Charlie – Mark L. Lester

Firestarter. 1984.

Origine : États-Unis
Genre : Feu de paille
Réalisation : Mark L. Lester
Avec : David Keith, Drew Barrymore, George C. Scott, Martin Sheen, Freddie Jones.

Andrew McGee et sa petite fille Charlie tentent d’échapper aux sbires d’une organisation gouvernementale secrète baptisée « La Boîte » lancés à leurs trousses. Au prix de mille efforts, et d’une démonstration de force de la gamine, laquelle possède le don de pyrokinésie, ils finissent par trouver refuge dans la vieille cabane du grand-père sise au bord d’un lac. Mais on n’échappe pas aussi facilement à « La Boîte », laquelle dispose d’un important réseau d’informateurs. Envoyé spécial du Capitaine Hollister, l’impitoyable John Rainbird parvient à capturer les McGee et à les ramener au centre où ils vont être soumis, chacun de leur côté, à des tests poussés.

Producteur éclectique (SerpicoKing KongOrca comptent notamment à son palmarès), Dino De Laurentiis décide au début des années 80 d’investir sur le nom de Stephen King en achetant les droits de plusieurs de ses romans. Sa première production s’avère un coup de maître. Confié au réalisateur canadien David Cronenberg, Dead Zone obtient non seulement un franc succès mais se révèle également un excellent film. Pour adapter Charlie à l’écran, sixième roman de Stephen King et huitième adaptation cinématographique, Dino De Laurentiis envisage un autre grand nom du cinéma fantastique, John Carpenter, lequel vient d’achever le tournage de The Thing. Celui-ci accepte et demande à Bill Lancaster, avec lequel il vient de collaborer, d’en rédiger le scénario. Sauf qu’entre-temps, The Thing est sorti sur les écrans et a reçu un accueil plus que glacé, au point d’échauder Dino De Laurentiis qui décide de se passer des services du duo Carpenter – Lancaster alors même que le travail de ce dernier avait obtenu l’aval de Stephen King en personne. Il se tourne alors vers Mark L. Lester dont le Class 1984 a fait forte impression. Le récit réclamant de nombreux effets pyrotechniques, il lui alloue un budget confortable dont une rallonge pour garantir la présence de George C. Scott au générique. Pour le rôle titre, Dino De Laurentiis impose la jeune Drew Barrymore, qu’il rêve en Shirley Temple des années 80 (elle sera également de l’aventure Cat’s Eye). La comédienne en herbe présente en outre l’avantage d’avoir su charmer le public lors de sa rencontre du Troisième Type dans E.T., un atout non négligeable pour un producteur désireux de rentrer dans ses frais.

Film plutôt oublié et rarement cité dès qu’il s’agit d’évoquer l’œuvre de Stephen King à l’écran, Charlie relève du cas d’école dans la manière d’adapter un roman pour le cinéma. Parce que ce qui fonctionne à l’écrit ne fonctionnera pas forcément à l’écran, il y a un équilibre à trouver entre trahison et fidélité. Peut-être pressé par des délais trop courts, le scénariste Stanley Mann a opté pour une approche très scolaire. Son scénario reprend scrupuleusement les principaux éléments du livre, lesquels apparaissent dans le bon ordre agrémentés de détails qui raviront les puristes (par exemple la salière renversée sur la table de la cuisine avant que Andy ne découvre sa femme morte ou ce type imbuvable dont les chaussures prennent feu à l’aéroport) mais qui n’apportent strictement rien sur le plan dramatique. Car si les grandes lignes sont respectées, le roman a tout de même subi une cure d’amaigrissement dont pâtissent notamment les rapports entre Andy et Vicky. Présenté sans préambule, le flashback qui enchaîne l’éprouvant apprentissage de Charlie pour contrôler sa pyrokinésie et la découverte du meurtre de sa mère tombe à plat. Si ce n’est pour les fans de Heather Locklear, personnage récurrent de la série Hooker et dont c’était le premier rôle au cinéma, la disparition de Vicky McGee ne suscite aucun émoi. Pas plus que les saignements de nez et maux de tête d’Andy relatifs à l’utilisation de son pouvoir de persuasion. Le récit ne nous donne jamais le sentiment qu’il joue avec sa santé à chaque fois qu’il en use. Il émane paradoxalement une certaine froideur de Charlie qui nous tient constamment à distance du drame qui se joue par l’utilisation de ressorts plus mécaniques qu’émotionnels. Cela tient également au traitement de la gamine dont les tourments intérieurs ne dépassent jamais le stade des pleurnicheries. Faut-il le préciser, le personnage n’est guère aidé par l’interprétation binaire de la jeune Drew Barrymore, laquelle ne rend pas justice à sa psyché. Traquée, séquestrée, traitée comme un rat de laboratoire et trompée, la gamine vit un véritable calvaire sans que celui-ci ne prenne réellement corps à l’écran. Mark L. Lester se borne à la filmer comme une petite fille toute mignonne, niant totalement sa dimension tragique. Son pouvoir s’apparente à une malédiction qui mal maîtrisé la rapprocherait d’une monstruosité destructrice, or ses explosions de colère demeurent maîtrisées de bout en bout, n’occasionnant aucun dommage collatéral. Elle prend même soin de préserver les chevaux lors du clou du spectacle. C’est qu’il ne faudrait surtout pas ternir son image de petite fille modèle !

