriste dévastée où la différence de classes est plus marquée que jamais via deux villes : Zalem, cité des nantis, et Kuzutetsu, dit la décharge. C’est dans cette décharge que va débuter le parcours de Yoko via sa découverte par Ido, un exilé de Zalem. Il la prénomme Gally, lui offre un corps mécanique en complément de ce qu’il a trouvé (à peine un torse et une tête mais surtout un cerveau humain) et la traite comme sa propre fille (même si Gally n’est pas un nom de fille). Le calme dans lequel ils vivent est de courte durée car Ido a une autre activité bien moins noble que celle de médecin en cybernétique, et Gally possède des capacités au combat qui dépassent tout ce qui existe en cette sombre période.

De nombreux thèmes sont abordés dans Gunnm ainsi que Last Order. Je vais citer ceux qui m’ont le plus marqué afin de vous laisser le plaisir de découvrir les autres.

La symbolique ou plutôt les symboliques abordées :

La paix à tout prix ?

La Terre se partage en deux univers bien différents : Zalem, une cité flottante inaccessible où règne une paix et une stabilité fragile obtenue à un prix des plus exorbitants et Kuzutetsu où règne la violence, froide, glauque et sans pitié. Si à Zalem ne vivent que des humains, à Kuzutetsu vivent majoritairement des cyborgs qui souhaitent fuir la décharge pour accéder à cette cité perçue comme divine. Mais en serait-il toujours ainsi si ces cyborgs apprenaient le prix à payer pour la paix ?

Les mythes religieux et mythologiques de Gunnm

De nombreux clins d’œil aux religions et autres mythes sont abordés durant les différents tomes qui donnent naissance au mythe de Yoko.
Le christianisme, les mythes Arthuriens, les mythes Nordiques, tous sont brassés, mélangés dans un maelström magnifique qui reste cohérent et vous pousse à vouloir en apprendre plus sur ceux ci.

La recherche de l’humanité

Si on suit le parcours de Gally, on voit vite ce qu’elle cherche avant toute chose : devenir humaine.
Mais qu’est ce que l’humanité ? La question a de multiples réponses : Est-ce un corps naturel ? Une âme ? Une vie sociale ? Chacun trouve sa réponse parmi les amis et ennemis de la jeune martienne.

En voilà trois, mais il en existe bien d’autres que vous prendrez plaisir à découvrir j’en suis sûr…
Reste à conclure sur la raison qui va vous pousser à acheter ou non toutes les versions papier de Gunnm.
Car oui, il existe en tout trois éditions de Gunnm qui méritent leur place dans votre étagère :

La première version en 9 tomes petit format éditée par Glénat

L’adaptation ayant été faite à partir de la version américaine, elle souffre de quelques erreurs et incohérences dues à la double traduction. Mais elle contient la première fin faite par Kishiro alors que celui-ci était fatigué sous le poids de la pression. Certes ce n’est pas la meilleure car elle se finit à la va-vite laissant en suspens de nombreuses questions. Attention, lorsque l’auteur de ces lignes parle de fin à la va-vite avec une qualité en dessous de la moyenne, cela ne veut pas dire qu’elle mérite la mise à mort.

Disons pour rester objectif que cette fin règle en 300 pages toutes les intrigues développées durant les 7 tomes précédents. Ce qui est cout au vu de tout ce qui a été mis en place. Pour autant, si on met de côté la densité de l’écrit, la conclusion est sympathique et permet de voir l’évolution des personnages avec un happy end désiré entre Gally/Yoko et Fogia.

La seconde et troisième version en 6 à 7 tomes

La deuxième version existe en petit et grand format. Il est conseillé, si possible, de prendre la grande qui est plus proche de la version japonaise en 6 volumes. De plus elle se trouve agrémentée de divers bonus et histoires courtes. L’adaptation a été refaite à partir des planches et des textes japonais, mais certaines erreurs de la première adaptation ont été conservées. Y sont ajoutés les trois histoires de Gunnm Gaiden :

Douce Nuit

Il s’agit d’un prequel sur l’arrivée d’Ido à la Décharge. Il relate son arrivée à Kuzutetsu et la romance qui fera de lui un docteur en cybernétique.

Le Doigt Sonique

Cet épisode relate l’affrontement entre le Doigt Sonique et Gally. Cet épisode est l’occasion pour Kishiro de tester certains effets graphiques. la première partie de l’histoire est en effet légèrement différente de la seconde via les effets utilisés.

Borne 50 ou origines

Ce passage relate les premiers exploits de Gally en tant que TUNED. Les dialogues sont quasi-inexistants, à l’image de la borne muette. Cela augmente l’intensité des sentiments exprimés.

Ajoutons des concepts arts, des présentations des jeux Playstation et une timeline et vous avez de quoi vous faire plaisir.

La dernière version de Kishiro n’est autre que la version en 6 tomes mais réduite au format manga (bref la version de base sans la fin se déroulant sur Zalem). L’intérêt de cette version est de garder une certaine homogénéité avec ce qui va suivre.

S’il manque la fameuse fin initiale – pourquoi ? – la réponse se trouve dans la série Last Order qui offre à Kishiro l’opportunité de pouvoir terminer Gunnm comme il l’entend et de nous offrir une fin où les questions trouveront (peut-être) leurs réponses.

