CinémaPolar

New Jack City – Mario Van Peebles

New Jack City. 1991.

Origine : États-Unis
Genre :  Ça crack de partout
Réalisation : Mario Van Peebles
Avec : Wesley Snipes, Ice T, Allen Payne, Judd Nelson, Chris Rock, Bill Nunn, Michael Michele.

New York, 1986. Chef du gang des Cash Money Brothers, Nino Brown nourrit de hautes ambitions. Il veut devenir le nouveau baron du crack et pour cela, il est prêt à toutes les extrémités. Son plan est simple : se débarrasser de la concurrence et investir la cité Carter, un imposant immeuble en forme de forterresse dont il fera à la fois son fief et le centre névralgique de son petit commerce. En 3 ans, il innonde le marché et devient le gangster le plus redouté de la ville. Sous l’impulsion de Stone, la police new yorkaise est bien décidée à le faire tomber et tente de noyauter son organisation. Mais les choses ne se passent pas comme prévu et la somme de preuves récoltées avant que leur indic, le jeune toxico Pookie, ne se fasse coincer reste insuffisante pour pouvoir traîner Nino Brown devant les tribunaux. Les flics Scotty Appleton et Nick Peretti tentent alors l’opération de la dernière chance en infiltrant eux-mêmes l’organisation dans un moment d’extrême tension entre les Cash Money Brothers et la mafia.

Dans le sillage de Spike Lee dont les films concourrent parmi les festivals les plus prestigieux, toute une génération de jeunes réalisateurs noirs américains profite d’un revirement de la part des studios hollywoodiens, subitement plus enclins à leur confier les rênes d’un film. Sans être des pionniers, cette nouvelle génération biberonnée au rap, et dont l’essor s’effectue de manière concomitante, s’impose par son importance et la diversité de ses sujets. Si des titres comme Boyz n the Hood de John Singleton en 1991 ou Menace II Society de Allen et Albert Hughes en 1993 qui traitent tous deux de l’âpreté du quotidien dans les ghettos attirent plus volontiers le feu des projecteurs car plus propices aux débats sociétaux, d’autres préfèrent frayer avec le cinéma de genre comme Bill Duke qui passe à la réalisation avec les polars Rage in Harlem puis Dernière limite. Mario Van Peebles fait de même en abordant le genre trés codifié et référentiel du film de gangsters. Fils de Melvin Van Peebles, touche-à-tout dans divers domaines artistiques et dont le film Sweet Sweetback’s Baadasssss Song a marqué le début de la Blaxploitation, Mario se détache de son lourd héritage en voulant d’emblée jouer dans la cour des grands. Au moment de se lancer dans le projet New Jack City, il n’a qu’une faible expérience de la réalisation, exercée jusqu’alors uniquement à la télévision, et ne jouit pas d’une grande reonommée. Pour un Maître de guerre où il joue un rôle conséquent mais qui n’a attiré le public que sur la foi de son acteur-réalisateur Clint Eastwood, et Les Dents de la mer 4 : La revanche dans lequel il se sort miraculeusement de sa rencontre avec le requin, sa carrière demeure pour le moins modeste. Le voir à la tête de New Jack City tient donc à la fois de l’aubaine et de la gageure. Et sans doute était-il trop vert pour porter un tel film.

