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Les Contes de la crypte 2-11 : Transformation – Randa Haines

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Les Contes de la crypte. Saison 2, épisode 11.
Judy, you’re not yourself today. 1990.
Origine : Etats-Unis
Réalisation : Randa Haines
Avec : Brian Kerwin, Carol Kane, Frances Bay, David Dunard…

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Pendant que Donald, son mari, passe la journée à son club des armes, Judy reçoit la visite d’une vendeuse en cosmétiques. Allant à l’encontre de son mari qui lui avait défendue d’ouvrir aux démarcheurs de tout poil, elle l’invite à entrer. Mal lui en prend puisque la vieille dame s’avère être une sorcière qui par ruse, et au prix de quelques formules magiques, lui substitue son corps décrépi au sien. Loin de se douter de ce qui a pu se passer, Donald frôle la crise cardiaque en retrouvant sa femme sous les traits d’une vieille harpie. Le choc passé, il s’empresse de retrouver la sorcière, bien décidé à inverser le charme.

Connue pour le multi-nominé Les Enfants du silence, drame autour de malentendants avec William Hurt et Marlee Matlin, la présence de Randa Haines au générique d’un épisode des Contes de la crypte peut surprendre. Mais si on se penche plus avant sur sa filmographie, on observe qu’elle a déjà participé à une anthologie télévisuelle de ce genre, en l’occurrence la reprise d’une série emblématique des années 50/60 –la bien nommée Alfred Hitchcock présente– pour laquelle elle a réalisé Bang ! You’re dead, le remake d’un épisode signé du maître lui-même. C’est donc déjà rôdée à l’exercice qu’elle se lance dans l’aventure, apportant néanmoins un regard différent sur cette histoire qui plus que nulle autre auparavant témoigne d’une réelle tendresse envers ses personnages.
En dépit d’un postulat éminemment fantastique qui convoque la figure traditionnelle de la sorcière, Transformation préfère l’économie de moyens à la profusion d’effets spéciaux. Ainsi, ladite transformation se limite à un rayon vert aveuglant nimbant la figure grimaçante de la sorcière, l’essentiel passant par le jeu des comédiennes. En fait, hormis la vision du corps en voie de décomposition de la sorcière dans la deuxième partie du récit, l’épisode ne cherche pas à s’articuler autour d’effets chocs. L’intérêt de l’épisode est ailleurs, principalement dans l’auscultation de ce couple quelque peu anachronique mais aux sentiments sincères. De leur intérieur très fleuri, des rideaux en passant par la nappe et la vaisselle, aux confins du kitsch à leur mode de fonctionnement (madame reste à la maison pendant que monsieur s’amuse) jusqu’à leur voiture démodée, tout cela fleure bon les années 50. Donald et Judy donnent l’impression de vivre en marge de leur époque, laquelle vient constamment se rappeler à eux par l’intermédiaire des divers quémandeurs qui viennent sonner à leur porte. Comme le dit si bien Donald : « Plus moyen d’être tranquille, même le samedi ! ». Ces agressions permanentes entretiennent un certain repli sur soi mâtiné de paranoïa que Donald cultive en bon américain en possédant diverses armes à feu chez lui. Il jubile à manier ces objets, et encore davantage lorsqu’il peut accueillir fusil à la main ces malotrus qui viennent rompre la quiétude d’un petit-déjeuner pris en amoureux. Au grand dam de son épouse, Donald est du genre sanguin mais un sanguin de pacotille qui a tendance à se dégonfler face au danger, même l’arme à la main. Grotesque par ses attitudes de grand enfant (et son pyjama tigré du plus bel effet), il prend une dimension inquiétante par la propension qu’il a de recourir aux armes, de manière aussi inconséquente que peu maîtrisée en dépit de son appartenance à un club. Cependant, si l’épisode fustige clairement la possession d’armes à feu par les particuliers, le personnage du mari n’est pas entièrement voué aux gémonies. Au contraire, et chose jusque là inédite dans la série, aucun des deux personnages principaux n’est détestable, à tel point qu’on en vient à se demander si l’histoire ne va pas se clore sur une bonne note. Ce serait bien mal connaître la série qui en déroulant imperturbablement sa petite routine macabre offre un réel moment d’émotion en guise de point final.

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Loin de n’être qu’une série pourvoyeuse en sensations fortes, Les Contes de la crypte sait donc aussi s’attaquer aux sujets qui fâchent (la peine de mort dans Le Bourreau en mal d’exécution, le lobby des armes ici). La charge reste légère mais témoigne d’une série en prise avec son époque. Surprenant à tout point de vue, construit autour de personnages réellement touchants, Transformation s’impose comme l’une des réussites de cette seconde saison.

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