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Les Contes de la crypte 6-03 : Tourbillon – Mick Garris

Ecrit par Loïc Blavier

Les Contes de la crypte. Saison 6, épisode 03.
Whirlpool. 1994
Origine : États-Unis
Genre : Horreur !
Réalisation : Mick Garris
Avec : Rita Rudner, Richard Lewis, Corin Nemec, Michael Gregory…

Une fois de plus, Rolanda a osé ramener une histoire totalement nulle à Vern, rédacteur en chef des « Contes de la crypte ». Excédé de se retrouver pris au dépourvu deux heures avant le bouclage, le patron convoque l’employée dans son bureau et la met à la porte sans autre forme de procès. Le soir même, après avoir renoué avec les vieux démons de l’alcool, Rolanda retourne dans le bureau de Vern et lui tire dessus. Cueillie par la police lors de sa fuite, elle-même est abattue… Et se réveille dans son lit, prête à aller voir Vern pour lui apporter son cartoon qu’il vient de refuser avec tant de véhémence…

Après avoir visionné cet épisode, l’envie m’a pris d’explorer les méandres de Google pour voir quel était l’épisode le plus conspué des Contes de la crypte. Tourbillon de Mick Garris revenait souvent, et souvent en bonne place… Si ce n’est en pôle position. Tout réalisé qu’il soit par le copain de Stephen King et créateur des Masters of Horror, tout scénarisé qu’il puisse être par deux des créateurs des Contes de la crypte (Gilbert Adler et A.L. Katz), cet épisode se révèle effectivement catastrophique, sans pourtant qu’il ne vienne rompre avec la tonalité générale de la série. On y retrouve cette forme d’humour noir imprégnée d’une tonalité BD venant rappeler l’origine des Contes de la crypte, à savoir les EC Comics des années 50. Plus encore, ladite BD est textuellement évoquée, puisque tout l’épisode concerne le comité de rédaction d’un magazine justement appelé « Les Contes de la crypte ». Et pourtant, l’évocation auto-référentielle ne compte pour rien dans la qualité de Tourbillon, et se montre même plus embarrassante qu’autre chose, puisque l’épisode nous montre justement un magazine à bout de souffle, comme la série elle-même commençait à l’être ostensiblement via des épisodes comme celui-ci. Autant l’épisode précédent de cette saison 6 s’avérait mauvais en s’éloignant des racines de la série, autant celui-ci montre que le concept même commençait à tourner en rond comme le fait Rolanda, sa protagoniste principale. Tourbillon n’est en fait rien d’autre que le décalque d’Un jour sans fin, l’excellent film de Harold Ramis sorti l’année précédente. Mais ce dernier bénéficiait d’un personnage ouvertement cynique plongé dans un milieu qu’il méprisait, et de là en ressortaient l’humour et la profondeur, tandis que l’épisode de Mick Garris ne repose sur rien si ce n’est sur la seule idée de l’événement qui se répète. Rolanda est un personnage inintéressant au possible, à la personnalité inconsistante (on ne sait jamais trop si sa dégaine de gentille secrétaire reflète sa véritable personnalité ou si elle cache quelqu’un de plus fou), tandis que son patron, et par extension son univers de travail -dont Corin Nemec, de Parker Lewis ne perd jamais-, sont vides de tout enjeu capable d’enrichir cette intrigue minimaliste. Le scénario évolue dans le milieu des « Contes de la crypte », mais il aurait aussi bien pu concerner une rédactrice des romans périodiques « Harlequin » que rien n’aurait été différent. Si ce n’est peut-être l’intro, qui met en scène le comic créé par Rolanda refusé par son patron (cette scène est donc globalement inutile). Imaginez que le personnage de Bill Murray dans Un jour sans fin n’ait pas de personnalité bien définie et que rien de spécial ne vienne transformer son jour sans fin en enfer personnalisé, et vous aurez à peu près l’image de ce qu’est Tourbillon. Que Rolanda tue son patron ou se fasse tuer par lui, en quoi cela importe ? Le meurtre, pivot de l’épisode, ne découle que d’une frustration spontanée, et non d’une envie profonde. Une simple baffe aurait eu la même incidence sur la suite de l’épisode… Par manque de fond, l’intrigue ne présente pas d’intérêt… Et elle se répète pourtant trois fois en 25 minutes, en répétant les passages clés de la première occurrence : la présentation du comic, le passage dans le bureau du chef, le meurtre et la rencontre avec la police, et même les répliques qui vont avec. Le déroulement est le même, seules les conclusions varient… La belle affaire ! Cela ne rime à rien, et il en ressort avant tout un aspect décousu qui permet au réalisateur d’économiser sur le budget en montrant plusieurs fois les mêmes scènes. Lesquelles, soit dit en passant, reposent exclusivement sur les codes du film noir, et non sur ceux de l’épouvante. Enfin nous dirons que le postulat policier incarne tout autant les BD populaires des années 50 que l’horreur, et nous ferons grâce à Mick Garris de ce travers. D’autant que sa mise en scène n’est pas foncièrement mauvaise : avec l’aide de son directeur photo Rick Bota (futur réalisateur de trois séquelles de Hellraiser, toutes imprégnées d’une ambiance « film noir »), il retranscrit bien l’ambiance enfumée caractéristique des films noirs et l’exagération qui fait verser l’épisode dans le second degré. Mais cette relative aisance technique ne fait que souligner davantage le manque d’idées de cet épisode somme toute prétentieux. Car c’est en fait cela qui le rend si indigeste : il prétend faire passer le n’importe quoi pour de l’inventivité, les références pour du « post-modernisme », et réussit l’exploit de tourner en rond alors qu’il ne dure qu’une vingtaine de minutes…

La réputation que se traîne cet épisode n’est aucunement galvaudée : il s’agit bel et bien d’un des plus mauvais des Contes de la crypte. Un de ceux qui se montre le plus poussif dans sa volonté d’être drôle et cruel à la fois et qui au final n’est ni l’un ni l’autre. Vague caricature de ce que la série pouvait avoir de meilleur, il rajoute en outre ce petit côté expérimental fumeux qui achève de le tirer vers le bas. Sans vouloir lui faire porter le chapeau ou m’acharner contre lui, disons que Mick Garris (dont c’était le premier et dernier épisode pour la série) adopte ici, avec le recul, un rôle de porte-malheur qu’il fera fructifier. Son épisode des Contes de la crypte coïncide avec la perte de vitesse de la série, ses collaborations régulières avec Stephen King marqueront la fin de l’âge d’or des adaptations de celui-ci (avec des exceptions ponctuelles, certes), et la remise en selle de collègues glorieux mais vieillissants dans Masters of Horror tournera à la tournée d’adieux des idoles façon « Age tendre et tête de bois » du cinéma d’épouvante…

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