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Les Contes de la crypte 5-10 : Quand vint l’aurore – Uli Edel

Les Contes de la crypte. Saison 5, épisode 10.
Came the Dawn.
 1993.
Origine : États-Unis
Réalisation : Uli Edel
Avec : Brooke Shields, Perry King, Michael J. Pollard, Valérie Wildman.

En chemin pour son vaste pavillon perdu en pleine forêt au volant de sa rutilante porsche carrera, Roger (Perry King) aperçoit sur le bas côté de la route une jeune femme en détresse (Brooke Shields), trempée par l’orage qui sévit et dans l’incapacité de faire redémarrer sa camionnette. Bon prince, Roger s’arrête et lui propose rapidement l’hospitalité pour la nuit. La jeune femme, répondant au prénom de Norma, accepte de le suivre. La soirée leur réservera bien des surprises.

Le réalisateur allemand Uli Edel ne compte pas parmi les noms les plus ronflants à avoir participé aux Contes de la crypte. En dépit de quelques titres évocateurs (Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…Last Exit to Brooklyn), il fait partie de ces réalisateurs dont les films demeurent plus connus qu’eux. Lorsqu’il se lance à l’époque dans la réalisation de Quand vint l’aurore, Uli Edel sort de l’échec Body, un thriller sulfureux où Madonna tentait opportunément de marcher sur les traces de Sharon Stone dans Basic Instinct. Il ne le sait pas encore mais il entame alors une longue période pendant laquelle il ne tournera plus que pour la télévision.
Bien que la série jouisse d’une grande liberté, inhérente à une production pour une chaîne câblée, Uli Edel change son fusil d’épaule et met la pédale douce sur la nudité et la violence. Les meurtres se limiteront ainsi à quelques éclaboussures et coulées de sang. Quant à la nudité, elle se retrouve aux abonnés absents. Brooke Shields, qui avait défrayé la chronique du temps de La Petite de Louis Malle où elle incarnait une enfant se prostituant dans une maison close, s’est depuis rachetée une conduite – si je puis dire – optant depuis pour des films plus consensuels comme Le Lagon bleu. Ici, elle se contente de se dévoiler à deux reprises en soutien-gorge. La scène la plus « osée » se joue sans elle en amorce de l’épisode où une blonde incendiaire, sous prétexte de se refaire une beauté aux toilettes, se chauffe la voix en déclamant quelques compliments bien sentis à l’attention de son partenaire à venir et de son anatomie. Une allumeuse de première qui ne tourne pas autour du pot lorsqu’il s’agit de lui faire comprendre qu’elle est toute disposée à passer à la vitesse supérieure à grand renfort d’œillades appuyées et de propos sans équivoques. Autrement dit, la demoiselle a flairé le bon parti et ne compte pas le laisser filer. Sa disparition agit en reflet sordide de celui de Marion Crane dans Psychose, les toilettes d’un restaurant remplaçant la salle d’eau d’un motel. On assiste à une semblable mort brutale perpétrée à l’arme blanche par une obscure silhouette aux cheveux longs, la maestria de la mise en scène en moins. A partir de là, l’ombre d’Alfred Hitchcock n’a de cesse de planer sur la suite du récit, rendant caduque toute surprise éventuelle. Le suspense de l’épisode pâtit à la fois de cette référence trop évidente mais aussi de la logique interne de la série dont les réalisateurs ne s’affranchissent qu’en de rares occasions, ce qui n’est pas le cas d’Uli Edel.
Mais puisque selon la formule consacrée, peu importe la destination, seul le chemin compte, intéressons-nous à l’épisode dans sa globalité. Et là, force est de reconnaître que l’originalité n’est pas non plus de mise. Voilà un récit qui joue la carte du huis-clos avec cet immense pavillon perdu en pleine forêt. Une demeure au mobilier suranné semblant tout droit sorti d’un film d’horreur et où trône sur l’un des murs du salon l’imposant portrait de la mère de Roger. Mère dont il a hérité l’entreprise d’importations d’objets anciens en provenance d’Europe et à laquelle il doit donc sa fortune. Par séquence – l’arrivée des deux personnages par une nuit d’orage, l’insistance avec laquelle la caméra s’attarde sur une hache à vocation décorative, la transformation de l’un des personnages – Quand vint l’aurore n’est pas sans rappeler L’Amour parfait, l’épisode que Tom Holland a réalisé en saison 1. Une nouvelle impression de déjà vu qui ne plaide pas en sa faveur, d’autant que les personnages révèlent rapidement leur vrai visage. Ainsi, le récit ne laisse guère planer de doute quant à la réelle personnalité de la jeune femme. A peine le pied posé dans la voiture de Roger, elle ment sur son identité, mensonge que nous révèle un gros plan sur la pochette du cd d’un opéra baptisé Norma. D’emblée, la jeune femme nous paraît louche, ce qu’accrédite la suite immédiate où, profitant de l’absence momentanée de Roger, parti faire quelques emplettes pour le dîner, elle fouille la boîte à gant de la voiture, dérobant au passage quelques pièces de monnaie. De son côté, Roger apparaît moins naïf que ses airs de dandy gauche le laissent supposer de prime abord. On peut même dire qu’il s’accommode de la situation avec décontraction et une réelle gourmandise pour cette relation ambivalente (à lui la sensibilité et un fond romantique, à elle les attitudes bourrues) à l’issue attendue.

En dépit de cette insistante propension au déjà vu, l’épisode s’avère agréable à suivre. Bénéficiant du savoir-faire d’une équipe rodée, Uli Edel rend une copie propre et bénéficie, comme souvent, d’une interprétation de qualité. Une distribution par ailleurs composée de recalés du cinéma (Brooke Shields, Perry King) et de seconds rôles plus (Michael J, Pollard) ou moins (Valérie Wildman) chevronnés.

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