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Les Contes de la crypte 3-03 : Le Piège – Michael J. Fox

Ecrit par Loïc Blavier

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Les Contes de la crypte. Saison 3, épisode 03.
The Trap. 1991.
Origine : Etats-Unis
Réalisation : Michael J. Fox
Avec : Bruce McGill, Teri Garr, Bruno Kirby, James Tolkan…

Parce que ses finances sont au plus bas, Lou Paloma (Bruce McGill) demande l’aide de son croque-mort de frangin (Bruno Kirby) pour se faire passer pour la victime d’un meurtre aux yeux de la police afin d’obtenir le demi million de dollars de son assurance vie. Une fois l’arnaque perpétrée, Lou projette de filer sous les tropiques avec sa femme Irene (Teri Garr). Sauf que celle-ci a le béguin pour Billy, le frangin, et que ce dernier le lui rend bien. Lou risque fort de devenir le dindon de sa propre farce.

Il n’est parfois pas difficile de savoir lequel des influents producteurs exécutifs des Contes de la crypte se cache derrière tel ou tel épisode. Ainsi, Le Canyon de la mort, épisode 2 de la troisième saison, a été réalisé par un scénariste abonné aux productions Joel Silver. Quant au Piège, troisième épisode (ou premier si l’on s’en tient à l’ordre de diffusion) de la même saison, tout converge pour désigner Robert Zemeckis, qui venait de boucler bout à bout les tomes 2 et 3 de Retour vers le futur. La réalisation en échoit en effet à Michael J. Fox, tête d’affiche des films cités qui comme bien d’autres acteurs -ou scénaristes, ou concepteurs d’effets spéciaux, ou autres techniciens- fait sur la série ses premières armes de réalisateur, lesquelles resteront pratiquement sans lendemain. Outre la réalisation, il se ménage une brève apparition à l’écran, en compagnie d’ailleurs de James Tolkan, lui aussi sorti des deux derniers Retour vers le futur.

