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Les Contes de la crypte 3-14 : Trouillard – Robert Zemeckis

Ecrit par Loïc Blavier

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Les Contes de la crypte. Saison 3, épisode 14.
Yellow. 1991.
Origine : Etats-Unis
Réalisation : Robert Zemeckis
Avec : Eric Douglas, Kirk Douglas, Lance Henriksen, Dan Aykroyd…

En 1918, quelque part en France, les américains sont bloqués dans les tranchées et le Général Kalthrob (Kirk Douglas) a ordonné un assaut pour défiger les positions. Peine perdue, d’autant plus que le lieutenant responsable de l’offensive (Eric Douglas) ne déborde pas d’enthousiasme et sonne très vite le retrait. Furieux de cet ordre de repli, le sergent (Lance Henriksen) court faire un rapport au Général et n’hésite pas à accuser le lieutenant d’être un « jaune », c’est à dire un trouillard. Or, il se trouve que le lieutenant est le fils du Général. Celui-ci laisse une dernière chance à sa progéniture : conduire une expédition nocturne visant à réparer les communications coupées près des lignes allemandes. S’il se conduit bien, il le fera transférer à l’écart des combats. Dans le cas contraire, la cour martiale n’est pas loin.

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Grande cérémonie de clôture pour cette troisième saison : l’un des patrons vient lui-même tourner le quatorzième et dernier épisode qui rajoute 10 bonnes minutes à la durée habituelle des épisodes de la série. Et Robert Zemeckis n’est pas accompagné de n’importe qui : Dan Aykroyd, Lance Henriksen et surtout Kirk Douglas sont dans ses bagages. Pour les deux premiers, il s’agit essentiellement de noms ronflants permettant de donner un peu de lustre à ce tomber de rideau. Leurs personnages ne sont guère mis en avant et il n’y avait pas lieu d’embaucher des acteurs aux semblables CV pour les incarner. Quant à Kirk Douglas, pas besoin d’être devin pour deviner pourquoi il a été embauché. Première guerre mondiale, ordre d’offensive absurde tué dans l’œuf par un officier humain, conflit entre haut gradé et subalterne, cour martiale… Ce sont Les Sentiers de la gloire. La vision véhiculée par Zemeckis est -en bien plus schématique- peu ou prou la même que celle de Kubrick et elle le serait encore tout à fait s’il n’y avait pas ce rebondissement final venant appuyer le trait de l’inhumanité de ce Général plaçant son militarisme idéologique avant toute autre considération. Parvenus à cette scène et bien que Zemeckis ait cherché à jouer la carte de la surprise, la teneur de ce dénouement ne faisait de toute façon aucun doute. Tout Trouillard est fait de raccourcis et de grosses ficelles. Le prestigieux réalisateur ne se contente pas de clamer à tue tête le lien entre son épisode et Les Sentiers de la gloire en reprenant Kirk Douglas, il lui faut aussi enrôler le fils de celui-ci pour jouer Martin, son fils à l’écran. Quand l’on sait que Eric Douglas s’est fait connaître pour avoir exprimé dans ses one-man-show sa détresse de ne pas être au niveau des autres acteurs de la dynastie Douglas, on ne peut que se dire que Zemeckis a voulu faire du symbolisme grossier. Rien de répréhensible en soit, sauf peut-être quand le fils pleure face au père et lui reproche de l’avoir engagé de force dans une voie qu’il a accepté par amour mais qui n’était pas pour lui. On peut en revanche se montrer beaucoup plus sévères sur l’idée même de créer une filiation entre le général et le lieutenant, qui a franchement tout du sentimentalisme hollywoodien le plus racoleur. Ainsi, si la guerre elle-même est effectivement condamnée, de même que sa conduite par le Général Kalthrob pour qui les hommes ne sont que de la chair à canon, le débat bifurque rapidement sur un point de vue bien plus personnel, fatalement moins universel et enfin moins humaniste que celui de Kubrick dans Les Sentiers de la gloire. Symptomatique de cette perte d’envergure, la modification des explications quant à la couardise de Kalthrob fils : de son refus d’envoyer ses hommes -et lui-même- se faire massacrer, il ne devient plus qu’un homme qui ne veut pas mourir. Sa considération pour les autres est passée à la trappe en cours de route. Si sa volonté de vivre n’est pas illégitime, il est difficile malgré tout de prendre pleinement en compassion un homme qui se montre lâche au point de s’être caché derrière des excuses humanistes. L’angle d’attaque de l’égoïsme aurait pu être intéressant, mais faute de l’avoir abordé pour lui-même et parce qu’il a justement été précédé d’une velléité humaniste, il n’est jamais au cœur du spectacle, contrairement au sirupeux clivage père / fils. En outre, le côté spectaculaire de certaines scènes n’aide pas à sortir Trouillard de cette déplorable patine hollywoodienne annonciatrice de Forrest Gump : Zemeckis a bénéficié pour l’occasion d’un budget de toute évidence bien plus substantiel que l’épisode moyen des Contes de la crypte, ce qui l’a poussé à concevoir des scènes assez tape à l’œil (dont l’introduction en plein combat). Très mauvaise idée. Et n’oublions pas que la traditionnelle intervention finale du gardien de la crypte vient achever cet épisode qui se veut poignant par un bon mot puéril, certainement pas adapté au contexte…

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Mais au fait, qu’est-ce que Trouillard vient faire dans Les Contes de la crypte ? La réponse est simple : le recyclage. Cet épisode, comme Confrontation et Le Roi de la route (respectivement épisodes 8 et 9 de la saison 4), fût conçu pour constituer le pilote d’une série produite par Zemeckis, Richard Donner et Joel Silver qui se serait intitulée Two-Fisted Tales, comme un EC comic des années 50 spécialisé dans les histoires de guerre (sous un angle antimilitariste). Les trois producteurs comptaient ne pas se limiter à ce seul genre et auraient fait de cette série le pendant orienté « action » des Contes de la crypte. Mais ce pilote ne reçut pas l’accueil escompté et HBO ne donna pas suite au projet. Décision fut donc prise de reverser ses trois segments dans Les Contes de la crypte. Notons que des trois, seul Trouillard est effectivement adapté d’un comic (et encore : Shock SuspenStories plutôt que Two-Fisted Tales), les deux autres étant des créations originales. Vu l’angle très « zemeckissien » du résultat, on peut même douter de la fidélité au récit d’origine. Déjà mauvais en lui-même, l’épisode aggrave son cas par ce renvoi dans le domaine de l’horreur, qui donne à certaines scènes des allures de replâtrage destiné à justifier ce transfert. C’est le cas pour les plans gores et pour l’ironie finale. Puisque Trouillard n’a pas été tourné dans cette optique et qu’apparitions du gardien de la crypte mises à part il ne semble pas y avoir eu de nouvelles séquences tournées pour l’occasion, il ne s’agit pourtant pas de replâtrage (ce qu’on peut voir en observant la nature plus désabusée que grinçante de l’ironie). Pour quiconque ne serait pas averti de cet historique, c’est tout de même l’impression dominante, ce qui nous ramène donc au côté tape à l’œil mentionné plus haut. Décidément, tout ici a été raté, et c’est sur une sacrément mauvaise note que se termine cette pourtant fort honorable saison 3.

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