Humour Romans et nouvelles

Tortilla Flat – John Steinbeck

Ecrit par Jérémie Conde

tortillaflat

Tortilla Flat. 1935.
Origine : Etats-Unis
Genre : Humoristique
Auteur : John Steinbeck
Editeur : Folio

En 1935, John Steinbeck, encore peu connu du grand public publie Tortilla Flat. C’est sans doute la première œuvre qui fit de lui un auteur populaire, mais c’est Des souris et des hommes en 1937, puis Les Raisins de la colère en 1939 qui font de lui un auteur à succès et surtout un auteur reconnu.

Tortilla Flat est une œuvre à part dans la bibliographie du Prix Nobel de littérature de 1962. On pourrait décrire cet ouvrage comme un recueil de différentes nouvelles qui accueillent les mêmes personnages, et qui rattachées les unes aux autres chronologiquement forment un récit complet et logique. De plus, c’est sans doute la plus drôle de ses œuvres.
Ainsi Tortilla Flat raconte l’histoire de paisanos à Monterey, ou plutôt à Tortilla Flat. Monterey est une ville de Californie qui se trouve au bord d’une baie. Elle se situe en bas d’une colline. En haut de ladite colline se trouve Tortilla Flat, quartier pauvre qui se mélange à la forêt où les routes sont dénudées d’asphalte. Les paisanos vivent à Tortilla Flat et y sont heureux. Ils sont un mélange de sang espagnol, indien, mexicain, avec des assortiments caucasiens. Parmi ces paisanos, nous retrouvons Danny, héros de cette œuvre. Danny est un paisanos comme les autres, pourtant, quelque chose le distincte des autres : il est propriétaire de deux maisons à Tortilla Flat même. Danny ne sait que faire de deux maisons, et très naturellement, il en offre une à ses amis(Pilon, le Pirate, Jesus-Maria, Big Joe, Johnny Pom-Pom, Cornelia, Pablo, tous héros de cette histoire). Et lorsque cette dernière part en fumée, ils viennent s’installer chez lui. Tous sont très pauvres et tous réalisent diverses activités pour survivre. Leur activité principale étant de boire.
Ainsi, Steinbeck nous brosse le portrait de ces paisanos à Tortilla Flat, au-dessus de Monterey, en Californie, région qu’il connaît bien pour y avoir vécu. Steinbeck aime parler du petit peuple, de ces gens délaissés, de ces gens mis à part. Les thèmes abordés sont les thèmes de prédilection de l’auteur (la Californie en général où il a vécu, les personnages de la classe ouvrière confrontés à la grande dépression, etc.), mais c’est l’amitié qui semble être le thème central de cette histoire. Certes, on retient surtout de Steinbeck l’auteur social, mais il semble que Tortilla Flat, bien que traitant de la pauvreté soit plutôt un livre sur la richesse de l’amitié. Ainsi, on suit les divers protagonistes allant draguer, allant travailler, allant voler, allant se battre, cherchant des solutions pour se faire un peu d’argent pour organiser une fête… Tous les chapitres racontent une nouvelle histoire qui est présentée en quelques mots dans le titre du chapitre. Par exemple : Comment Danny, rentré de la guerre, découvrit qu’il était héritier. « Comment il jura de porter secours aux humbles, ou, Comment les amis de Danny devinrent une puissance au service du Bien. Comment ils portèrent secours au pauvre Pirate« . Ces titres chevaleresques donnent le ton de l’histoire, et Tortilla Flat c’est un roman qui marche sur le ton, sur la capacité de l’auteur à mettre en scène la misère, la pauvreté matérielle, sans jamais donner au lecteur l’occasion d’apitoyer ses héros. Car il ne s’agit pas de ça, il s’agit de parler d’amitié, d’union entre des hommes qui ne possèdent rien, sinon l’amitié des uns et des autres, et voilà leur richesse. Car il semble déjà que l’amitié soit un luxe, que pendant la crise des années 30, on prend conscience que cette société est tournée vers l’individualisme, et Steinbeck se permet de raconter l’histoire d’hommes simples qui ont pour seule et unique richesse l’amitié donnée par les uns et les autres.

Steinbeck nous raconte ainsi une belle histoire souvent drôle, d’une communauté mise volontairement à l’écart qu’il met en valeur magnifiquement bien. A la suite de la sortie de ce roman, la ville de Monterey envoya un blâme à Steinbeck en niant l’existence de telles choses. Cet ouvrage fut traduit en France tardivement, en 1961. C’est un grand livre, un livre important, à lire assurément si vous aimez Steinbeck, et pour ceux qui ne le connaissent pas encore, ils peuvent commencer par celui-ci, de toute façon, Steinbeck ne peut être qu’apprécié !

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