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Tout concourt à donner à ce Piège des apparences de récréation ludique pour ces quelques personnalités en vue (Tolkan n’est certes pas un grand nom, mais il n’empêche qu’il était alors fort sollicité dans les seconds rôles), ambition qui est au cœur de la série, laquelle -en plus d’être un terrain d’entraînement pour débutants- est une sorte de sanctuaire dans lequel quelques vedettes hollywoodiennes peuvent se lâcher en toute désinvolture. La légèreté sous entendue par l’usage d’un fort humour noir est un support idéal, ce qu’ont d’ailleurs peut-être oublié en cours de route les grands noms des Masters of Horror, qui ont parfois eu la fâcheuse tendance à se prendre trop au sérieux et à trop vouloir remplir le cahier des charges accolé au cinéma d’horreur. C’est à dire faire usage de gore ou d’érotisme alors que cela n’était pas forcément nécessaire. Ce défaut s’est rarement retrouvé dans Les Contes de la crypte, dans lesquels les réalisateurs pouvaient même faire l’impasse sur toute forme d’horreur. C’est le cas ici, puisque Michael J. Fox se fend d’un épisode gag dont le scénario (repris comme pour la plupart des épisodes de la série à l’un des comics horrifiques de l’âge d’or) n’est qu’un postulat usé jusqu’à la corde par maintes histoires policières. Pas une once d’horreur ici, juste une fraude à l’assurance vie. Le genre de récit simpliste qui ne peut marcher qu’en se reposant sur des personnages hauts en couleur. Ce qui est indiscutablement le cas de ce Lou Paloma, prototype de l’italo-américain mal dégrossi. Doté d’une dégaine bedonnante et moustachue digne des plombiers de Nintendo, volontiers crasseux, capable de se faire renvoyer de son poste de livreur de pizzas en moins d’une semaine, il est en outre d’un tempérament violent et obtus, et dispose d’un sens de l’humour pour le moins lourdingue. Lou est tout simplement un beauf, duquel Fox se moque plus volontiers qu’il ne le rend antipathique. Tout le plan si savamment élaboré par ce type d’une médiocrité assez phénoménale est ridicule du début à la fin, à commencer par son grossier maquillage cadavérique, et en finissant par sa fâcheuse tendance à se gratter l’entrejambe sous son drap mortuaire.
Intelligemment, Fox fait reposer le suspense sur le moment où le château de carte de Lou s’écroulera… Ce qui est inévitable, puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de la marque de fabrique de la série. Mais ce moment tarde à venir. Or, ce qui pourrait passer pour un miracle protégeant Lou (lequel se prend pour un génie) se retourne petit à petit contre lui, sans même qu’il ne s’en rende compte, l’enfonçant toujours un peu plus dans le ridicule et développant l’ironie de l’épisode. C’est qu’à partir du moment où il est passé pour cliniquement mort, sa femme et son frère ont pris les choses en main, sans en avoir l’air. Diamétralement opposés à lui, mais tout aussi plongés dans la caricature, Irene et Billy sont deux êtres timides et vivant écrasés par le poids de ce mari et de ce frère envahissant. Fox en fait des niais finis, dont les roucoulements timorés prennent subitement fin dès que débarque l’andouille de Lou. Il y a un fort contraste entre les deux camps, que le réalisateur exploite autant que possible. Le fameux château de carte s’écroulera bien par eux, mais plutôt que cela ne se fasse avec grand fracas comme le plan foireux le promettait, cela se fera avec la discrétion, voire avec la sournoiserie qui caractérise les deux amants, qui profitent autant des avantages induits par la profession de croque-mort de Billy que des possibilités « légales » induites par le plan de Lou pour tromper une police (menée par Tolkan) bien intentionnée mais vraiment pas maline. Trop égocentrique et crétin pour voir quoi que ce soit -y compris lorsque ses « complices » font l’amour sur son cercueil pendant qu’il rigole de sa propre audace-, ce dernier se laisse berner complétement en acceptant leur conseil de partir d’abord seul, pour ne pas éveiller les soupçons de la police. Irene est censée le rejoindre plus tard. Depuis son bar des tropiques, où le barman vante perpétuellement la beauté des couchers de soleil (le lieu, le type et tout le décorum allant avec sont au moins à la mesure de l’imbécilité de Lou), il se rendra compte qu’il y a anguille sous roche, et dès lors il reviendra lui-même se jeter dans la gueule du loup, atteignant le paroxysme de sa bêtise. Tant et si bien qu’en ayant complétement fait l’impasse sur la moindre scène spectaculaire, en se concentrant uniquement sur ses personnages et leurs caractéristiques, Fox a su préserver et même accentuer la saveur ironique tout au long de son épisode. A moins qu’on ne puisse davantage attribuer les qualités de cet épisode à son scénariste, le quasi débutant Scott Alexander (appelé à travailler plus tard sur Ed Wood, Larry Flynt et Man on the Moon), tant Le Piège repose à deux ou trois décadrages près sur sa seule narration. Pour finir, notons la présence au casting de la revenante Carroll Baker, qui après avoir fait scandale dans le Baby Doll de Tennessee Williams et être passée par la case giallo en Italie vient incarner la vieille mère Paloma, sénile et hystérique. Un rôle totalement dispensable, mais qui participe la aussi à humilier la « tête pensante » qu’est Lou, et in fine à contribuer à sa sanction.

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Bien qu’il n’aille pas chercher bien loin, Le Piège se laisse suivre sans soucis, Fox sachant faire ce qu’il faut pour impliquer son spectateur sans lui asséner ses leçons de morale (la nature grossièrement romantique de Irene et Billy, qui conduit plutôt à vouloir assister à la chute de Lou plutôt qu’à la vengeance des amants, n’y est est pas pour rien). Il s’agit tout simplement d’un épisode basique, résumant assez bien le ton de la série (le vieux coup de l’arroseur arrosé), et prouvant au passage que celui-ci peut tout aussi bien marcher en ne sortant jamais d’un angle grand public.

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