Last Order ou comment se la jouer Peter Jackson (faire une trilogie à rallonge de la nouvelle Bilbo le Hobbit)

En effet, Last Order constitue une sorte de suite alternative et commence peu après le moment où Gally saute sur une bombe et est récupérée par le savant fou Desty Nova, qui l’emmène sur Zalem, la mystérieuse cité flottant dans le ciel. Elle se réveille dans le labo seule face au corps de Nova et…

Après l’arc classique de Gunnm dont l’action se déroule principalement à Kuzutetsu avec Zalem en guise de “paradis” inaccessible, direction l’espace infini…. Et c’est ce changement de décor qui risque de choquer. En effet, si les premières aventures plongeaient Gally dans une ville mal famée et sombre voire un désert à la Mad Max, ce n’est pas le cas de la série Last Order qui nous emmène clairement dans un space opéra énorme. Pour le fan de cyber glauque  le choc est rude, mais pour l’accroc des séries au background fouillé (et non fouillis), c’est une aventure à vivre !

On découvre enfin ce qu’est devenue l’humanité et son expansion légèrement abordée à la fin de la série initiale et ce durant 19 tomes…. Car c’est là sans doute le défaut de Last Order pointé du doigt par les fans : comment l’auteur a pu étirer à ce point et dénaturer par la même occasion la fin de sa série ?

Quitter la Terre, Kuzutetsu, Zalem et tout cet univers pour partir dans un combat sans fin ou l’héroïne redevient ce contre quoi elle n’a cessé de se battre, une marionnette à la merci des puissants…

Abandonner le coté cyberpunk sombre pour un semblant de Real Steel (le film avec Jackman en mode boxeur à distance) lorgnant violemment du coté Shonen…

Le lecteur, ouvert à tout type de manga, peut aisément apprécier les nouvelles aventures de Gunnm mais il devra prendre en compte que Last Order est bien loin de ressembler à son ainée et devra se faire à l’idée d’une série où Kishiro prendra son temps pour développer son histoire. Le fan hardcore de cyber qui a accroché dès les premières pages à l’œuvre d’origine aura beaucoup à redire sur Last Order

Si nous devions conclure l’œuvre Gunnm nous pourrons ajouter un titre qui est arrivé récemment : Mars Chronicle. Cette série offre une préquel à l’œuvre principale et offre des origines à notre cyborg mais le titre est bien trop récent pour se faire un avis dessus…

Gunnm, plus qu’un scénario, un style graphique

Nous pourrions aligner une dizaine de qualificatifs pour parler du graphisme de Kishiro : riche, fouillé, profond, détaillé, dynamique…. Mais s’il fallait le résumer de manière radical ce serait enfant spirituel du style Shirow. Masamune Shirow par ses séries Appleseed, Ghost in the Shell, Orion ou Dominion Tank Police a su démontrer à quel point un trait précis pouvait permettre de distiller une masse d’information incroyable à qui sait observer les moindres recoins d’une planche. Si Kishiro n’atteint pas encore ce niveau de perfection, il arrive à nous offrir une multitudes de détails dans l’élaboration de ses décors. Clairement, nous pouvons dire que pour l’époque Le graphisme de Gunnm était novateur tant pour sa densité que pour la qualité visuelle de ses scènes d’action, nous sommes loin des titres de l’époque comme Dragon Ball ou City Hunter.

Bref, voici un très bon titre qui se placera sans honte aux côtés des titres de Shirow ou Otomo…

Au final que faire ? Vendre sa voiture pour prendre l’intégralité des titres ?

Si nous nous intéressons à la portée de l’œuvre dans le paysage de la pop culture , la réponse est oui oui OUI… Il faut dire qu’avec Akira et Ghost In The Shell, Gunnm de Yukito Kishiro est l’un des mangas incontournables du genre cyberpunk. Grâce au coup de poker de l’éditeur Glénat (le second avec Akira) qui nous l’a offert au début des années 1990, il est devenu une référence du genre et a même eu le droit à son adaptation cinématographique (avec Ghost in the Shell sorti et Akira en attente surprenant non ?). Mais, car il y a un mais, malgré sa notoriété et son importance parmi les œuvres cyberpunk, Gunnm est un manga frustrant à plus d’un titre pour le lecteur occasionnel. Entre son édition aussi chaotique que son histoire, ses spin off/rééditions intéressants mais pas forcement indispensables comme Last Order (nous pouvons nous contenter des 9 tomes originaux), il devient difficile de défendre le titre et pourtant…

Au-delà de ses défauts éditoriaux, la richesse de l’univers, la dimension du récit, la critique sociale ou les questions abordées (l’identité, la mémoire, le libre-arbitre, la définition de la conscience) dans Gunnm classique ou sa version Last Order, le titre de Kishiro vaut le détour. Alors au final il est facile de craquer pour les quelques 30 tomes proposés par Glénat en se disant que le chaos de l’histoire a imprégné aussi sa diffusion et que ce chaos entretient la légende…

Michaël Rocle

Michaël Rocle

Tout aurait pu commencer par une belle journée ensoleillée dans un lieu bucolique rappelant la petite maison dans la prairie avec une jeune fille se vautrant lamentablement dans les prés le sourire aux lèvres mais non... En fait la naissance de Mike se déroule dans la grisaille de la capitale du Champagne par des cris et de la douleur (un signe surement) car il est clair que la vie citadine n'est pas adapté à votre zéro tout comme le spiritueux aux bulles dorées. Bref le bambin ira s'épanouir à la campagne (finalement on retrouve la famille Ingalls) où le sale môme commence à s'intéresser aux comics et mangas.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.