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Les Contes de la crypte 5-06 : Deux pour le prix d’une – Kevin Hooks

Les Contes de la crypte. Saison 5, épisode 06.
Two For the Show.
 1993.
Origine : États-Unis
Réalisation : Kevin Hooks
Avec : David Paymer, Vincent Spano, Traci Lords, Wesley Thompson, Steven Kravitz.

Lorsque sa femme lui annonce qu’elle le quitte, le sang d’Andy Conway ne fait qu’un tour. Après avoir vainement tenté de la raisonner, il emploie la manière forte et la tue. Un policier, alerté par un voisin qui a entendu crier, se rend chez les Conway pour vérifier que tout va bien. Andy parvient à garder son calme et lui sert un boniment que le policier semble accepter. Sauf qu’en se rendant à la gare avec une malle contenant le corps découpé de son épouse dans le but de l’expédier à Chicago, il tombe de nouveau nez à nez avec l’officier. Toujours dans le souci de donner le change, Andy consent à monter à bord du train et alors que celui-ci amorce sa sortie de gare, l’officier de police vient s’asseoir en face de lui.

Après avoir traversé les années 80 en travaillant exclusivement pour la télévision sur un nombre conséquent de séries (Hôpital St. ElsewhereFameV, parmi les plus connues) Kevin Hooks aborde la décennie suivante avec l’envie de toucher au cinéma. Strictly Business, sa première expérience en 1991,  revêt un goût amer puisqu’il n’en porte pas l’entière paternité. Les choses s’annoncent sous de meilleures auspices avec Passager 57, véhicule pour la nouvelle star du cinéma d’action Wesley Snipes, mais l’extrême banalité du produit fini ne suscite pas l’enthousiasme des studios. Le voici donc condamné à retourner travailler pour la télévision, ce qui l’amène à participer aux Contes de la crypte. N’en déplaise à Kevin Hooks et aux deux autres comédiens, cet épisode compte comme principale curiosité la présence de Traci Lords, ex star sulfureuse de l’industrie pornographique américaine et qui depuis 1988 et une participation à la série Un flic dans la mafia a démarré une nouvelle carrière, davantage grand public. Depuis, elle enchaîne les films plus (Cry-Baby de John Waters) ou moins (Le Vampire de l’espace de Jim Wynorski) prestigieux et quelques séries à succès (MacGyverMariés, deux enfants). Si elle n’occupe pas le devant de la scène dans Deux pour le prix d’une, le sort de son personnage conditionne néanmoins toute l’intrigue.
Ce sixième épisode de la cinquième saison part d’un postulat somme toute déjà bien rebattu dans le cadre de la série : le couple qui se déchire. Andy Conway n’est pas tant marié à Emma qu’à son travail, lequel fait figure d’unique sujet de conversation entre eux. Quoique monologue serait un terme plus juste. Andy se fiche bien d’échanger avec sa femme, se contentant d’énumérer ses journées avec force détails sans chercher à s’intéresser outre mesure à son épouse. Irrémédiablement, cette attitude finit par créer une distance entre eux, laquelle se trouve illustrée par ce plan large au moment de la fin du dîner qui les dévoile chacun assis aux deux extrémités d’une grande table. Le coup de grâce intervient lorsque Andy évoque cette importante réception dominicale à laquelle ils doivent se rendre. Le genre de rendez-vous mondain m’as-tu-vu pour lequel monsieur tient à faire bonne figure. Il enjoint donc son épouse à faire davantage d’efforts de sociabilisation, se proposant même pour l’aider de lui soumettre des sujets de conversation clé en main. Face à tant de romantisme, Emma explose et libère toute sa rancœur, lui révélant même l’existence d’un amant. Une tentative d’émancipation rapidement tuée dans l’œuf, la faute à un mari guère disposé à accepter l’impasse de son couple. Si certains épisodes issus des premières saisons donnaient une image quelque peu sexiste des femmes, la série a depuis largement rééquilibré la balance. Dans Deux pour le prix d’une, Emma est mue par des intentions louables, au contraire de son mari, un égocentrique de la pire espèce qui ne pense qu’en terme d’image et non en terme de sentiments. Pourtant, son calvaire se révèle particulièrement doux comparé à l’acte commis.
L’intrigue dudit épisode se divise en deux parties, lesquelles s’apparentent à deux rounds d’un combat de boxe. En guise de combattants, Andy Conway à ma gauche et l’officier Fine à ma droite. Le premier joue d’abord à domicile et s’il ne peut masquer une certaine anxiété face à l’intrusion d’un représentant des forces de l’ordre sur son territoire, il parvient à garder suffisamment de sa superbe pour donner le change au point de penser avoir gagné la partie. Sauf que le match se poursuit de manière inattendue dans l’exiguïté d’un wagon de train. Andy n’est alors plus du tout rassuré. Rongé par l’anxiété, il n’oppose qu’une résistance de principe à un policier devenu étonnamment bavard et mielleux. C’est un combat psychologique qui se joue alors sous nos yeux dont la finalité n’est pas tant de savoir si Andy va perdre (dans le cadre de la série, le retour de bâton ne fait aucun doute) mais pourquoi l’officier Fine s’intéresse tant à son cas. Il y a dans l’attitude du policier un je ne sais quoi qui va bien au-delà de la simple conscience professionnelle et qui laisserait supposer que le mystérieux amant d’Emma n’est autre que lui-même.

À trop vouloir ménager des effets de surprise, le scénario rédigé à quatre mains par les pourtant rodés A.L. Katz et Gilbert Adler finit par prendre l’eau de toutes parts. La chute de l’épisode s’en ressent, reposant entièrement sur une grossière astuce de scénario qui amoindrit considérablement sa portée. À l’image du gardien de la crypte qui essuie bide sur bide en s’essayant au stand up lors de sa présentation, les auteurs de cet épisode ont échoué à rendre leur intrigue palpitante et vacharde en axant tout sur la surprise de sa conclusion.

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