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Les Contes de la crypte 2-03 : Cartes à double tranchant – Walter Hill

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Les Contes de la crypte. Saison 2, épisode 03.
Cutting Cards. 1990.
Origine : Etats-Unis
Réalisation : Walter Hill
Avec : Lance Henriksen, Kevin Tighe, Roy Brocksmith, Diane Cary…

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Reno Cravis (Lance Henriksen) et Sam Forney (Kevin Tighe) partagent une même passion pour le jeu et une haine réciproque. Ne supportant plus cette situation, Reno s’en va défier Sam. D’abord aux dés, puis à la roulette russe et enfin au poker tranchant. L’enjeu ? Le perdant doit quitter la ville.

Depuis Les Rues de feu en 1984, Walter Hill maintient un rythme de croisière d’un film par an. Un rythme soutenu qui ne lui interdit pas quelques fantaisies comme son implication dans Les Contes de la crypte. La concision des délais de tournage pour la télévision lui permet d’apporter une nouvelle fois son écot à la série. C’est ainsi qu’entre Johnny belle gueule et 48 heures de plus, il s’accorde le loisir de réaliser ce troisième épisode de la seconde saison. Un épisode à la logistique légère (un seul lieu de tournage, deux comédiens principaux, des effets spéciaux rudimentaires) au service d’une histoire simple et directe.
En ces temps où le poker a pris une importance considérable, au point que certaines compétitions soient diffusées à la télévision, il est amusant de se replonger dans cet épisode qui tourne autour de deux personnages ayant tout misé sur le jeu. Un terme pour le moins ambivalent qui durant l’enfance véhicule toute une notion de plaisir, d’amusement et de gaieté, et qui lorsqu’il se teinte d’addiction, prend une tournure nettement plus effrayante (« l’enfer du jeu » ; « jouer sa vie »). Reno et Sam ne jouent plus depuis longtemps. Le jeu est devenu leur unique gagne-pain doublé d’une drogue dure. L’adrénaline du quitte ou double, ce moment suspendu où la survie du joueur ne tient plus qu’à un fil devient leur quotidien. Et la victoire n’est belle que si elle s’assortit d’une profonde humiliation. Gagner ne leur suffit plus, il leur faut briser la confiance adverse pour que celui-ci n’y revienne plus. Il se dégage de ces êtres un je ne sais quoi de pathétique. A trop se prendre au sérieux, ils deviennent de vulgaires caricatures bouffies de suffisance alors même que leur existence demeure aussi instable qu’un château de cartes. Obnubilé par le jeu, Reno a par exemple vu sa femme le quitter pour un autre. Aujourd’hui, il n’est plus que rancœur, et place tout ses espoirs dans ses qualités de joueur. N’existant plus que par le « jeu », il ne peut souffrir aucune concurrence, à plus forte raison lorsqu’elle provient de son pire ennemi. On sent Reno prêt à exploser en permanence alors que Sam lui oppose un irritant flegme en toutes circonstances. Néanmoins, les deux hommes ont atteint le même point de non retour. Tous deux sont prêts à aller jusqu’au dernières extrémités pour évincer l’autre.
Walter Hill filme leur affrontement de manière très agressive, un peu à la manière d’un duel de western. Mais un western grotesque, à l’image de la tenue de cow-boy de carnaval qu’arbore Reno. Tout concourt à accentuer leur isolement à mesure que leur affrontement s’intensifie. Gros plans à foison, contre-plongées qui déforment les visages, éclairages rouges sur leurs faciès grimaçants,… Ce ne sont plus des hommes que nous avons devant nous mais de véritables monstres. A ce petit jeu, Lance Henriksen excelle même si Kevin Tighe, son partenaire, ne se montre pas maladroit pour personnifier la fourberie mesquine. Fidèle à la ligne de conduite de la série, le récit se garde bien de les ménager, les entraînant toujours plus loin dans la bêtise jusqu’à l’horrible plan final.

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Pour sa deuxième participation aux Contes de la crypte, Walter Hill réussit à aller encore plus loin dans la noirceur, usant d’un ton des plus sarcastiques. Néanmoins, le point de départ s’avère bien léger pour nous tenir suffisamment en haleine, et l’histoire tourne vite court en dépit de l’abattage des comédiens. D’ailleurs, la durée de l’épisode ne trompe pas, plus courte que la moyenne, preuve que le réalisateur ne disposait pas d’assez de matière pour tenir le temps imparti.

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