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Les Cauchemars de Freddy 1-01 : C’était un tendre – Tobe Hooper

Ecrit par Loïc Blavier

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Freddy’s Nightmares. Saison 1, épisode 01
No More Mr. Nice Guy. 1988.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Tobe Hooper
Avec : Robert Englund, Ian Patrick Williams, Gry Park, Hili Park…

Alors que Freddy est commerciallement dans sa période la plus faste, après son quatrième opus, un ponte de la New Line (peut-être Bob Shaye lui-même) eut l’idée magnifique de pondre une série télévisée. Pas question de se faire damner le pion par Franck Mancuso Jr., producteur des Vendredi 13, qui créa lui aussi sa propre série, sans qu’elle n’entretienne pour autant le moindre rapport avec les films du gros Jason Voorhees. Chez New Line, les stratèges seront plus rusés, et feront intervenir Freddy. La plupart du temps dans un rôle de présentateur à la façon d’Hitchcock pour Alfred Hitchock présente ou de Rod Serling pour La Quatrième dimension, certes, mais des fois pour des épisodes dans lequel il interragit lui-même. Le premier épisode de la série se devait d’être ainsi, histoire d’attirer le chaland des soirées télévisuelles. Et pour mettre encore plus de chances de leurs côtés, les producteurs décidèrent de faire du pilote la tant attendue préquelle à l’histoire de Freddy : son arrestation puis son meurtre par des parents mécontents d’avoir vu l’assassin de leurs rejetons laissé libre par le tribunal pour cause de vice de forme. Un sujet qui devait à la base servir de support à un long métrage, mais qui finit par se réduire à ces quarante-cinq minutes plus raisonnables. N’empêche que le réalisateur prévu ne changea pas. Assurément un grand nom. Là aussi, New Line ne pouvait laisser faire le père Mancuso, qui quelques mois plus tôt avait réussi à attirer dans sa série ce génie véritable de David Cronenberg. Mais les vrais génies ne courant pas les rues, c’est Tobe Hooper qui se retrouva à la barre de cette préquelle aux Griffes de la nuit. C’est mieux que rien, et puis à ce moment là le bonhomme naviguait à peu près dans les mêmes eaux que ses collègues de la série : Mick Garris (Critters 2), Tom McLoughlin (Vendredi 13 chapitre 6), William Malone (Creature), Ken Wiederhorn (Shock Waves, Le Retour des morts-vivants 2) ou même Robert Englund lui-même, en répétition générale avant de s’attaquer à son premier long-métrage, 976-Evil.

