Cinéma Horreur Série TV

Les Contes de la crypte 5-07 : La Maison de l’horreur – Bob Gale

Les Contes de la crypte. Saison 5, épisode 07.
House of Horror.
 1993.
Origine : États-Unis
Réalisation : Bob Gale
Avec : Kevin Dillon, Will Wheaton, Meredith Salenger, Brian Krause, Jason London.

Le chemin de croix touche à sa fin pour les aspirants Arling, Waters et Henderson. S’ils réussissent l’épreuve de courage, ils deviendront des membres officiels de la confrérie Gamma Delta Omega. Ladite épreuve consiste à visiter de fond en comble une maison délabrée prétendument hantée par un meurtrier surnommé « le Tousseur ». Motivés par la présence sur place de Mona et d’autres filles de sa confrérie, les trois aspirants se succèdent sans qu’aucun d’eux ne donne plus signe de vie passé le premier étage. La maison serait-elle vraiment hantée ?

Le copinage a toujours occupé une place prépondérante dans l’histoire des Contes de la crypte, à n’importe quel poste que ce soit. Une manière pour certains de prolonger une collaboration au long cours, comme entre Robert Zemeckis et son compositeur fétiche Alan Silvestri, ou d’offrir l’opportunité à un fidèle collaborateur de se faire la main. C’est le cas de Bob Gale, scénariste de tous les films de Robert Zemeckis (encore lui!) depuis Crazy Day jusqu’à Retour vers le futur et ses suites, à l’exception d’À la poursuite du diamant vert. Pour sa seule incursion dans la série, il mélange teenage movie et film de maison hantée pour un résultat détonnant.
La Maison de l’horreur nous plonge dans le monde merveilleux des campus universitaires américains en s’attachant au quotidien d’une confrérie constitué d’humiliations et d’intimidations à l’encontre des candidats, souffres-douleurs consentants sur l’autel d’une tradition ancestrale. Par l’entremise de Les Wilton, le maître d’initiation, cet épisode relaie ce besoin dans les universités américaines d’exister par son appartenance à un groupe plutôt qu’à titre individuel. Dans ce contexte, échouer à l’épreuve de courage est vécu comme une honte à la fois pour le candidat recalé mais surtout pour la confrérie à laquelle il voulait être rattachée. Loin de s’arrêter là, le calvaire de l’aspirant déchu ne va dès lors qu’en s’aggravant, le pauvre bougre se retrouvant désormais confronté à un harcèlement intensif de la part des membres de la confrérie qui ne cesse que lorsqu’il finit par craquer psychologiquement. On peut lire derrière cette méchanceté gratuite et disproportionnée le reflet déformé de la déception d’avoir consacré autant de temps pour des nèfles. Il y a dans cette initiation quelque chose de l’ordre du passage à l’âge adulte de ces nouveaux universitaires sous la houlette d’un ancien, modèle avoué rompu aux us et coutumes du campus et dont l’expérience doit leur être bénéfique. Le maître d’initiation fait alors office de figure paternelle dont la déception est à la hauteur de l’investissement. Dans le cas de Les Wilton, tout est exacerbé du fait qu’il n’existe que pour sa fonction. Éternel étudiant (cela fait plus de 6 ans qu’il occupe ce poste honorifique), il met toute son énergie au service de sa confrérie au mépris de toute le reste. Grande gueule et excessif, il polarise aisément tous les ressentiments et s’impose comme le personnage dont on va suivre la chute. Après Bunny, le fêlé de la gâchette de Platoon, et Brian Flagg, le marginal héroïque du Blob, Kevin Dillon s’en donne à cœur joie dans le registre du mec détestable et imbu de lui-même. Au milieu d’une ribambelle de jeunes acteurs bien propres sur eux (Will « Stand by Me » Wheaton, Courtney « Horror Kid » Gains ou encore Meredith « Natty Gann » Salenger), il s’impose comme la véritable attraction de l’épisode. Mieux, par la grâce d’un récit savamment construit qui inverse les rapports de force dans sa dernière partie, son personnage en deviendrait presque touchant, victime idéale de l’hypocrisie de ses pairs alors que lui reste droit dans sa lâche ignominie.
Sur la base d’un canevas fort simple au demeurant, La Maison de l’horreur réserve son lot de surprises dont la principale tient à la réelle nature de ladite maison. Soi-disant théâtre d’atrocités commises par le spectre du propriétaire spolié, la maison du Tousseur, comme la rumeur l’a baptisée, conserve son mystère jusqu’à l’ultime scène. Car si son aspect maison hantée de fête foraine est vite éventée, une somme de petits détails vient semer le trouble comme ce bras humain jeté par l’une des fenêtres. Il se passe vraisemblablement quelque chose de pas très catholique dans cette bicoque et qui est sans rapport avec les manigances de Les. Le suspense réside donc dans le moment où l’horreur éclatera. Or le scénario joue habilement des attentes, réservant son lot de rebondissements aussi savoureux que déstabilisants jusqu’à la séquence finale qui convoque une figure déjà aperçue au cours de la série, même si sous une forme différente. Plus glamour, dirons nous.

Avec La Maison de l’horreur, Bob Gale signe un épisode d’autant plus réjouissant qu’il manie les genres avec maestria. Loin de nuire à son unité comme cela pouvait être le cas avec Deux pour le prix d’une, l’enchaînement des retournements de situation contribue ici à la grande réussite de l’épisode. Parvenir à déjouer nos attentes dans le cadre très codifié de la série n’est pas un mince exploit que Bob Gale a pourtant relevé haut la main. Bravo.

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