Cinéma Fantastique Série TV

La Cinquième dimension 1-10 – Joe Dante, David Steinberg, John Milius

Ecrit par Loïc Blavier

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La Cinquième dimension (Twilight Zone)

Saison 1, épisode 10. 1985


L’Ombre de la nuit
The Shadow Man.
Origine : Etats-Unis
Réalisation : Joe Dante
Avec : Jonathan Ward, Jason Presson, Heather Haase, Jeff Calhoun…

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Aux yeux d’Eric et de ses camarades, le frêle Danny passe pour une poule mouillée. Il faut dire qu’à son âge, dormir avec la lumière allumée n’est pas vraiment raisonnable. La peur du croquemitaine devrait être derrière lui… Et pourtant, un croquemitaine vit bel et bien sous le lit de Danny. Il s’agit du Shadow Man, lequel une fois la nuit venue sort de son abri et part tuer des enfants. Toutefois, bien qu’il ne soit pas du genre causant, Shadow Man a tout de même précisé à son hôte que jamais il ne s’en prendrait à quelqu’un sous le lit duquel il vit. C’est donc rasséréné que Danny peut désormais jouer aux fiers à bras auprès d’Eric, persuadé qu’il peut compter sur le soutien du Shadow Man…

Déjà lassé des studios après le bâclage dont a été victime son Explorers, Joe Dante décide d’attendre un peu avant de se relancer dans le grand bain du cinéma et trouve refuge à la télévision. Un épisode pour chaque saison d’Histoires fantastiques et un segment d’un épisode pour la première saison de La Cinquième dimension. Pour ces épisodes tout comme pour ses long-métrages, Dante ne rédige pas lui-même ses scénarios, héritant du travail de scénaristes désignés par sa production et agréés par lui-même. Et selon lui, c’est à ce niveau que La Cinquième dimension diverge de Histoires fantastiques : dans la première, aussi fastueuse qu’elle soit, les scénaristes renâclaient à l’idée de trahir les idées soumises par Spielberg. Or, on l’a vu sur Gremlins, Dante a beau être proche de la culture et de l’univers de Spielberg, il se plait à tourner son mentor en dérision, et avec lui toutes les conventions cinématographiques qui s’y rattachent. Ce qu’il ne put faire dans Histoires fantastiques, il le fait donc dans L’Ombre de la nuit, dont le sujet qui n’a pourtant pas été imaginé par Spielberg aurait été bien adapté à la série du wonder boy. Du moins en apparence, car derrière, la patte de Dante se fait grandement ressentir. Localisé dans une ville provinciale, on retrouve dans cette histoire un gamin solitaire confronté à un mystère surgi de sa propre chambre. Il y a du E.T. là-dedans, ainsi que du Poltergeist et du Goonies. On pourrait voir gros comme une maison que la présence d’un monstre auprès d’un gentil gamin comme Danny inciterait ce dernier à reprendre confiance en lui, via des aventures rocambolesques. Sauf que le Shadow Man n’est pas un gentil extra terrestre casanier : ce n’est qu’une silhouette dotée d’une voix rocailleuse, et il fait grandement songer à Freddy Krueger période Les Griffes de la nuit. Mais ce monstre ayant l’air un peu bêta (tous les soirs, il annone mot à mot la même chose, avec sa respiration d’asthmatique) et ayant de toute façon promis de ne pas se retourner contre son hôte, on se dit avec Danny que le Shadow Man n’est pas si mauvais bougre que cela. Et c’est là que le style de Dante se met en évidence : si, le Shadow Man est un méchant ! Il a déjà tué un enfant, mais Danny semble ne pas s’en soucier, trop heureux de voir en lui la solution à ses problèmes de cour de récréation. Mû par cette assurance, le gentil petit Danny devient en fait imbuvable de prétention et d’égoïsme. La confiance en soi qu’il a acquise n’est aucunement réconfortante et ne fait pas plaisir aux familles : elle est immature, factice, pervertie et devient quasi meurtrière lorsqu’il veut faire appel au Shadow Man pour régler ses comptes. Mais dans son aveuglement, il semble avoir oublié que son ténébreux coturne n’est pas un chien de garde, et cela se retournera contre lui à la façon d’un Conte de la crypte, l’humour guignolesque en moins.
Au cours du quart d’heure qui lui est dévolu, Dante ose beaucoup de chose dans L’Ombre de la nuit. Sans gore, il redonne vit aux peurs infantiles, et loin de les regarder avec le regard de la nostalgie attendrie, il les conforte le plus possible, remettant justement à sa place un gamin qui croyait un peu trop facilement les avoir maîtrisées. C’est sans aucun problème meilleur que ses deux épisodes d’Histoires fantastiques, et c’est même un peu le contrepied du Grand « Truc », son épisode de la seconde saison des histoires spielbergiennes.


