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Shining – Stephen King

Ecrit par Loïc Blavier

shining

The Shining. 1977.
Origine : Etats-Unis
Genre : Epouvante
Auteur : Stephen King
Editeur : Albin Michel

Difficile de parler de Shining, le livre, tant celui-ci est éclipsé par son adaptation cinématographique, un chef d’œuvre signé Stanley Kubrick que Stephen King ne porte pourtant pas dans son cœur, étant même allé jusqu’à faire réaliser par son ami Mick Garris sa propre adaptation à l’écran. Cependant, si le Shining de Kubrick est un monument, on ne peut pas nier que le réalisateur a clairement repris le postulat de départ pour en faire une histoire n’empruntant que des morceaux épars du roman.

Celui-ci nous parle donc toujours de la famille Torrance, composée du père Jack, de la mère Wendy et du gamin voyant Danny, qui se retrouve enfermée dans un grand hôtel des hautes montagnes du Colorado pendant l’hiver, où Jack, professeur récemment mis à pied et ancien alcoolique, fait office de gardien. Mais l’hôtel Overlook étant ce qu’il est, c’est à dire un lieu résolument mauvais et ayant vu toute sortes d’horreurs, Jack va peu à peu perdre pied et va suivre le même chemin psychotique que Grady, un précédant gardien qui avait sauvagement assassiné sa famille avant de se donner la mort.

Jusqu’ici, pas trop de problèmes, et le film de Kubrick colle au sujet du livre. C’est davantage par rapport au développement que la différence se fait sentir. Mais inutile de faire de ce texte une critique comparative entre roman et adaptation cinéma (un débat d’ailleurs souvent stérile) et parlons plutôt uniquement du Shining écrit par Stephen King, les différences allant de toute façon sauteur aux yeux des connaisseurs du film ne connaissant pas encore le livre. King nous propose ici une très lente dégradation de la santé mentale d’un Jack Torrance dont les premiers symptômes, soit ceux occupant la majeure partie du livre, relèvent bien plus de l’incursion dans les pensées de son personne que de la description des actes auquels le conduisent sa folie. Il faudra facilement attendre les deux tiers du livre pour que Jack se décide à assassiner sa famille, après avoir été la victime de nombreuses hallucinations ou apparitions, entrecoupées par des découvertes sur l’histoire de l’Overlook et par des souvenirs du passé trouble de la famille Torrance. L’auteur privilégie donc de loin la construction d’un cheminement mental amenant à cette folie, et les fantômes ne sont en réalité qu’une partie des éléments déclencheurs, au même titre que les conditions sociales dans lesquelles a pu vivre Jack Torrance. Ce faisant, King ne condamne jamais son personnage, ne le montrant que comme la victime de causes sociologiques exacerbées par les fantômes de l’Overlook. Et c’est sur la route de ce cheminement psychologique que King essaiera de faire naître la peur. La peur de voir Jack s’abandonner à la folie meurtrière, la peur de le revoir consommer de nouveau de l’alcool, et à un bien moindre niveau (assez raté celui-là il faut bien le dire, avec ses fantômes dans les couloirs et ses objets animés) la peur des manifestations surnaturelles. On remarquera aussi qu’une nouvelle fois après Salem, King fait de l’un de ses personnages principaux un écrivain, souhaitant ainsi peut-être démontrer qu’a l’instar de celui de Jack Torrance, son propre esprit est plus enclin à l’assimilation d’influences aussi bizarres soient-elles.

Mais Jack Torrance n’est pas le seul personnage qui intéresse King. Danny, le gamin, l’intéresse tout autant, et ce n’est pas pour rien que le lien entre le père et le fils sera plus important qu’entre la mère (pourtant seine d’esprit) et le fils. Avec son don de clairvoyance, Danny est en effet en mesure d’anticiper ce qui va se produire, et en plus de servir au suspense, constitue le pendant positif de son père. Car Danny reçoit les mêmes influences que lui, est témoin des mêmes visions. Mais son innocence enfantine ainsi que sa vision beaucoup plus appaisée du passé trouble qu’il a connu avant l’Overlook le protégeront des esprits de l’Overlook qui, bien plus que de Jack, souhaitent s’emparer de Danny en raison de son pouvoir (le fameux « Shining » même si le terme n’est pas ou peu mentionné). Pour King, il est beaucoup plus intéressant de traiter le parallèle existant entre les esprits de Danny (qu’on suit également jusque dans ses pensées) et de Jack que de nous décrire un cas d’hôtel hanté standard. Dans tout ça, la mère, Wendy, apparaîtra beaucoup plus en retrait, mais n’en sera pas moins intéressante, puisqu’elle se retrouve véritablement isolée, non seulement au plan physique dans l’hôtel, mais également au plan mental. Ce sera elle, en réalité, pour qui les évènements seront les plus difficiles à supporter. Entre un mari perdant peu à peu l’esprit et un fils surdoué capable de prédire l’avenir et de percevoir des scènes horribles susceptibles d’être dangereuses, elle sera complètement en marge. Ne pouvant que sauvegarder ce qui peut l’être, c’est à elle qu’incombera la lourde tâche de sortir son fils et éventuellement son mari de ce faux pas. Mais loin d’être une mère parfaite, elle se sentira elle-même en partie responsable de la situation, en ayant comme sa mère avant elle (on retrouve ici l’idée d’un façonnement des personnalité par leur passé social et familial) contribué indirectement à entasser son mari en lui faisant bien ressentir qu’il resterait toujours suspect à ses yeux.

Shining, le livre, n’est pas une œuvre spectaculaire dans laquelle des flots de sang sortent des ascenseurs. C’est avant tout une œuvre basée sur la psychologie de ses personnages. Les manifestations horrifiques ne sont pour King qu’un moyen d’évoquer ce qu’il veut évoquer, et l’angoisse parviendra néanmoins à se frayer un chemin de toute cette tension qui règne avant que Jack n’ait définitivement sombré dans la folie. Il est d’ailleurs bon de rappeler que l’idée de Shining est venue à King alors qu’il se trouvait seul avec son épouse dans un hôtel de montagne au moment de la fermeture hivernale. Un cadre que l’auteur est parvenu très bien a exploiter dans son livre, et que Kubrick exploitera d’ailleurs à sa manière aussi bien (résolument plus graphique et spectaculaire) dans son film.

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