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Masters of Horror 2-09 : Mort clinique – Rob Schmidt

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Masters of Horror. Saison 2, épisode 09
Right to die. 2007.
Origine : Etats-Unis / Canada
Genre : Horreur
Réalisation : Rob Schmidt
Avec : Martin Donovan, Julia Anderson, Robin Sydney, Anna Galvin…

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En route vers une direction inconnue au cœur de la nuit, Cliff et son épouse Abbey entament une conversation tendue. Soudain, leur voiture percute violemment un arbre couché en travers de la route et termine sur le toit. Si Cliff s’en tire sain et sauf, il n’en va pas de même pour Abbey qui a brûlé vive lorsque la voiture s’est enflammée. Toujours vivante mais en piteux état, la question de la maintenir en vie se pose rapidement à son mari qui décide de la faire euthanasier, conformément à ses dernières volontés. Mais la mère de Abbey ne voit pas les choses de cette façon et rend public toute cette affaire dont les médias en font leurs choux gras. Quant à Cliff, il se rend vite compte de la rancune tenace de Abbey, dont l’esprit le hante, ce qui accroît davantage encore son envie de la laisser mourir.

Alors que les épisodes qui portent la signature de grands noms du cinéma fantastique se révèlent tour à tour plus décevants les uns que les autres (ceux de John Carpenter, Dario Argento et Joe Dante, pour ne citer qu’eux), les bonnes surprises émanent de réalisateurs dont on attend pas grand-chose, eu égard à leurs états de service dans le genre qui nous occupe. Prenons par exemple le cas de Rob Schmidt, réalisateur de Détour Mortel. A l’aune de ce survival qui s’inscrit pleinement dans la mouvance du cinéma horrifique actuel à la sauce hollywoodienne, autrement dit qui a tendance à confondre le gore avec la subversion, on ne s’attendait pas à des miracles de sa part. Et si on ne peut effectivement pas parler de miracle -il faut savoir raison garder- il faut reconnaître à cet épisode un déroulement plutôt réjouissant et, pour une fois, des effets gores efficacement utilisés.

Prisonnière de son lit d’hôpital -elle ne survit que grâce à l’assistance respiratoire- Abbey parvient tout de même à interagir avec son environnement, notamment en menaçant toutes les personnes qui lui ont été désagréables de son vivant, son mari en tête. La raison de son profond ressentiment n’est pas à chercher bien loin : Abbey souffre d’avoir été trompée par son mari. Cliff est donc logiquement le premier à subir l’ire de la jeune femme, mais celui-ci bénéficiera d’un heureux concours de circonstances pour ne pas succomber à la brûlante étreinte de sa magnifique épouse. Car oui, Cliff est un veinard. Non content d’avoir épousé une jolie brune à la tête d’une belle fortune, le bougre profite aussi des faveurs de sa mignonne assistante -notre homme est dentiste- une rouquine un brin coquine qui ne craint pas de filmer ses ébats amoureux. Bénéficiant du concours de deux accortes comédiennes, Rob Schmidt ne passe pas à côté de la possibilité de nous en dévoiler tous les charmes, se pliant ainsi à ce qui semble être un passage obligé de bon nombre des épisodes des Masters of Horror, toutes saisons confondues. Au-delà de ça, ces deux personnages féminins soufflent le chaud et le froid autour de Cliff, l’épouse se montrant néanmoins plus sincère que l’assistante, cette dernière ne semblant revenir dans les bras de Cliff que dans la perspective du conséquent héritage qui se profile. Quant à Cliff, il nous apparaît totalement désemparé au début de l’épisode, ne sachant pas trop quoi décider entre le maintien de sa femme en vie ou l’euthanasie. L’intrigue joue de sa culpabilité vis-à-vis de Abbey pour que son choix nous paraisse délicat et qu’on en vienne presque à le prendre en pitié. Or la scène d’ouverture n’a pas révélé tous ses secrets, quelques ellipses ayant été immédiatement perceptibles. Ainsi, Rob Schmidt nous replacera idéalement ladite scène à mi-parcours pour apporter un éclairage nouveau sur l’ensemble des événements ainsi que sur les personnages. Un retournement de situation qui ne change finalement pas grand-chose aux événements puisque dans un cas comme dans l’autre, Abbey poursuit son action vengeresse. Une vengeance plus sournoise que spectaculaire, même si Rob Schmidt nous gratifie de quelques scènes gore bien gratinées, notamment la mise à nue de Trish, l’assistante qui finit par assister à sa propre mort. Et l’apparente sérénité de la conclusion ne saura cacher l’aliénation totale d’un homme qui, pour conserver l’intégralité de ses avantages matériels, n’a pas hésité à mettre une croix sur toutes formes de déontologie ou de morale.

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Comme dans d’autres épisodes de cette seconde saison (citons pour l’exemple les épisodes Piégée à l’intérieur et son évocation de l’avortement ou bien encore La Guerre des sexes avec le féminisme), Mort Clinique aborde un sujet de société, en l’occurrence celui de l’euthanasie. Une question qui fait débat et qui est loin d’être tranchée, notamment aux Etats-Unis où la morale chrétienne réprouve avec virulence ce genre d’acte. En choisissant cette solution, qui paraît la plus humainement acceptable dans ce cas précis, Cliff s’attire la vindicte populaire sous l’impulsion de sa belle-mère. Cette dernière profite d’ailleurs de l’occasion pour régler ses comptes avec un beau-fils qu’elle a toujours eu en horreur, dressant de lui un portrait bien peu flatteur aux médias, l’accusant notamment de brutalité envers sa fille. S’opposent alors deux visions, celle du mari aimant qui sait que son épouse ne supportera jamais l’ersatz de vie qu’elle pourrait avoir si d’aventure elle venait à s’en sortir, et celle de la mère tout aussi aimante mais dont l’idée de perdre sa fille lui paraît insupportable. En filigrane, ce sont des motivations nettement moins charitables qui se font jour. Après tout, on voit mal Cliff continuer de vivre avec Abbey dans cet état alors qu’il n’a pas hésité à la tromper lorsqu’elle était encore resplendissante de beauté. Quant à la mère de Abbey, son abnégation à empêcher son euthanasie se justifie par son ardent désir de ne pas voir cet homme qu’elle exècre récupérer toute la fortune de sa fille. Au milieu de tout ce cynisme, il n’y a plus de place pour la moindre once d’humanité. C’est un peu comme si les auteurs de cet épisode nous disaient que nous sommes décidément bien trop petits et vénaux pour prendre des décisions aussi importantes. Mais alors qui pour les prendre, puisque même la principale personne concernée n’a pas voix au chapitre ? Dieu ? Les médecins ? Même si ce n’est pas la vocation première des Masters of Horror, il est dommage que ce sujet particulièrement houleux ne soit pas davantage utilisé pour sa dimension polémique en soulevant quelques questions qui n’auraient pas manqué d’être intéressantes. En l’état, ce sujet de société ne sert que d’enluminure au postulat purement fantastique de cet épisode. Un postulat qui rappelle le Patrick de Richard Franklin, à la différence notable que tout amour est exclu de Mort Clinique, alors que ce sentiment était à l’origine des actes de Patrick. Ici, l’amour a laissé place à la haine, une haine tenace qui perdure bien au-delà de la mort.

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