Le Petit magicien
The Uncle Devil Show.
Origine : Etats-Unis
Réalisation : David Steinberg
Avec : Gregory Mier, Joel Polis, Wendy Phillips, Murphy Dunne.

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Un épisode très court d’environ 6 minutes, réalisé par un David Steinberg qui après deux long-métrages démarrait une carrière de téléaste se poursuivant encore à ce jour. Vu la durée, le scénario se réduit à peu de choses : un gamin regarde une vidéo se nommant « The Uncle Devil Show », dans laquelle le diable enseigne des tours de magie à ses adorateurs en culottes courtes. Et le gamin de les pratiquer immédiatement, chamboulant la chaumière. C’est l’occasion pour Steinberg de s’amuser un peu avec l’équipe des effets spéciaux : un coup c’est une invasion de cafards, un coup le mur de la baraque est défoncé pour laisser apparaître un paysage à la Charlie et la chocolaterie, un coup les têtes des parents se transforment en gueule d’animaux… Le diable de la vidéo est à la mesure de cette pastille d’épisode : rigolo, mais pas franchement méchant. On appréciera malgré tout la tonalité cartoon donnée à la fois par le diable facétieux et par le montage.
Derrière cette petite fantaisie se cache aussi une certaine satire portant sur les parents, persuadés comme le père de famille que « la supervision et l’attention » sont les mamelles de l’éducation. Et il en voit la preuve devant lui : il a acheté une VHS au gamin, il le met devant sans savoir de quoi il en retourne, il le voit s’amuser et se montre fier de lui, sans jamais avoir conscience que le moutard se paye sa tête. Cela ne va pas chercher loin, mais en tout cas l’humour de l’épisode s’en trouve relevé et permet aux adultes de mieux s’immiscer dans ce qui n’aurait pu n’être qu’un sketch pour enfants pas sages.


 

Chasse ouverte
Opening Day.
Origine : Etats-Unis
Réalisation : John Milius
Avec : Martin Kove, Elan Oberon, Jeffrey Jones, Molly Morgan…

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Demain, c’est le grand jour ! Celui de l’ouverture de la chasse aux canards ! Joe et Carl seront parés aux aurores. Joe un peu plus sérieusement que son ami, puisque sur l’injonction de la femme de Carl, son amante, il projette de le tuer. Tout se passe bien, la police n’y voit que du feu… Mais une fois de retour au bercail, les choses prennent une tournure étrange : Sally se comporte comme si Joe était son mari de longue date, les enfants voient en lui le père qu’ils ont toujours eu… et Carl est un ami de la famille, qui a l’air de tramer un mauvais coup avec Sally.

Cette incursion de John Milius à la télévision, après les grands succès que furent Conan le barbare et L’Aube rouge, ne manque pas de surprendre. La nature de son segment ne collait a priori pas tellement à son personnage. Il s’agit d’un récit d’adultère et de meurtre qui une fois sa première partie passée sans anicroche ni élément particulièrement notable plonge dans un onirisme de bon aloi. Sitôt le meurtre commis, nous sommes dans la quatrième dimension, et Joe n’y comprend plus rien. Le personnage, qui malgré sa carrure de bodybuildé manquait déjà de résolution (c’est madame adultère qui portait la culotte), perd les pédales face au surréalisme de sa nouvelle situation : alors qu’il vient de tuer pour une femme, il risque désormais de se faire tuer par sa propre victime pour le compte de cette même femme. Milius ne fait pas beaucoup d’efforts, il envoie les fumigènes à plein gaz, façonne l’étrangeté à la manière du bourrin qu’il est et échoue à rendre l’ensemble inquiétant si toutefois cela a à un moment été son objectif, ce qui est loin d’être sûr. La perte de repère de Joe et la façon dont celui-ci évolue (d’abord la stupéfaction, puis la colère de voir la situation ainsi renversée) lui importent davantage, et l’amènent à distiller un certain humour noir. Le personnage est totalement isolé, seul à se rendre compte de la bizarrerie au milieu de gens qu’il connait, mais qui eux ne se rendent compte de rien comme s’ils avaient toujours vécus dans cet univers. Ce n’est pas l’irruption de l’étrange dans le quotidien, c’est l’inverse : un homme de notre monde dans la quatrième dimension. Dommage que Milius ait préféré l’onirisme à un traitement façon cartoon : cela rend son segment à la fois moins rythmé et moins amusant qu’il aurait pu l’être. Bouffant la plus longue partie de l’épisode entier, cette Chasse ouverte est très anodine. On en retiendra surtout la scène de meurtre entre personnages minables, traitée avec un grand calme en milieu bucolique, assez proche du cinéma des frères Coen.

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