Cinéma Horreur

Saw II – Darren Lynn Bousman

Ecrit par Loïc Blavier

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Saw II. 2005.
Origine : Etats-Unis / Canada
Genre : Horreur
Réalisation : Darren Lynn Bousman
Avec : Tobin Bell, Donnie Wahlberg, Erik Knudsen, Shawnee Smith…

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Si sa qualité est largement surestimée, au moins le premier Saw avait-il le mérite de ne pas être un remake, ce qui est chose assez rare parmi les films d’horreur américains des années 2000 à avoir connu une distribution conséquente et un accueil respectable. Par contre, son succès l’a conduit immanquablement à devenir le point de départ d’une franchise conçue à la chaîne. A ce titre, le film s’inscrit dans la tradition des films d’horreur des années 80. C’est bien la seule chose qui le rapproche des Freddy, Vendredi 13, Halloween et consorts. Car au niveau artistique, Saw fleurait les années 2000 à plein nez. Sa suite ne vise pas autre chose. Son réalisateur, Darren Lynn Bousman, fut d’ailleurs recruté par le biais de « The Desperate », le scénario qu’il avait rédigé pour son premier long-métrage, qui se serait inscrit dans la lignée de Saw. Avant qu’il ne puisse le finaliser chez un concurrent, les producteurs de Lions Gate, firme derrière le film de James Wan, contactèrent Bousman pour qu’il transforme « The Desperate » en Saw II, moyennant quelques modifications à écrire avec Leigh Whannell, scénariste et acteur du premier film, qui occupera désormais le poste de producteur exécutif sur la franchise.

Flic connu pour ses méthodes crapuleuses qui poussèrent ses supérieurs à le rétrograder à un poste administratif, Eric Matthews (Donnie Wahlberg, frère de Mark) est amené sur le lieu d’un crime par sa collègue Kerry. La victime est morte dans un piège signé John Kramer alias Jigsaw, le tueur cancéreux en phase terminale, qui n’a pas renoncé à « avertir » les mécréants qui ne respectent pas la vie. La localisation de Jigsaw est facilement repérée… Trop facilement. C’est à se demander si il n’a pas attiré Matthews et ses collègues dans un piège dont il a le secret. Et effectivement, l’ex Inspecteur découvre des moniteurs sur lesquels il peut observer que son fils, en compagnie de six autres personnes, est prisonnier dans une maison. Jigsaw informe Matthews que l’air de la maison contient un gaz mortel, qui conduira les occupants de la bâtisse à crever dans d’atroces souffrances si ils ne réussissent pas à sortir de la maison ou au moins à s’emparer des quelques antidotes planqués dans les pièges de Jigsaw. Ils ont deux heures pour réussir le « test ». Et d’ici là, Matthews et son tempérament impulsif doit parlementer avec Jigsaw.

