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Histoires fantastiques 1-17 : Bouh ! – Joe Dante

histoires-fantastiques-affiche

Amazing Stories. Saison 1, épisode 17
Boo !. 1986.

Origine : États-Unis
Genre : Fantastique
Réalisation : Joe Dante
Avec : Eddie Bracken, Evelyn Keyes, Robert Picardo, Wendy Schaal…

Au grand dam de madame, les Tucker quittent leur confortable demeure riche en souvenirs pour se rapprocher du lieu de travail du mari. Les nouveaux propriétaires se nomment Tony et Sheena Sepulveda, monsieur réalisant des films pornographiques avec son épouse en vedette. Sous leur impulsion, la coquette et chaleureuse maison familiale se transforme en lupanar à l’ambiance agressive. C’en est trop pour les Chumsky, premier couple à avoir habité la demeure et dont les spectres occupent le grenier depuis leur décès, qui décident de faire déguerpir ces importuns par tous les moyens.

Suite à l’échec immérité de Explorers (1985), et avant celui tout aussi injuste du déjanté L’Aventure intérieure (1987), Joe Dante se tourne du côté du petit écran pour se refaire une santé. Dans l’intervalle, il réalise un épisode de La Cinquième dimension et contribue par deux fois –Bouh !, Le Grand “truc”– aux Histoires fantastiques initiées par Steven Spielberg, poursuivant ainsi une collaboration entamée depuis La Quatrième dimension, le film. Avec cette histoire de fantômes désireux de mettre dehors les habitants indélicats de leur maison, Bouh ! préfigure en quelque sorte le Beetlejuice de Tim Burton à venir, mais sur un mode nettement plus policé.

Sans se départir de son sens de l’humour habituel, Joe Dante ne parvient néanmoins jamais tout au long de l’épisode à faire oublier la figure écrasante de son producteur. Avec ces fantômes bien inoffensifs –un vieux couple incapable de terroriser les nouveaux occupants– il ne dispose que de bien peu d’atouts pour dynamiser un récit anémique qui en outre cède à la morale douteuse. Le rare plaisir éprouvé à la vision de cet épisode provient donc uniquement du couple Sepulveda campé par deux habitués de l’univers du cinéaste : Robert Picardo, alors à sa troisième collaboration ; et Wendy Schaal, qui entamait la sienne. A côté des adorables Tucker (monsieur ne moufte même pas lorsque Tony roule sur ses affaires !), et des non moins gentils Chumsky (ils jouent aux anges gardiens pour les habitants de la maison qui abrite toujours leur amour), les Sepulveda tranchent radicalement. Vêtus de manière tape-à-l’œil, voire un brin vulgaire, ils ne s’embarrassent guère des bonnes manières. Surtout Tony d’ailleurs, dont l’arrivée fracassante constitue un bel exemple à la fois de son manque de classe et de son côté sans gêne. Travaillant tous deux dans le milieu du porno, ils en parlent sans rougir, assumant pleinement la nature de leur gagne-pain. Ce qui n’est évidemment pas le cas de Joe Dante qui, programme familial oblige, ne peut illustrer leur profession autrement que par le dialogue. De fait, nous sommes privés de véritables séances de travail au profit d’une sorte de clip que tourne Tony pour ériger sa compagne au rang de popstar, histoire de diversifier quelque peu leurs sources de revenus. De sa production, nous n’en verrons qu’un court extrait, fort chaste au demeurant, qui évoque davantage la série Z que le X pur et dur. Loin de fournir l’occasion à Joe Dante de s’adonner à l’hommage cinéphilique si présent dans son œuvre, cet extrait confirme par sa platitude l’aspect alimentaire de cet épisode.

Il est effectivement difficile de percevoir dans cet épisode ce qui a réellement pu intéresser le réalisateur. Si l’essentiel de l’épisode tourne autour d’un couple peu politiquement correct, cela ne suffit pas à faire oublier que le but de l’entreprise consiste justement à les éloigner de cette belle maison, cocon idéal à l’épanouissement d’une famille tout ce qu’il y a de plus respectable. Sans enfant et doté d’une libido extravertie, les Sepulveda choquent ce couple un peu vieux jeu que sont les Chumsky, au contraire des Tucker dont la vie de famille exhale les bonnes vieilles valeurs de l’Amérique. D’ailleurs, tout l’épisode peut être perçu comme une métaphore un peu rance, la maison symbolisant l’Amérique, les Chumsky, les garants de ses valeurs, les Tucker, les bons américains bien propres sur eux et les Sepulveda, tout ce que l’Amérique vertueuse souhaiterait passer sous silence. De la part de Joe Dante, c’est moche quoique de mon point de vue, il s’est juste borné à illustrer cette histoire du mieux qu’il a pu. Et il n’a pas pu grand-chose, malheureusement. Passés deux-trois dialogues amusants, l’épisode se traîne en longueur, et ne réserve aucune belle envolée fantastique. Passablement empotés, les vieux fantômes ne songent par exemple jamais à user de leurs pouvoirs pour effrayer les occupants, se contentant de piètres déguisements sur le mode du « bouh, fais-moi peur ! ». Un peu léger pour tenir en haleine tout un épisode.

Comme le confirmera sa contribution pour la seconde saison de ces Histoires fantastiques, Joe Dante n’a rien gagné sur le plan artistique à participer à l’aventure. D’ailleurs, à de rares exceptions près (Second Civil War, son segment Vote ou crève pour les Masters of Horror et Marshall et Simon, pour faire plaisir à Loïc Blavier), ses incursions télévisuelles ne s’avèrent guère probantes en général, témoignant davantage d’un besoin de rester actif que d’une envie profonde.

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