Cinéma Horreur

Poltergeist 2 – Brian Gibson

Ecrit par Loïc Blavier

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Poltergeist II. 1986.
Origine : Etats-Unis
Genre : Fumisterie
Réalisation : Brian Gibson
Avec : Craig T. Nelson, JoBeth Williams, Heather O’Rourke, Will Sampson…

Suite à ses déboires, qui rappelons-le se sont achevés par la disparition spontanée de leur demeure de Cuesta Verda, la famille Freeling a trouvé refuge chez la mère de Diane. Sans emplois ni ressources, au moins peuvent-ils se féliciter de demeurer ensemble et en paix. Fin.
Hélas non : les esprits n’ont pas digéré l’idée de s’être fait reprendre la jeune Carol Ann et traquent les Freeling jusqu’à leur nouvelle habitation. Si ces entités ne sont pour rien dans le décès de la grand-mère, elles profitent du désarroi au sein de la famille pour tenter d’enlever une fois de plus Carol Ann. Et sans chichis cette fois : en plus des poltergeists de bon aloi, le démoniaque révérend Kane (Julian Beck) se matérialise en personne pour semer le trouble parmi les Freeling. Lesquels peuvent toujours compter sur le soutien de la médium Tangina, qui les avait déjà aidés la première fois et qui continue à le faire en leur envoyant Taylor, un indien mystique visiblement spécialisé dans la lutte contre les mauvais esprits. Et puis il y a bien entendu l’amour, la meilleure arme à employer face à Kane.

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Tous les genres fantastiques ne sont pas égaux face au syndrome de la séquelle. Si les slashers et plus globalement les films de monstres s’en accommodent à peu près bien, il en est d’autres pour lesquels l’idée d’une suite est franchement stupide. Celui des maisons hantées en fait incontestablement partie… Que rajouter de plus à ce qui a été montré dans le premier film ? Ou bien on garde les décors pour y recaser une autre famille au risque d’apparaître vraiment opportuniste (car après tout, il serait tout aussi simple de faire un vrai nouveau film), ou bien on s’attache à la famille au centre du premier film et on l’oppose une nouvelle fois aux esprits, au risque cette fois de pousser le bouchon un peu loin. Mais dans les deux cas, la tentation est grande de s’épancher sur les raisons de la hantise, ce qui ne va généralement pas chercher bien loin. Quoiqu’il fut un bon film et qu’il ait réussi à dépoussiérer un genre gagné par les clichés (principalement en y insufflant une dose de merveilleux très « spielbergien »), le premier Poltergeist n’y coupait pas et cédait à la facilité de l’argument de la maison-construite-sur-un-cimetière. Son final outrancier finissait aussi par ternir sa bonne tenue, cédant aux excès spectaculaires. A partir de là, il y avait franchement de quoi redouter la mise en place d’une séquelle, qui ne tarda pas à s’annoncer sous de sinistres auspices. Spielberg s’étant débarrassé du bébé en le livrant corps et âme à ses distributeurs de la MGM, on pouvait s’attendre au pire. Chez les gros studios, l’argument artistique ne fait en effet pas le poids face au potentiel commercial, surtout pour un film d’horreur. Poltergeist II était voué à ne pas être pris au sérieux par ses propres financiers, alors davantage attirés par les étalages ostentatoires que par les subtilités de l’épouvante. Et encore cela aurait pu être pire : Poltergeist II fut même prévu pour être en 3D. Heureusement, la disgrâce connue par cette mode intervint avant que le film (réalisé par l’inconnu Brian Gibson) ne soit trop avancé, ce qui nous permet de ne pas avoir à assister aux pathétiques lancers d’objets vers la caméra tels que les pratiquaient avec frénésie le lamentable Amityville 3D. Quelques résidus du projet en 3D subsistent, mais rien de bien méchant. En revanche, les pitreries vont bon train et réduisent à néant le potentiel d’un film censé se baser sur une maison hantée. S’agissant d’une séquelle où l’on est déjà censé connaître les évènements du premier film, et où les personnages sont déjà rodés face au surnaturel, Poltergeist II ne s’embarrasse pas d’une quelconque progression dans ses phénomènes qui n’ont plus rien d’inexpliqués. C’est tout juste si l’on a droit à un échauffement (zombies dans un miroir, jouets qui deviennent fou…) avant de passer au vif du sujet, à savoir un ectoplasme apocalyptique, un appareil dentaire qui s’emballe et grandit pour recouvrir sa malheureuse victime, une tronçonneuse volante, et bien entendu le meilleur, la « creature vomit » (c’est l’un des rôles mentionnés au générique), résidu de dégueulis démoniaque issu du ver de la bouteille de Tequila avalé par le père Freeling. Un grand moment ! Preuve que ces manifestations paranormales ont été davantage conçues pour en mettre plein les yeux plutôt que pour effrayer, l’artiste H.G. Giger fut embauché pour concevoir plusieurs monstres devant remplacer Julian Beck, décédé au cours du tournage. C’est que ce singulier acteur (sa vie d’anarchiste mériterait un biopic) tenait un rôle particulier : atteint d’un cancer de toute évidence au stade terminal, il n’était plus qu’un squelette vivant, chose que le réalisateur a complaisamment exploité dans sa mise en scène pour donner à son Kane une aura terrifiante. Triste de le voir ainsi amoindri et surtout réduit à faire de la figuration. Car oui, en dépit de l’utilisation de son physique, sa présence n’était guère utile. Personnifier le mal revient à supprimer volontairement toute tentative de faire peur : les meilleurs films de maisons hantées doivent leur efficacité au fait qu’ils font intervenir dans le vase clos d’une maison des choses inconnues, paranormales, sur lesquelles aucune emprise n’est possible. Définir précisément un ennemi tout en lui permettant de s’affranchir du cadre étroit d’une seule bâtisse (sa première apparition se fait au centre commercial) ne rime à rien si ce n’est à faire ressortir l’aspect commercial d’un film dont l’existence est injustifiée.