Ce manque de profondeur et d’ambiguïté conduit le film à s’enliser dans une routine. Si la première partie, consacrée à la traque, fait illusion, la seconde, focalisée sur les expérimentations de « La Boîte » ennuie vite. Cela résulte en grande partie des problèmes d’écriture déjà évoqués. « La Boîte » et les quelques hommes qui la personnifient – le Capitaine Hollister et le Dr. Pynchot en premier lieu – ne servent que de décorum faute d’un véritable effort de développement les concernant. Il nous faut nous contenter de leurs ambitions belliqueuses et nous accommoder des quelques aberrations qui émaillent le récit comme la facilité avec laquelle Hollister accepte de céder Charlie à John Rainbird une fois l’ensemble des tests effectués. Qu’il puisse concevoir de se séparer de l’objet de leur traque et pierre angulaire de leur projet militaire paraît inconcevable. De manière générale, le récit se montre trop elliptique sur des points de détail qui auraient contribué à nous immerger davantage dans cette histoire comme tout ce qui a suivi l’injection du Lot 6 sur Andy et Vicky et leur probable vie en clandestinité. En l’état, le danger représenté par les membres de « La Boîte » n’est pas assez prégnant et le film échoue à faire de la méfiance envers le Gouvernement, réminiscence du cinéma des années 70, autre chose qu’un simple gadget. Finalement, le seul malaise distillé par le film s’avère involontaire. Par son empressement à obtenir Charlie afin de se retrouver seul avec elle, à dire à quel point il l’aime, John Rainbird incarne à son corps défendant une menace d’ordre pédophile. Car même une fois ses motivations explicitées, il demeure un personnage énigmatique aux confins de l’abstraction.

Pas très à l’aise avec son sujet, Mark L. Lester a abouti à un résultat particulièrement fade jusqu’aux séquences pyrotechniques, prometteuses sur l’instant mais au final rapidement redondantes. En outre, le climax du film fait trop écho à celui de Carrie, une comparaison loin d’être à son avantage. Compte tenu de résultats décevants sur le sol nord américain, Charlie ne sera exploité en France qu’au mois de janvier 1987. Une “suite” verra néanmoins le jour en 2002 sous la forme d’une mini-série – Firestarter : Sous l’emprise du feu – en fait un long pilote pour une série qui ne se fera jamais, faute encore une fois d’un réel engouement du public. Comme quoi, à trop vouloir jouer avec le feu, on finit par se brûler.

3 réflexions sur “Charlie – Mark L. Lester

  • 23 février 2020 à 13 h 22 min
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    Est ce que vous ferez une critique de sa suite firestarter de 2001, que je trouve plus reussi que ce film?

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    • 23 février 2020 à 18 h 31 min
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      Je saurai être patient. Merci.

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