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Quoi de neuf ? Et bien pas grand chose. Plus de personnages dans le piège, plus d’informations sur les motivations de Jigsaw, des twists en veux-tu-en-voilà dans le dénouement… Pour le reste, vous pourriez aussi bien aller lire la critique du premier Saw, tout y est encore valable. A commencer par la déplorable décision de ne pas se contenter du huis-clos et de vouloir diviser la narration, partagée entre les déconvenues des prisonniers de la maison et les manipulations de Jigsaw face à Eric Matthews. Ce qui au fond aurait pu être bien vu, si tout ce qui avait tourné autour de Jigsaw et du flic ne bifurquait pas vers des choses plus intimistes, marquées du sceau de la baudruche. Car c’est bien de cela, qu’il s’agit : en faire des tonnes pour pas grand chose. La découverte d’un tueur cancéreux en phase terminale s’étant adjugé le droit de sanctionner ceux qui à ses yeux ne respectent pas assez la vie passait déjà pour une grosse blague dans l’épisode précédent. Élaborer des plans si ingénieux, tout ça pour un test moral né de la rancœur d’un mourant, voilà une idée bien saugrenue, qui aurait convenu à donner un alibi à un tueur sadique. Mais pas au delà. Faire du tueur un intellectuel, capable de dresser des pièges aussi ingénieux, s’accommode fort mal avec cette grosse ficelle digne de n’importe quel autre « boogeyman » (par exemple Jason Voorhees et sa haine des moniteurs de colo). Dès lors, en faire des tonnes sur son passé, comme c’est le cas de Saw II, revient à brasser du vide… Pour dire simplement les choses, on se fout totalement que l’idée de devenir le « Jigsaw » se soit imposée à John Kramer après un suicide raté. On se fout tout autant de ses réflexions sur la vie, qu’il impose à un Eric Matthews dont le propre drame est là encore exagérément traité. Le coup du mauvais père qui cherche à se racheter en sauvant son fils ne mérite absolument pas l’attention que lui porte Bousman, d’autant plus que rajouter le côté violent du flic au côté sentimental du père est un autre procédé de série B qui cherche à se gonfler en drame de série A. C’est bien là tout le problème : Saw II veut jouer la carte de la torture émotionnelle en même temps que celle de la torture physique, et sur ce dernier aspect le film se révèle bien trop limité, alignant les énormités comme si elles étaient révolutionnaires. Le pire est que cette volonté de donner un écho humain aux débordements de violence finit par prendre le pas sur la violence elle-même, comme le prouve par exemple la réticence du fils de Eric à parler de son père à ses compagnons d’infortune, tous arrêtés par Eric et ses méthodes véreuses. Ainsi, la maison, ses pièges et ses occupants sans consistance (le bodybuildé violent, le pourri, la pauvre fille, la débrouillarde numéro 1, la débrouillarde numéro 2, le sage, le gamin, tous reliés par un point commun dont tout le monde se fout) semblent bien passer au second plan derrière le tueur et le flic qui se querellent dans leur entrepôt, là où elle aurait dû concentrer la majeure (et même la seule, disons-le) préoccupation du réalisateur. Le rythme de ce qui se passe là-bas est régulièrement coupé pour relancer avec insistance ce qui s’apparente à une mythologie finalement plus propice à ouvrir la porte à d’autres séquelles qu’à enrichir le film. La meilleure illustration en est encore la fin, lorsque tous les personnages se rejoignent : le moment n’est pas amené logiquement mais semble être tombé du ciel après que Bousman ait terminé d’aborder la « mythologie ». Le huis-clos n’existe plus et n’aura de toute façon jamais existé, à moins que l’on considère qu’un huis-clos n’est pas une unité de lieu cloisonnée mais une simple absence de sortie au grand air. Dans ce cas, oui, Saw II est même un double huis-clos, mais réservé aux seuls personnages (puisque les spectateurs sont sortis d’un endroit pour jeter un coup d’œil à un autre, on ne peut considérer qu’il soit immergé dans une des deux atmosphères).

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Il va sans dire que l’intérêt que l’on porte à la maison et à ses pièges se trouve grandement réduit par tous ces élans de fausse sauvagerie imposés par Bousman et Whannell. Pourtant, l’idée de voir quelques personnes, qui a priori ne se connaissent pas, être rassemblées dans une maison truffée de pièges mortels aux fortes possibilités gores était a priori toujours fort engageante. Dans son Cube (probable inspiration pour le premier film), Vincenzo Natali avait initié ce concept avec une grande habileté, principalement parce qu’il ne cédait pas d’un pouce aux révélations, mais aussi parce qu’il avait su créer un cadre extrêmement original et utiliser une mise en scène sophistiquée. Ce qui est loin d’être le cas de Bousman. Il serait mensonger de dire que la maison, les effets du gaz et les pièges ne remplissent pas un minimum leur objectif de satisfaire les amateurs de cinéma d’horreur. Saw II est gore bien comme il faut, et certains pièges sont des perles de sadisme, encore que le meilleur est celui de la première scène, meurtre isolé et prémisse de tout le film. Mais dans l’ensemble, le film pâtit énormément de la mise en scène de Bousman, qui à l’instar de celle dont avait fait preuve James Wan dans le premier film fait la part belle aux effets issus du monde du clip video. Véritable plaie qui a fait de la décennie 2000 la pire en terme de mise en scène (du moins pour le cinéma de genre), ce style consiste en quelques enchaînements de scènes invisibles (un peu façon plan-séquence) mais surtout en un déluge d’images bombardées à la gueule du spectateur à chaque instant de violence. Dans la lignée des effusions gores, le style en question évoque autant la musique techno que le metal indus-hardcore-grind-death-dark-j’en passe et des meilleurs dans sa volonté de paraître avant tout bourrin voire choquant. Sauf qu’à force de vouloir aller toujours plus loin, les partisans de cette débauche deviennent surtout pompeux, en plus de ne plus choquer grand monde. Bousman en fait autant, et outre que son montage et sa mise en scène réduisent considérablement l’impact des morts violentes, son film devient prétentieux… ou ridicule, c’est au choix. C’est le sort réservé aux effets de modes, et ce style de mise en scène en est clairement un. Tout comme le film, d’ailleurs, dont le succès n’est pas dû à autre chose qu’à une insistante demande de gore venant d’un public-cible que l’on peut à peu près cerner à la vision du film de Bousman (jeunes dans le vent amateurs de MTV et vaguement rebelles, accessoirement amateurs de pop-corn au cinéma). Profondément « tendance » et donc extrêmement artificiel sous des oripeaux « sans concessions », Saw II reflète décidément bien le cinéma d’horreur des années 2000.

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