CinémaComédiePolar

Étroite surveillance – John Badham

Stakeout. 1987

Origine : États-Unis
Genre : Romance sur écoute
Réalisation : John Badham
Avec : Richard Dreyfuss, Emilio Estevez, Madeleine Stowe, Aidan Quinn, Dan Lauria, Forest Whitaker.

Après avoir lamentablement échoués à arrêter un suspect, les coéquipiers Chris Lecce (Richard Dreyfuss) et Bill Reimers (Emilio Estevez) accumulent les mauvaises nouvelles. Pour le compte du F.B.I., leur prochaine mission consiste à se partager la surveillance du domicile de Maria McGuire avec les inspecteurs Coldshank et Pismo. A eux la planque de nuit quand leurs collègues honnis assurent la surveillance de jour. A cela s’ajoutent des déboires personnels pour Chris, fraîchement largué par sa compagne du jour au lendemain. Autant dire que l’hypothétique venue du psychopathe Richard « Stick » Montgomery (Aidan Quinn), dont Maria est l’ex petite amie, est le cadet de ses soucis. Enfin, jusqu’à ce qu’il s’amourache de la jeune femme, au grand dam de Bill, lequel ne sait plus quoi faire pour couvrir les frasques de son partenaire.

John Badham aurait-il cédé à la mode de l’époque ? Sur le papier, tout porte à le penser. Un flic expérimenté (Chris Lecce) en compagnonnage avec un jeune flic plein d’ambitions (Bill Reimers) renvoie aux recettes éprouvées du buddy-movie où deux personnalités antinomiques doivent composer l’une avec l’autre jusqu’à devenir inséparables. Or, dès sa première apparition, la complicité du duo ne fait aucun doute. S’il y a eu des tensions entre eux, celles-ci appartiennent désormais au passé et n’ont pas vocation à nourrir l’intrigue. On assiste même à un inversement des rôles puisque Bill s’avère davantage posé que son aîné. A lui la stabilité de l’homme marié et au plan de carrière limpide, à Chris la vie amoureuse chaotique et l’insouciance. Ainsi, il revient à Bill de jouer les gardes-fous lorsque Chris se laisse aller à la romance en compagnie de l’objet de leur surveillance. Toutefois, sous ses airs de gendre idéal, le cadet sait aussi laisser libre cours à sa fantaisie lorsqu’il s’agit de se payer la tête de Phil Coldshank et Jack Pismo, leurs deux collègues qui assurent la surveillance diurne. C’est uniquement lors des brefs accrochages qui opposent les deux binômes que Étroite surveillancese dote d’une mécanique plus conforme au buddy-movie. Mais à l’échelle du film, ces scènes relèvent de la simple récréation mâtinée de réalisme puisque les tours pendables que les deux équipes s’infligent s’inspirent d’anecdotes glanées par l’équipe du film auprès des conseillers techniques.
Au fond, Étroite surveillance tient moins du polar que de la comédie romantique. Tout ce qui tourne autour de Richard « Stick » Montgomery relève presque du McGuffin. Sa présence sert essentiellement à insuffler une dose d’action au récit, à commencer par son évasion rocambolesque et lors du dénouement dans les entrailles d’une scierie. Entre les deux, le récit se fait plus léger et emprunte au vaudeville sa mécanique comique. L’appartement de Maria devient une scène où Chris lui joue la comédie tout en se donnant en spectacle sous les yeux de son compère qui n’en perd pas une miette. Les mensonges de Chris préparent le terrain à une somme de quiproquos qui resteront pour la plupart au stade d’embryons. Il s’avère difficile de conter fleurette tout en sachant que la moindre de ses allers-et-venues ou conversations téléphoniques avec l’objet de son désir sera amenée à être interprétée par ses collègues. Or, hormis un réveil en catastrophe dans le lit de sa belle, ménageant au passage une petite scène d’action à mi-film, Chris n’aura pas vraiment à souffrir de ses écarts de conduite, nonobstant les timides remontrances de Bill. De même, son entreprise de drague ne rencontrera aucune difficulté tant Maria ne semblait attendre que ça pour égayer un quotidien qu’on devine bien terne. Il en résulte un film aux péripéties mollassonnes et bien trop timoré dans son approche. Car il existe malgré tout une filiation entre Étroite surveillance et certains précédents films de John Badham dans cette mise en garde sous-jacente de l’utilisation de la technologie. Ici, il est question du respect des droits de l’individu illustré par cette surveillance abusive, aussi bien visuelle que sonore, de Maria dans l’unique but de pallier aux erreurs des gardiens du pénitencier, coupables d’avoir laissé échapper un dangereux criminel. Déjà problématique, cette intrusion dans sa vie privée se double d’un jeu de dupes orchestré par Chris, un peu trop titillé par sa libido. Jouissant d’un ascendant induit par sa position de voyeur, il n’éprouve aucune difficulté à s’immiscer dans l’intimité de Maria, allant jusqu’à jouer les bons samaritains en faisant la leçon à son jeune frère, à deux doigts de basculer dans la délinquance à plein temps. Il y a quelque chose de dérangeant dans cette romance que le film se refuse à traiter au moment d’en évoquer les conséquences. Pour ne pas choquer les bonnes mœurs, le scénario a au préalable parfaitement préparé le terrain : Chris vient opportunément de se faire larguer quand Maria ne fréquente personne depuis sa désillusion avec Richard. Ils ont donc le champ libre pour batifoler, même si en agissant comme il le fait, Chris trompe la déontologie. Mais il est tellement sympathique – Richard Dreyfuss oblige – que tout lui est pardonné. Pourtant dindon de la farce et passé une colère bien légitime une fois le pot aux roses révélé, Maria l’absout de ses pêchés car s’il s’est mal comporté envers elle en lui mentant, ses sentiments à son égard brillent par leur sincérité. La bonne fée hollywoodienne est passée par là et d’un habile coup de baguette magique transforme une tromperie en une belle histoire d’amour où l’on parle mariage au bout de deux-trois jours d’idylle et seulement quelques minutes après avoir flirté avec la mort.

Il y a une forme de désinvolture qui préside à la confection d’Étroite surveillance qui confine à l’échec. Le film tourne un peu trop au one-man show et si Richard Dreyfuss s’avère plutôt bon dans l’exercice, étoffer davantage les personnages secondaires n’aurait pas été du luxe. A ce titre, le grand méchant de l’histoire incarné par Aidan Quinn s’avère le plus malmené, personnage prétexte permettant à Chris et Maria de se rencontrer, de se fâcher puis de se rabibocher. Au côté de Richard Dreyfuss, Madeleine Stowe n’a que son charme a faire valoir, faute d’un réel personnage à défendre, lorsque Emilio Estevez est réduit à jouer les utilités, témoin malgré lui des écarts de son partenaire. Quant à l’autre équipe, elle disparaît totalement de la circulation à mesure que l’intrigue approche de sa résolution. Le film obtiendra malgré tout un joli succès, lequel engendrera une suite en 1993, Indiscrétion assurée, toujours sous la houlette de John Badham.

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