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Películas para no dormir 1-10 : La Chambre du fils – Álex de la Iglesia

Ecrit par Gilles Vannier

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Películas para no dormir. Saison 1, épisode 01
La Habitación del Niño. 2006.
Origine : Espagne
Genre : Fantastique
Réalisation : Álex de la Iglesia
Avec : Javier Gutiérrez, Leonor Watling, Sancho Gracia, María Asquerino…

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Juan et Sonia viennent d’emménager au sein d’une nouvelle maison dans un quartier bourgeois de Barcelone après la naissance de leur bébé. Dès leur première nuit, des phénomènes surprenants se produisent, et le papa se mettra même à avoir d’inquiétantes visions dans lesquelles une silhouette vient trôner la nuit près du lit du nouveau né. Petit à petit, celles-ci tourneront à l’obsession et Juan n’aura alors de cesse de se mettre en quête d’explications…

On notera d’entrée que ce petit film fait partie de la série ibérique Peliculas para no dormir au sein de laquelle on retrouve cinq autres réalisateurs et non des moindres puisque sont également présents au rendez-vous Mateo Gil (Jeu de rôles), Enrique Urbizu (Box 507), Paco Plaza (Les Enfants d’Abraham), Narciso Ibanez Serrador (Les Révoltés de l’an 2000, La Résidence) et Jaume Balaguero (Darkness) ; on rajoutera à cela que la série en question n’a finalement que peu de rapport avec les Masters of Horror, déjà, ayant pu en voir 4, par la qualité livrée bien supérieure à ceux-ci, et puis surtout la série reprend une autre série qui fit les beaux jours de la télévision Espagnole de la moitié des années 60 au début des années 80, à savoir Historias para no dormir à laquelle participait déjà l’excellent Narciso Ibanez Serrador.

Pour le segment qui nous occupe ici, c’est du bon Alex de la Iglesia auquel on a droit et celui-ci nous offre une variation rafraîchissante sur le thème rabâché de la maison hantée. En même temps que très distrayant et surtout doté d’un humour miroir sur les obsessions des néo parents et la place excessivement prépondérante que peut prendre le nouveau né au sein du couple, de la famille, de soi-même, et lorsqu’il ne reste alors plus que ça, nous voici à la place de ce papa héros du film, en quête de chaque mouvement, baby phone et moniteur à disposition, projetant nos propres peurs via ces objets de sécurité pour le moins tendant à l’aliénation.

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A la façon dont Alex de la Iglesia traite son sujet, on pourrait même penser que celui-ci a autour de lui de vieux copains devenus parents et, comme si ceux-ci ne lui parleraient plus que de ça (ce qui arrive souvent), il viendrait expier ici sa frustration à les voir disparaître pour ne plus être que des spectres, à savoir des mamans et des papas. Évidemment, on n’est pas obligé d’être soi-même parent pour que le processus d’identification fasse son effet, puisque tous autour de nous (ou presque) pâtissons de ces histoires qui n’intéressent au final que les seuls concernés, se pensant alors un temps les nombrils du monde, sûrs d’eux-mêmes que ces historiettes sont palpitantes pour la planète, alors qu’elles ne sont juste sans intérêt pour le proche lambda qui restera poli néanmoins, pensant secrètement même parfois qu’il s’agit là de préoccupations propres aux sectes parentales, auxquelles il n’aura jamais accès (tant mieux, ouf !).

Ce qui reste très réussi dans le film, c’est la banalité dépeinte partout ailleurs que dans son postulat fantastique, à savoir, cette maison qui ressemble à une maison sans particularisme aucun, ces acteurs qui pourraient nous ressembler tant leurs actes et même leurs réactions restent en tous points quelconques, si bien que cet homme aperçu au chevet du bambin par le papa en pleine nuit via son moniteur installé au pied du lit, n’en fait que plus froid dans le dos.
A ce titre la mise en scène est étonnamment sobre (pour un Iglesia s’entend) et c’est avec malice que l’histoire nous est contée et ses interprètes dirigés. Javier Gutierrez est totalement remarquable dans son rôle de papa un peu fourbe, un peu lâche, ayant du mal à ne pas être dépassé dans la conjugaison de sa vie professionnelle et familiale, et on pourra y voir là une touche d’ironie propre à son auteur anarchisant (Le Jour de la bête, Accion Mutante…) que de faire de son couple vedette un petit stand « chamboule-tout » que celui-ci s’exercerait à démonter en quelques tirs bien ajustés, opposant l’aliénation du travail à celle de la vie personnelle et familiale, prenant un malin plaisir à le gangrener de l’extérieur donc, puis de l’intérieur avec l’arrivée du chiard et de la vampirisation globale qui va de paire, déséquilibrant tout sur son passage, tel un raz de marrée dévastateur concentrant toutes les attentions et les préoccupations.

On sera gré au réalisateur également de l’humour dont il fait preuve ici, de manière omniprésente avec l’air de celui qui n’y touche pas, et se retient d’éclater de rire. A ce propos, nous montrer littéralement ce que voit le « papa » est un choix qui s’avère très réussi (alors qu’il aurait pu prendre le choix contraire, celui de suggérer et de ne rien montrer), et voir ce charmant bambin aux yeux déformés par le moniteur, lui conférant une tête de goule via l’instrument de sécurité et de surveillance, je l’avoue m’a bien fait rire. Une bonne réussite.

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