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Les Cauchemars de Freddy 1-02 : Une vie misérable – Tom McLoughlin

Ecrit par Loïc Blavier

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Freddy’s Nightmares. Saison 1, épisode 02
It’s a miserable life. 1988.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horrible
Réalisation : Tom McLoughlin
Avec : Robert Englund, John Cameron Mitchell, Lar Park Lincoln, Burr DeBenning…

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Deuxième épisode des Cauchemars de Freddy, et voilà déjà notre vedette en retrait, avec un temps de présence à l’écran avoisinant les cinquante secondes sur une durée totale de trois quarts d’heure (et encore, les cinquante secondes sont employées pour des blagues vaseuses à peine en relation avec l’intrigue de l’épisode). Comble de l’infamie, cette Vie misérable est dominée par des gens issus du camp ennemi ! Tom McLoughlin, le réalisateur, est le réalisateur de Jason le mort-vivant, sixième (et meilleur) chapitre de la saga Vendredi 13 et Lar Park Lincoln, actrice principale, fut la télépathe héroïne d’Un Nouveau défi, le septième volet des frasques de la famille Voorhees. C’est une invasion ! Sabotage, hurleront les puristes d’Elm Street !
Et pourtant, non. Disons le : s’affranchir de Freddy permet ici à Tom McLoughlin de s’amuser avec le milieu des rêves, qu’il peuple d’absurdités finalement bien plus amusantes que les remarques sarcastiques du vieux Krueger. Ne respectant rien, pas même la logique narrative, son épisode est clairement divisé en deux parties bien distinctes.
Dans la première, le jeune Bryan (John Cameron Mitchell) se morfond dans l’équivalent « McDrive » du fast food familial où son père l’oblige à travailler de nuit. Paumé dans le milieu du graillon, il s’ennuie à mourir, alors que ses amis viennent le narguer en voiture. Puis il s’endort (ou non, tant McLoughlin se fait peu clair) et rêve qu’il reçoit la visite d’un biker qui lui tire une balle dans la tête. Entre le moment où la balle partira et celui où elle se logera dans son crâne, Bryan vivra un enfer de cauchemars surréalistes enfilés bout à bout. McLoughlin se lâche totalement et précipite son personnage dans des scénettes mettant en avant la vie misérable du jeune homme. Se croyant de retour chez lui, il trouve son père la tête dans le four et sa mère dans le frigo, lui reprochant d’abandonner le fast food et de les abandonner eux. Dans une autre scène, Bryan reproche à sa mère de ne pas le laisser vivre sa vie, ce qui a pour effet instantané de la transformer en mère poule modèle à la façon d’un sitcom. L’éclairage change, la musique se fait guillerette et le réalisateur envoie même les rires enregistrés. Encore plus loin, le pauvre Bryan voit ses deux parents essayer de le convaincre de rester au fast food en lui chantant le jingle débile (« Croque moi, mange moi, y’a pas mieux que moi !« ) de leur campagne de pub jusqu’à ce qu’il n’arrive plus à se sortir cet air de la tête… Bref McLoughlin enquille les rêves dans le rêve, tourne en dérision les problèmes de Bryan, et il le fait souvent en insistant sur le minable mode de vie de la petit ville de Springwood, à laquelle on ne peut échapper (comme le rappelle les voisins, qui attendent tous Bryan devant chez lui, un hamburger à la main). Toutes ses scénettes ne sont pas parfaites, mais tout de même, le principe est amusant. Pendant un temps. Et pour éviter de lasser son spectateur, McLoughlin assassine définitivement Bryan en plein milieu d’épisode, lorsque la balle du biker se loge dans son crâne. Il passe ensuite au cas de Karen (Lar Park Lincoln), petite amie de Bryan qui arrivait justement au fast food en même temps que le biker, et qui se retrouve à l’hôpital après avoir pris une balle dans l’épaule. Changement de contexte, mais le ton reste le même. Cette fois, l’hôpital remplace le cadre familial du fast food, et Karen subit elle aussi un déferlement de rêves absurdes dans lequel le médecin et l’infirmière sont deux débiles profonds aux voix nasillardes qui vont la faire tourner en bourrique. Moins drôle que la première, cette seconde partie reste cependant honorable et présente son lot d’imbécilités ravalant son héroïne au rang de gamine légèrement gaga. L’horreur n’est pas de mise, mais la dérision reste omniprésente. McLoughlin reste imprévisible, et se donne le droit de balancer n’importe quoi n’importe quand. Voilà un exemple type de structure onirique réussie. Le réalisateur ne s’épanche pas sur le pourquoi du comment, ni même sur la cohérence (il n’y a même pas de dénouement !) : il aligne les absurdités en gardant toujours à l’esprit qu’il doit se moquer de ses personnages principaux. Le principe est excellent, la concrétisation un peu irrégulière, mais si Les Cauchemars de Freddy n’avait disposé que de tels épisodes, il y a fort à penser que la série ne serait pas aujourd’hui totalement oubliée.

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