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Le principal défaut de Poltergeist II (avant même l’absurdité des effets qu’il utilise) est qu’il cherche à tout expliquer, à rendre tout compréhensible. Il n’y a plus aucun mystère sur les forces qui veulent s’emparer de Carol Ann : on nous explique qui est le chef de cette force, quelle fut sa vie terrestre (une histoire de secte, flash backs à l’appui), pourquoi il s’en prend encore à Carol Ann, comment le détruire et le final nous montre même « l’entre-deux monde » dans lequel il vit. Tout ceci amené par la double présence de Tangina la médium et de Taylor, l’indien gourou qui est un personnage franchement improbable. Passons sur l’étrange mélange du catholicisme et des croyances indiennes… Mais initier le père Freeling à la magie (les cérémonies dans le tipi installé au fond du jardin !), impressionner la galerie en faisant danser des feuilles mortes et parler par énigmes n’est pas le genre de chose qui aide à la crédibilité. Si encore Brian Gibson voulait jouer sur le registre de la comédie horrifique au second degré, pourquoi pas, après tout la qualité des divers effets spéciaux de monstres et de phénomènes s’y serait bien prêtée, mais quelques minables exceptions mises à part (l’indien qui répare la voiture parce qu’elle est « malheureuse ») il veut clairement être pris au sérieux. Ou plus exactement il ne veut pas écorner l’image d’une saga potentielle… Preuve en est la préservation du thème très spielbergien de l’unité familial, condition sine qua non pour résister au perfide Kane, essayant avec bien peu de subtilité de détruire l’amour des Freeling. C’est un menteur, c’est un manipulateur, c’est « la Bête » (oui oui, carrément, même si on dit par ailleurs qu’il n’est qu’un esprit refusant de franchir la lumière). Mais en restant soudés malgré les vers de tequila démoniaques, il n’y a pas trop de soucis à se faire, la voie est toute indiquée pour venir à bout de cette mauvaise passe.
Inutile de s’appesantir sur Poltergeist II. Encore la preuve qu’entre des conceptions commerciales douteuses et l’incapacité de se montrer aussi désinhibé qu’une véritable série B, les gros studios sont peu à même de réussir les films fantastiques dont ils ont la charge.

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