Action Aventure Cinéma

Le Phare du bout du monde – Kevin Billington

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The Light at the Edge of the World. 1970.
Origine : Etats-Unis / Espagne / Suisse / Liechtenstein
Genre : Action / Aventure
Réalisation : Kevin Billington
Avec : Kirk Douglas, Yul Brynner, Samantha Eggar, Renato Salvatori…

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Au large du cap Horn se trouve l’île aux États, sur laquelle un phare a été érigé. Trois hommes sont détachés pour veiller à son bon fonctionnement, un vieux capitaine, un novice, et Will Denton (Kirk Douglas). Leur cohabitation s’effectue sans trop de heurts, bien que le vieux capitaine déplore l’absence de marins à ses côtés. Un beau jour, un bateau s’approche de l’île, arborant un pavillon de détresse. En bon marin, le capitaine se rend à son bord pour voir ce qu’il en est, accompagné du novice. Tous deux se font tuer. Resté sur le phare, Will a juste le temps de se cacher avant que tout l’équipage ne débarque. Les prochains jours ne s’annoncent pas de tout repos.

Inauguré en 1884 et sis sur l’île des États, à l’endroit où l’océan Pacifique et l’océan Atlantique se rencontrent, le phare dit du bout du monde exerça une puissante fascination sur Jules Verne, qui en fit le lieu d’action de son dernier roman. Pour une raison que j’ignore, il situa son histoire en 1859-1860, soit 25 ans avant la construction réelle du fameux phare. Son adaptation cinématographique reprend cette incongruité, à quelques années près, puisque cette fois-ci, l’action se déroule en 1865. La trame reste identique avec l’unique survivant des trois gardiens qui doit se préserver des pirates ayant débarqué sur l’île. Seul son développement diffère, le film mettant l’accent sur la sauvagerie des assaillants

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Mélange hétéroclite de diverses races et de divers mœurs, l’équipage belliqueux répond aux ordres d’un homme raffiné, mais non moins trouble, Jonathan Kongré (Yul Brynner). Ancien négrier, il ne se déplace jamais sans son majordome, un jeune noir qui ne doit rien ignorer de l’intimité de son maître. Ses hommes et lui, des naufrageurs de la pire espèce, trouvent en cette île le lieu de transit idéal pour favoriser leurs noirs desseins. Nombreux sont les navires qui passent au large du cap Horn et qui se repèrent grâce au phare. Les odieux pirates n’ont plus qu’à se baisser pour récupérer toutes les richesses que ces navires contiennent.
Dans ce contexte, Will Denton ne constitue pas une grande gêne. Kongré lui tend un piège seulement pour la forme, et afin de faire sa connaissance. Naïf, Will y tombe à pieds joints. Il ne doit de s’en sortir indemne qu’au goût du jeu de Kongré. Ce dernier a sans doute estimé que Will ne représentait pas une menace sérieuse. Ancien chercheur d’or, Will a servi de témoin à l’homme qui a épousé la femme qu’il aimait. Pire, il a été amené à le tuer lors d’une partie de poker qui a mal tourné, sous les yeux de son épouse. Haï par la femme qu’il aime plus que tout, Will vit désormais en permanence avec ce lourd fardeau. Il s’agit d’un homme brisé à jamais, voué à vivre une existence des plus mornes. Jonathan Kongré, qui est tombé sur une pile de lettres lui appartenant, s’en amuse et n’hésitera pas à jouer avec ses sentiments. Durant la majeure partie du film, les deux hommes vivent chacun de leur côté, sans trop se soucier l’un de l’autre. Kongré passe le temps en contant fleurette à une jeune femme que ses hommes ont épargnée lors de l’attaque de son bateau, la trouvant fort belle. Installé douillettement dans la maison qui fait face au phare, il lui organise de somptueux repas. Il s’arrange également pour mettre à sa disposition de belles robes, allant de mise avec son statut de comtesse. En réalité simple servante, la jeune femme prend goût à tout ce faste, se laissant aveugler par tous les égards qu’elle suscite. Pour une fois dans sa vie, elle se sent importante. Lorsque l’opportunité de quitter sa prison dorée se présentera, elle ne la saisira pas, préférant manger à sa faim et sentir bon.
Un mode de vie petit bourgeois bien éloigné de ce que vit Will. Obligé de se cacher, il trouve refuge dans une grotte. Pour manger, il compose avec les moyens du bord, se contentant d’une maigre pitance à base d’œufs dérobés à même le nid. Un véritable homme des cavernes ! Il ne cherche pas l’affrontement avec l’envahisseur, attendant patiemment le jour du ravitaillement. Pour tuer l’ennui, il peut compter sur la présence de Giuseppe, membre de l’équipage du bateau récemment attaqué, et qui a pu s’échapper. Alors que Will s’habitue à son quotidien spartiate, Guiseppe se refuse à laisser les crimes de ces pirates impunis. Sous son impulsion, Will finira par sortir de sa torpeur et il perturbera les plans des naufrageurs.
Sur cette île, les cœurs sont aussi durs que les rochers qui la façonnent. Will et Kongré paraissent tout deux étrangers au monde qui les entoure. Le premier n’a que faire du phare, seule l’envie de solitude l’a attiré ici. Quant au second, ses bonnes manières et son allure élégante l’isolent de ses hommes, dont il ne partage que l’appât du gain. Il ne se mêle quasiment jamais à eux, préférant le confort d’une maison à la rusticité d’une tente. Il délègue volontiers ses pouvoirs pour s’adresser le moins possible à ses troupes. Il se dégage de sa personne comme un petit air supérieur, qui trouve son illustration lors du duel final. Enfin seuls, les deux hommes s’affrontent au sommet du phare, avec néanmoins un étage de différence. Jamais Kongré et Will ne luttent à armes égales, le chef des naufrageurs privilégiant une position plus élevée.

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Kevin Billington réalise un film d’action efficace et carré, se réservant quelques moments de pure folie, lors desquels Jean-Claude Druot s’en donne à cœur joie, remisant dans un tiroir le souvenir du fade Thierry la Fronde qui fit sa popularité. Et assister à des trépanations, ainsi qu’à un viol collectif dans une adaptation de Jules Verne, écrivain réputé tout public, revêt un petit côté amusant qui n’est pas pour déplaire. Après un 20 000 Lieues sous les mers tourné sous l’égide des studios Disney, Kirk Douglas continue son voyage à travers les œuvres du célèbre écrivain français, pour un résultat autrement plus adulte.

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