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Masters of Horror 2-05 : Piégée à l’intérieur – John Carpenter

Ecrit par Loïc Blavier

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Masters of Horror. Saison 2, épisode 05
Pro-Life. 2006.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : John Carpenter
Avec : Ron Perlman, Caitlin Wachs, Mark Feuerstein, Bill Dow…

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Chaque nouveau film réalisé par John Carpenter constitue de nos jours un évènement, tant le réalisateur se fait rare. Avec les Masters of Horror, il sort d’une retraite entamée depuis Ghosts of Mars, film qui est venu confirmer une nette baisse de régime dans les derniers long-métrages de celui qu’on peut véritablement désigner par l’expression « maître de l’horreur ». Malheureusement, sa participation à la série de Mick Garris, loin de redorer son blason, laisse à penser que Carpenter se trouve désormais en pré-retraite, ou tout du moins dans une période sans grande envie dont on ne sait toujours pas s’il pourra se sortir un jour. La Fin absolue du monde, dans la saison 1, faisait déjà preuve d’un étrange manque d’inspiration de la part du réalisateur, qui parvenait tout de même à sauver les apparences grâce à une mise en scène efficace. Malheureusement, avec Pro-Life, Carpenter coule corps et âme. Sur un scénario rédigé par Scott Swan et Drew McWeeny (les deux loustics responsables du site d’information cinéma Ain’t it Cool), il se prend de parler d’avortement et de démon. Une jeune fille de 15 ans, Angelique, est renversée par un couple de médecins qui l’emmènent aussi sec à leur clinique spécialisée dans les avortements. La jeune fille se révèle être enceinte (coïncidence heureuse) et cherche à se débarasser de son bébé, aux origines troubles. Mais son père (Ron Perlman), féroce militant anti-avortement accompagné de ses trois fils, cherche à s’y opposer. Se rendant à la clinique, où il est d’ailleurs interdit de séjour par decrét légal, il menace de faire un carton si sa fille ne lui est pas rendue prestement et intégralement, bébé inclus. C’est que le monsieur prétend que c’est Dieu en personne qui lui a ordonné de défendre l’enfant. Les médecins et le flic de garde s’y opposeront. Va alors commencer le fameux carton, pendant qu’en même temps les médecins cherchent à pratiquer l’avortement sur la jeune fille, dont le bébé se révèle de toute evidence être le fruit du diable.

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Que dire d’une telle bouillie ? Carpenter a déjà réalisé des choses plutôt médiocres (Les Aventures d’un homme invisible, Le Village des damnés, Ghosts of Mars), mais jamais il n’est tombé aussi bas qu’ici. Tout est bancal dans ce Pro-Life, et avant toute chose le script, franchement indigeste. Pendant la majeure partie du film, l’intrigue est divisée en deux parties : une pour l’assaut donné par Ron Perlman et ses fils pour récupérer la fille, l’autre pour l’avortement de la même fille. Deux parties en alternance, très déséquilibrées. Si celle avec Perlman s’en sort moyennement, l’autre est proprement insipide et ne se contente pendant longtemps que de faire reporter la naissance du monstre jusqu’au moment où les deux parties se rejoindront, vers la fin. Carpenter se permet en outre des scènes totalement hors-sujet, inutiles et souvent achevées par un excès de sanguinolence gratuit. C’est le cas lorsqu’il s’appesentit sur le sort d’une famille lambda, qui se trouve à l’hôpital au mauvais moment, et qui choisi de fuire. Ils se heuteront à l’un des fils, plus fragile que les autres, qui n’aura pourtant aucune importance dans l’histoire… Déjà que l’intrigue est divisée en deux points de vue, était-il judicieux de faire s’affronter deux catégories de personnages secondaires ? Rien n’est moins sûr, et dans un film d’une durée d’une heure, tout hors-sujet se remarque aisément. Même chose pour l’affrontement entre Ron Perlman et l’un des docteurs qui, se prenant pour Rambo, sort le flingue et le gillet pare-balles pour protéger son hôpital. Son sort sera peu enviable et Carpenter versera pour l’occasion dans une scène de torture à la Takashi Miike qui ne lui sied guère. Voici deux des plus grosses bêtises d’un scénario qui en est plein (l’un des fils se casse de l’hôpital pendant le final, parce « qu’il en peut plus ») et qui en plus recycle avec lourdeur quelques éléments typiques du cinéma de Carpenter (Assaut, Halloween et The Thing sont ainsi cités).
Quant à la fin du film, moment où les deux parties se rejoignent, elle sera d’une bêtise incroyable, finalement en adéquation avec ce qui a précédé. Elle viendra également atténuer de façon au combien grotesque (je ne veux pas dévoiler la fin, mais vous le constaterez de vous-même) le discours sur l’avortement, dont la présence n’est probablement due qu’aux attentes du public d’un sujet politique chez John Carpenter. Celui-ci brocarde l’intégrisme dangereux des anti-avortements (appelés « Pro-Life » aux Etats-Unis) qui se réclament avec certitude d’une pensée divine qui n’a en fait rien à voir avec Dieu, puisqu’ici les ordres de Dieu furent en réalité les ordres d’un démon se faisant passer pour Dieu. Ne parlons pas de ce démon : son look manque cruellement d’originalité et ses intentions restent vagues. Tout juste sait-on que c’est lui, le véritable père de l’enfant à naître. Parfaitement. Dans un flashback au milieu du film, il a violé Angélique dans une frustrante séquence mouvementée que ne renierait pas le Tobe Hooper des Forces obscures. Et cette explication de rendre encore plus ridicule le dénouement…
Bref, avec Pro-Life, Carpenter se lâche, fait n’importe quoi, filme n’importe quoi quelque fois n’importe comment. Si ce n’est un peu au tout début de l’épisode, lorsque l’on ne connait pas encore tous les tenants et aboutissants de l’histoire, la tension n’est jamais présente, au contraire des étalages spectaculaires et des incohérences scénaristiques. It ain’t cool !

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