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Les Contes de la crypte 3-11 : Le Sacre de la tronçonneuse – Russell Mulcahy

Ecrit par Loïc Blavier

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Les Contes de la crypte. Saison 3, épisode 11.
Split Second. 1991.
Origine : Etats-Unis
Réalisation : Russell Mulcahy
Avec : Michelle Johnson, Brion James, Billy Wirth, Dan Martin…

Lorsque Russell Mulcahy mit les pieds dans Les Contes de la crypte, série populaire, parrainée par des gens qui comptent et offrant une assez enviable latitude aux réalisateurs, il ne se doutait probablement pas que sa carrière venait d’être mise entre de longues parenthèses qui à ce jour ne sont toujours pas refermées, et ne le seront peut-être jamais. C’est que l’année où il intégra l’écurie de Zemeckis et Silver correspond aussi à l’année de sortie du triste Highlander II, sur lequel il galéra contre vents et marées avec sa production pour finalement s’avouer vaincu et assister au déluge de sarcasmes qui l’accueillit à sa sortie. Un director’s cut sorti en 1995 et une édition spéciale en 2004 n’ont pas suffi à effacer la mémoire de ce raté, ni à réhabiliter un Mulcahy -pourtant moins coupable du désastre que d’autres- aux yeux de l’industrie du cinéma. Depuis lors, l’australien a réalisé quelques films passés inaperçus, mais il s’est surtout consacré aux téléfilms, aux direct-to-video et à d’autres séries télé (qui cette fois exigeaient l’effacement des réalisateurs). Triste destinée pour un réalisateur venu du clip musical et qui à ce titre aurait pu faire son beurre lorsque les réalisateurs se sont mis à abuser du style de mise en scène propre à cet exercice qu’il avait lui-même contribué à édifier. Enfin bon, au moins cette mise à l’écart lui aura-t-elle permis de (co-)détenir le record du nombre d’épisodes réalisés pour Les Contes de la crypte, avec quatre au compteur étalés sur autant de saisons. C’est toujours ça.

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Tout juste mariée au bûcheron (Brion James) qui l’avait protégé des assauts d’un malotru dans un bar où elle était serveuse, Liz (Michelle Johnson) commence à s’ennuyer. C’est pourquoi elle cherche à pimenter un peu sa vie en cocufiant Steve avec Ted (Billy Wirth), jeune employé fraichement embauché. L’amusement réside non seulement dans les parties de jambes en l’air, mais aussi dans les crises de jalousie excessives du brave Steve (Brion James). Un jeu rigolo mais quelque peu dangereux dans un environnement où les haches et les tronçonneuses ne manquent pas.

Du Mulcahy sans avoir l’air d’en être : peut-être est-ce à cause de ses déboires sur l’ubuesque concept de Highlander II, mais toujours est-il que la patte moderniste du réalisateur ne se fait absolument pas ressentir dans cet épisode qui respire la tradition des anthologies horrifiques et dont la mise en scène se contente de faire la part belle aux angles de vues emphatiques, à la manière des illustrations que l’on retrouve dans les comics horrifiques. Aucun modernisme là-dedans, donc, et même une rusticité assumée, en phase avec le milieu fréquenté par le scénario, celui de la forêt, des rugueux bûcherons en chemises à carreaux et de l’humour pas bien finaud autour d’une bière. Mais que les travailleurs du bois n’en tiennent pas rigueur à Mulcahy et à son scénariste Richard Christian Matheson (fils de Richard et pas encore compromis avec Tobe Hooper) : s’ils ont à ce point chargé la mule, ce n’est que pour mieux nous emmener vers un final outrancier à souhait, dont l’humour noir confine au grand guignol. Ce qui nous pendait au nez dès le départ et que nous attendions de pied de ferme. Il ne pouvait en être autrement, puisque tous les personnages avaient fait part d’un manque de subtilité qui paradoxalement les rendait tous sympathiques à leur manière. Que cela soit les employés brut de décoffrage, l’épouse volage (et c’est un euphémisme : le terme de « salope » serait bien plus adapté), l’amant bellâtre manipulé par tout le monde ou encore le mari en proie à de soudaines crises de folie furieuse, aucun ne s’est jamais accompagné d’une quelconque crédibilité. Par conséquent, difficile de comparer les mérites de chacun et d’en tirer un quelconque parti pris envers tel ou tel personnage. Invité de la sorte à prendre du recul et à adopter un regard au second degré, entretenu par la musique et la mise en scène, le spectateur n’a plus qu’à profiter des numéros d’acteurs de ce vaudeville taillé à coups de hache. Il peut par exemple admirer l’impudeur d’une Michelle Johnson (qui tenait déjà un rôle peu gratifiant dans Waxwork) aguicheuse ou encore et surtout les grimaces sadiques et les coups de sang d’un Brion James dont le faciès patibulaire et la carrure massive se prêtent naturellement à ce genre de jeu. C’est assurément lui qui tient le haut du pavé, et c’est un plaisir que de le voir se transformer brusquement de gentil chef d’équipe en bagarreur halluciné au moindre regard déplacé sur sa femme en petite tenue. L’expression « fucked my wife » est souvent associée à Robert De Niro, mais ne sous-estimons pas l’apport de Brion James. On pourra aussi sourire de l’imbécilité d’un amant perdant tous ses moyens devant une femme fatale ou terrorisé devant son patron furibard, et comprendre le point de vue des employés qui veulent avant tout s’en payer une bonne tranche. Le tout sous le contrôle d’un Mulcahy qui fait progressivement monter la sauce jusqu’à l’explosion finale. Pour ce faire, il a notamment recours à la voix off de Liz, voyant en gros les évènements sous l’angle unique de l’échappatoire à l’ennui. Ou comment provoquer un massacre dans la bonne humeur. C’est autre chose que les leçons de morale des voix off d’une série comme Grey’s Anatomy.
Mentionnons aussi pour clore cet épisode au demeurant excellent l’évocation du réalisateur de ses déboires sur Highlander II à travers le gardien de la crypte, qui comme d’habitude termine sur un petit trait d’esprit. Prenant la tronçonneuse pour découper un producteur ligoté (Joel Silver en personne), le gardien s’exclame « il a toujours voulu le final cut, et c’est bien ce qu’il va avoir !« …

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