Cinéma Série TV

Les Contes de la crypte 6-04 : Opération Amitié – Roland Mesa

Ecrit par Loïc Blavier

Les Contes de la crypte. Saison 6, épisode 04.
Operation Friendship. 1994
Origine : Etats-Unis
Réalisation : Roland Mesa
Avec : Tate Donovan, Peter Dobson, Michelle Burke, John Caponera…

Aussi dépourvu de vie sociale que de force de caractère, l’informaticien Nelson ne tient le coup que grâce à la présence d’Eddie, son ami imaginaire. Depuis l’enfance, celui-ci est toujours là pour lui remonter le moral… Mais voilà qu’une charmante jeune femme nommée Jane emménage dans l’appartement d’en face et se met à montrer des signes d’attirance pour Nelson. Et c’est réciproque ! N’entendant pas être ainsi délaissé, Eddie entreprend de ramener son vieil ami à lui, de gré ou de force…

Pour cette sixième saison, les créateurs des Contes de la crypte avaient de la suite dans les idées… Qui de mieux pour réaliser cet épisode au sujet d’un « nerd » qu’un des réalisateurs de la quadrilogie Revenge of the nerds (Les Tronches en français) ? Le choix était vite fait ! Et pour le scénario, certes ils embauchèrent un parfait débutant, mais qui allait par la suite exploiter tout son potentiel humoristique en collaborant de façon régulière à un show répondant au titre prodigieusement drôlatique de Royal Canadian Air Farce… En unissant les forces de ces deux galopins, les Contes de la crypte tombaient dans le mille ! Cela aurait pu faire un carton si l’épisode lui-même avait été incorporé à Royal Canadian Air Farce, qui après une brève investigation s’avère être une pitrerie à base de rires pré-enregistrés envoyés toutes les 10 secondes… Mais dans le cas de la série qui nous concerne ici, cela tombe grossièrement dans le hors sujet, au point que le gardien de la crypte se sente lui-même obligé de mentionner l’absence de tout élément horrifique et d’y remédier avec un gag de dernière minute (car oui, en bon vilain qu’il est, il le fait dans la conclusion et non dans l’introduction). En bref, Opération Amitié est un épisode ouvertement comique, primesautier et dans le fond extrêmement adolescent qui fait franchement peine à voir. Et même si on le juge à l’aune des comédies adolescentes des années 90, il fait bien piètre figure… Son personnage principal, Nelson, ne peut même pas se targuer d’être le cliché du geek introverti, à moins de considérer qu’être un informaticien à lunettes suffise à répondre à ce cliché. Nelson passe à côté de toutes les tares propres à ce type de personnage, comme par exemple la maladresse relationnelle, qui habituellement tient lieu de ressort comique. Ce qui fait de lui quelqu’un de transparent avant tout… N’évoquons pas non plus sa voisine, qui joue aux utilités scénaristiques. Non, tout le poids de l’épisode incombe au seul Eddie, qui par opposition aux deux endives s’avère d’une lourdeur peu commune. Insupportable de bout en bout, cet ami imaginaire que seul Nelson est capable de voir (avec le spectateur, hélas) se fait déjà remarquer par son accoutrement bariolé venant faire contrepoids à l’austérité de Nelson. Accoutrement qui s’associe à une personnalité tout aussi colorée, et tout aussi ignoble. Véritable guignol que l’on imaginerait bien à la présentation d’une émission de variété en « access prime-time », il ne cesse de gesticuler, de grimacer, de faire des blagues vaseuses et de débiter bêtise sur bêtise au motif de donner un peu de piment dans la vie de son ami. A force de se montrer si envahissant, ce personnage en vient à s’accaparer le scénario pour en faire un one-man show dans lequel il tient seul la vedette au lieu de se la partager avec son antithèse, ici bien trop fade pour pouvoir s’inscrire dans un binôme comique. Chaque événement de la relation entre Nelson et Jane se retrouve alors détourné par les pitreries d’Eddie, voire pensé pour lui offrir une nouvelle occasion de faire le zouave : lors de leur rencontre, il en fait des tonnes sur le physique agréable de Jane (ne pensant pas que son ami s’en amouracherait). Lors de leur repas au restaurant, il lui prend les seins à pleines mains pour faire enrager Nelson avant de le déconcentrer en le poussant au dialogue incohérent. Plus tard, et bien que temporairement rejeté par Nelson, il fait son retour en grande pompe sur le lieu de travail de ce dernier… Même stoppé par Nelson, qui en fermant les yeux et en fronçant très fort ses sourcils semble capable de le faire disparaître, il n’est jamais bien loin, toujours prêt à parasiter la vie sentimentale de son ami et à tirer l’épisode vers le bas, vers l’indigeste. Cela en devient à force franchement malsain, et c’est en fait vers cette optique qui aurait dû être la sienne dès le départ que le réalisateur finit par s’orienter dans un final qui fait retomber Les Contes de la crypte à peu près sur leurs pattes, mais qui n’excuse en rien le déluge d’humour grotesque qui a précédé. En un sens, l’outrance du personnage d’Eddie aurait dès le départ pu lui donner ce côté inquiétant qu’il n’atteint que trop tardivement. Cela aurait aussi pu se fondre dans la psyché torturée de Nelson. Mais non. Très mal écrit, Opération Amitié a choisi de n’être qu’un épisode de pure comédie puérile, semblant ne devenir ce que l’on attend de lui que pour justifier son intégration aux Contes de la crypte

N’y allons pas par quatre chemins : s’inscrivant dans la foulée de Tourbillon, l’épisode précédent, ce quatrième épisode de la saison 6 des Contes de la crypte vient entériner l’idée d’une perte de vitesse de la série à ce moment de son existence. Cinq années pleines à faire de l’horreur sur le ton de la satire, certes avec quelques ratés au compteur, c’était déjà pas mal… Mais voilà, l’usure fait son œuvre et commence à transparaître. L’imagination semble se tarir et il devient difficile de concevoir de nouvelles situations aptes à retrouver la tonalité qui a fait le succès d’estime de la série. En peaux profondes a été incapable de faire quelque chose d’une bonne idée de départ, Tourbillon s’égarait dans un exercice de style raté, et Opération Amitié verse dans une outrance humoristique qui n’a rien à faire là… Les approches diffèrent, mais l’échec est patent, pour la troisième fois de suite sur les quatre premiers épisodes de la saison. L’explication par la simple malchance devient fragile… Les anciens de la série ne semblent plus avoir d’idées, et les nouveaux en ont de mauvaises. Une saison et demie sépare l’épisode de Roland Mesa de la fin de la série, et à ce stade il y a de quoi sérieusement s’inquiéter…

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