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Ce qui est fâcheux, c’est que Tobe Hooper commencera à couler totalement à partir de C’était un tendre. Faisant d’une pierre deux coups, il réalisa ici ce qui était certainement à l’époque son plus gros raté, et il humilia publiquement la star horrifique du moment, Freddy Krueger. En cinq minutes de tribunal, Hooper ne se contente pas de montrer un style de mise en scène proche du zéro absolu, digne des faux procès qui ont fait le bonheur en leur temps de FR3, mais il se paye le luxe de nier carrément la mythologie mise en place par Wes Craven quatre ans plus tôt. Le flic ayant (mal) arrêté Freddy n’est plus le Lieutenant Thompson joué par John Saxon dans la première et la troisième aventure cinématographique de Freddy, mais c’est le Lieutenant Blocker, platement joué par Ian Patrick Williams (un ami de Stuart Gordon vu dans Re-Animator et surtout dans Dolls). Désigné héros par les habitants de sa petite ville de Springwood, il est tout de suite traîné plus bas que terre par les mêmes personnes, qui ne l’écoutent pas et qui cherchent illico à rendre justice eux-mêmes. Même sa femme lui en veut, surtout que Freddy fut arrêté juste avant d’assassiner les deux filles Blocker. Depuis, l’une est muette et toujours terrorisée, et l’autre toujours en état d’alerte. Ca vous plombe le climat familial, ça. Pourquoi Hooper sort-il cette histoire aberrante remettant en question tout le principe de Freddy (n’oublions pas qu’à cette époque, la moitié des Freddy sortis au cinéma tournait autour du Lieutenant Thompson et de sa fille Nancy), cela reste un mystère. Hooper ne se contente pas de remplacer les Thompson par les Blocker, il contredit également les moyens d’action de Freddy : c’est ainsi qu’avant même que Freddy ne soit brûlé vif (admirons au passage le scénario : le flic ne veut pas que ses administrés se fassent justice eux-mêmes, mais il brûle Freddy devant eux), l’une des deux filles du héros prévient tout de suite que « ça sera pire après ». Comment le sait-elle, alors que Nancy Thompson en son temps mit tout un film à découvrir l’identitée du tueur des rêves ? Nous ne le saurons jamais. Cela reste aussi incompréhensible que les premières apparitions de Freddy, qui déjà touchent ni des enfants ni des adolescents mais ce flic un peu con, et qui d’autre part relèvent de l’hallucination (toujours mal ficelée) et non du cauchemar. Ne parlons même pas de la fameuse Elm Street, oubliée à l’exception d’une seule petite référence dans un dialogue. Niant à la fois la naissance de Freddy et son mode d’action, Hooper aurait aussi bien pu créer son propre tueur à lui que cela n’aurait pas changé grand chose à l’affaire. Et là dessus, il ira rechercher de Freddy 3 une sombre histoire d’ossements dissimulés dans un cimetière de voiture… Là encore, la question du pourquoi se pose : après avoir contredit quatre films, Hooper utilise sans raison un détail assez insignifiant. S’agit-il d’un clin d’oeil aux fans ou alors le réalisateur croit-il que personne n’a remarqué ses trahisons ?

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Il serait un peu facile de dire que C’était un tendre a droit d’avoir sa vie propre et de se distancier des Freddy du cinéma. A partir du moment où celui-ci prétend revenir aux racines de Freddy Krueger, il se doit d’être cohérent avec la saga dans laquelle il s’inscrit à une place décisive. Mais ce n’est donc pas le cas. Même formellement, Hooper passe totalement à côté du sujet : outre que l’aspect téléfilm soit criant, l’inventeur de Leatherface se permet des visions subjectives (peut-être croyait-il mettre en scène un Vendredi 13 ?) baveuses, censées représenter la vision du monde par Freddy. Celui-ci, alors qu’il n’est pas même encore mort ni brûlé, n’a même pas le droit d’avoir son visage dans la caméra. En revanche il a droit à des dialogues complètement nuls et à une voix française que refuserait un chanteur de rap. Ne parlons pas du côté horrifique, qui fait peine à voir : les photos des victimes de Freddy nous sont épargnées, mais par contre le héros se casse une dent, ce qui le fera souffrir dans le dernier tiers de l’épisode. Du coup, Freddy, en temps que présentateur, devra s’ouvrir le ventre sans raison pour répondre au cota de gore (la télévision, assez prude, fera d’ailleurs annuler la série deux ans plus tard pour cause de violence, comme elle le fera avec la série Vendredi 13, renvoyant tout le monde dos à dos).

Y a-t-il quelque chose à sauver de cette indigeste préquelle ? A la rigueur, le tout début de l’épisode, qui introduit la série en ayant recours à un procédé toujours sympathique : le coup de la bobine qui se casse (enfin ici il s’agit plutôt d’un journal télé dont le présentateur disparait, entrainant un écran rayé vert et rouge, avant de réapparaître sur les marches du tribunal de Springwood). Pas terrible non plus, mais cela a au moins le mérite d’être la seule chose un peu imaginative. Vingt ans après, il ne reste plus rien de cette préquelle, tout le monde l’a oublié. Même les incomplètes éditions DVD de la série -par ailleurs parfois pas trop mauvaise- se sont ramassées à la vente après avoir brièvement été éditées au Royaume-Uni. Ce n’est que justice. Mais au nom du devoir de mémoire, C’était un tendre devrait être plus connu : c’est la preuve en images qu’une préquelle aux Griffes de la nuit, dont on continue à nous parler régulièrement, est une mauvaise idée.

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