Cinéma Horreur Série TV

Les Contes de la crypte 6-02 : En peaux profondes – William Malone

Ecrit par Loïc Blavier

Les Contes de la crypte. Saison 6, épisode 02.
Only Skin Deep
. 1994.
Origine : États-Unis
Réalisation : William Malone
Avec : Peter Onorati, Sherrie Rose, Stephen Liska, Diane DiLascio…

 Bienvenue à William Malone à bord des Contes de la crypte ! Avec seulement deux longs-métrages horrifiques au compteur (Scared to Death et Créature), certes plutôt bien reçus mais pas des plus réputés, il avait le profil idéal pour devenir réalisateur sur une série pour laquelle les grands noms commençaient à se faire rares. Plus tard taxé de « Master of Horror » par son ami Mick Garris, Malone n’a en fait jamais frayé dans les mêmes eaux que les John Carpenter, Dario Argento, Joe Dante ou autres Stuart Gordon. Pas mauvais, certes, mais loin d’être un génie du genre (en revanche, il est notoirement connu pour être un collectionneur assidu de tout ce qui à trait au film Planète interdite). C’est donc en relatif anonyme qu’il réalise le second épisode de cette sixième saison, au cours duquel il fit la connaissance du scénariste Dick Beebe qui rédigera quelques années après le scénario de sa Maison de l’horreur, d’ailleurs produite par Dark Castle, compagnie fondée par Joel Silver, Robert Zemeckis, et Gilbert Adler une fois que leurs Contes de la crypte eurent plié bagages. En somme, en intégrant l’écurie télévisuelle de ses glorieux producteurs, Malone a avant tout fait un judicieux choix de carrière…

Ne pas avoir été invité à la fête costumée de son ami Bob n’a pas empêché Carl de s’y pointer malgré tout. Grimé en pirate, il compte bien solder sa relation avec Linda, qui l’a éjecté de sa vie en raison de son comportement autoritaire et violent. L’échange tourne court et une nouvelle fois Linda repousse Carl. De rage, celui-ci s’en prend aux citrouilles de la cuisine, sous le regard inattendu d’une mystérieuse inconnue déguisée en sac à cadavre. Troublante et dotée d’un solide répondant, cette attirante jeune femme qui dit s’appeler Molly emmène l’impulsif Carl chez elle pour une nuit de torrides ébats. Carl tombe sous le charme et, contrevenant à leur accord tacite de ne pas chercher à en savoir plus l’un sur l’autre, exige de Molly qu’elle lui révèle le moindre détail de sa vie. Confronté à un ferme refus, Carl s’emporte une nouvelle fois, mais malgré ses recherches il ne trouve rien à son sujet dans tout l’appartement. Molly n’est définitivement pas une femme comme une autre.

Un mâle alpha confronté à une femme fatale, rien que de très classique pour Les Contes de la crypte. L’introduction de l’épisode lors de la soirée costumée survole grossièrement l’exposition de caractères : Carl est un sagouin de la pire espèce, manipulateur, colérique, violent et égocentré. C’est tout ce qu’il y a à savoir en guise de préambule à une deuxième partie immergée dans l’univers de Molly, cette mystérieuse jeune femme à l’étrange costume et à l’encore plus étrange masque d’un blanc d’ivoire d’où ressortent deux yeux d’un noir opaque. Tout à son idée de la culbuter puis de la soumettre, Carl se moque pas mal de l’environnement dans lequel il se trouve. Les grands sentiments dont il fait part après leur nuit d’amour ne tiennent qu’au physique avenant de la demoiselle et à l’endurance dont elle fait preuve au plumard, ce qui renforce ainsi le cliché du machiste ambulant tout en montrant qu’il est tombé dans la toile d’une vengeresse dont au contraire nous ne savons strictement rien si ce n’est qu’elle n’augure rien de bon pour Carl. Et c’est en fait à peu près tout ce que propose l’épisode : savoir qui est Molly, puis comment elle va sévir. Son appartement est à l’image de sa personne : sombre, bizarre et mystérieux. Spacieux mais pourtant décrépit et vide de tout mobilier ou autre effet personnel, il est un cadre que William Malone se plaît à explorer sous toutes les coutures alors que Carl erre dans les couloirs pour y trouver la moindre indication sur l’identité de Molly, sans qu’il ne lui vienne à l’esprit que le milieu dans lequel il se trouve n’est pas normal… De là (et même avant), Malone verse dans l’exercice de style et adopte une mise en scène faisant la part belle au surréalisme : plongées ou contre-plongées, travelings dans de morbides couloirs, éclairages dominés par une maladive teinte bleuâtre et tutti quanti. Pas forcément du grand travail. L’ensemble finit par ressembler à un clip musical qu’on verrait volontiers au service de The Cure. D’effroi il n’est pourtant pas question car justement trop peu de données sont fournies quant aux menaces qui pèsent sur Carl, lequel de toute façon n’est pas le genre de personnage pour lequel on peut ressentir la moindre sympathie. En fait, cet épisode donne l’impression de s’égarer dans un style « épouvante » assez vain sans ne faire aucun cas de l’humour noir qu’annonçait pourtant l’introduction éléphantesque (sans parler de la nature même de la série). La faute en incombe aussi à Molly elle-même, qui disons le tout net se montre particulièrement paresseuse dans une vengeance qu’elle est vouée à accomplir en son nom et en celui des victimes de Carl. Le repoussant fermement, elle reste pourtant apathique voire même assoupie lorsqu’il prend l’envie à celui-ci de fouiller dans ses affaires et même de la violenter… Par conséquent, la mystérieuse anti-héroïne qu’elle promettait d’être perd de sa superbe, non sans avoir préalablement vendu la mèche sur la façon dont elle s’y prendra (on la voit à un moment sortir d’une pièce avec une scie circulaire… puis elle part se recoucher). D’ailleurs l’interrogation portant sur son masque disparaît elle aussi assez vite, tant on voit venir la fameuse révélation. Non sans crainte, d’ailleurs, puisque le temps passant sans que ni Molly ni Malone (un petit bonjour en passant à nos amis irlandais) ne daignent s’activer, il devient de plus en plus évident que le coup de théâtre final sera réduit à peau de chagrin. Nous avions déjà dû faire le deuil de l’humour noir, mais en plus le fantastique lui-même qui nimbe l’appartement de Molly se débine petit à petit. Et pour parachever le tout, le réalisateur sera même à deux doigts de verser dans le mélodrame psychologique…

Un concept dont personne ne fait rien, voilà ce qu’est En peaux profondes… Incompréhensiblement, l’épisode qui partait pour être un bon cru des Contes de la crypte se fige, s’encroûte et tourne à l’aigre. Même la fameuse Molly qui était effectivement intrigante au début s’éteint sans crier gare, laissant s’ébattre sa proie sans même prendre la peine de jouer avec lui… Les tribulations d’un glandu dans le repère d’une gothique. Pas fameux !

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