New Jack City nous ressert la recette habituelle de l’ascension suivie de la chute d’un caïd qui s’est brûlé les ailes à vouloir voir trop grand, trop vite et de manière trop brutale. Nous revient alors en mémoire le souvenir pas si lointain du Scarface de Brian De Palma, qui était déjà une manière de remettre au goût du jour les classiques des films noirs des années 30 et 40. Loin de s’en cacher, Mario Van Peebles assume pleinement cette filiation allant jusqu’à le citer textuellement, Nino Brown ne ratant jamais une occasion de revoir ce film. Toutefois, le malfrat incarné par Wesley Snipes ne partage ni la démesure de Tony Montana, ni son côté plouc mal dégrossi. Nino Brown n’est pas un immigré. C’est un pur produit de l’Amérique qui a pleine conscience du pays dans lequel il vit. Et son constat est sans appel, avec Ronald Reagan au pouvoir, « on ne peut pas être riche et honnête ». Et ça tombe bien puisque honnête, il se fiche de l’être. Avec une bonne dose de cynisme, il compte profiter pleinement d’inégalités toujours plus criantes – elles ont atteint leur niveau le plus critique depuis la crise de 1929 – pour écouler sa marchandise. Une manière d’offrir un paradis artificiel à tous ces déclassés qui n’ont plus que ça pour oublier ne serait-ce qu’un instant la situation critique dans laquelle ils se trouvent. Néanmoins soucieux de son image, il joue au bon samaritain lorsqu’il participe en personne à la distribution de repas de Noël aux nécessiteux de son quartier. Un acte de bienfaisance calculé qui vise à renforcer son emprise sur celui-ci. En implantant son empire au coeur de Harlem, Nino Brown affirme ses origines et s’impose en ponte du quartier, dont les habitants seraient ses obligés. Tout cela reste très schématique et la contestation des habitants face à cette mainmise se limite à un unique représentant, joué par le second couteau Bill Cobbs. Quant à Nino Brown, il n’évolue pas d’un iota entre le moment où il envisage d’être le roi du crack et le moment où il assoit réellement son statut. Il n’y a pas de montée dans la flamboyance, dans ses dérives de nouveau riche ou dans sa guéguerre contre la mafia. Et le conflit intime qui l’oppose à son frère d’arme Gee Money, ce dernier supportant mal que sa copine fricote avec lui, apparaît dans toute son artificialité tant cela n’affecte nullement l’imperturbable Nino Brown. Il n’a donc que ses costumes colorés et son afro savamment taillé à faire valoir en guise de consistance, ce qui fait bien peu. C’est que New Jack City répond à un dessein plus didactique, voire préventif, quant à la nocivité d’un tel commerce. A la manière des films de l’âge d’or du gangstérisme à l’écran, Mario Van Peebles ne veut laisser planer aucune ambiguïté sur son positionnement. Son film n’a beau n’être qu’une fiction, il tient à tirer la sonnette d’alarme – encart à l’appui en préambule du générique de fin – quant à la situation critique du pays sur la question de la drogue, fustigeant notamment les slogans creux en la matière. Une pierre dans le jardin de George Bush qui a fait de la lutte contre la drogue un point névralgique de son mandat mais sur le sol sud américain. Une manière de vouloir combattre le mal à la racine tout en dédouanant son propre pays.

New Jack City porte le combat au coeur des rues de Harlem. Peu importe la provenance de la drogue commercialisée puisque les ravages qu’elle génère sont visibles au pied de chaque immeuble. Cela devient une affaire sociale et plus seulement politique. L’importance des méfaits de la drogue se voit à des détails, comme les déchets résiduels laissés par les toxicomanes et au milieu desquels jouent les enfants. Le message de Mario Van Peebles se veut limpide. Il pense aux générations futures et aux répercussions que l’afflux de drogues peut avoir sur elles. Dans le flot continu des informations qui ouvre le film, il y en a une qui appuie cette triste tendance : de plus en plus d’enfants naissent en état de manque. Malgré cet état d’urgence, la réponse policière se montre timorée. Pas d’opérations de grande ampleur ni de présence coercitive au programme. Cette lutte se joue à pas feutré, presque de manière marginale à coups de personnes infiltrées. D’abord un toxicomane repenti (le jeune Chris Rock pas encore insupportable) puis le flic revanchard, joué par Ice T, Scotty Appleton. Ce dernier occupe la scène à part égale avec Nino Brown. L’enquêteur se lance dans une croisade personnelle censée apporter un surplus de dramaturgie au récit. Or sa position reste celle d’un représentant de la loi qui n’outrepasse jamais son rôle. En outre, la présence à ses côtés d’un partenaire avec lequel il a du mal à s’accorder fait basculer cette partie du récit dans le buddy movie le plus convenu. A cela s’ajoute l’interprétation hésitante de Ice T qui, encore débutant, éprouve les pires difficultés à faire ressentir les tourments de son personnage. Un personnage un peu trop chargé qui trouve en Pookie, le jeune toxicomane, le moyen d’acquérir sa rédemption. Sa mort n’en est pour lui que plus douloureuse mais tient de l’étape obligé sur le parcours introspectif du flic en mission. En dépit d’une bonne volonté évidente, Mario Van Peebles ne parvient pas à insuffler de la personnalité à son polar, qui coche toutes les cases attendues sans jamais surprendre. Et puis il a surtout le tort de passer après The King of New York, dans lequel jouait d’ailleurs Wesley Snipes mais du bon côté de la loi cette fois, qui le surpasse en tous points.

Pour un premier film, Mario Van Peebles a vu trop grand, trop vite. Empli de maladresses, notamment lors des scènes d’action dont l’improbable course-poursuite entre Scott Appleton et Pookie au début du film, New Jack City tient à rester sur les rails du divertissement sans aspérités. Mario Van Peebles ne veut pas être accusé de magnifier un truand alors il prend ses précautions, enrobe son film de messages préventifs et se garde bien de tout discours politique. Une manière de se distinguer de la figure paternelle mais pas du tout venant hollywoodien.

 

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