Romans et nouvelles Science-fiction

Les Tommyknockers – Stephen King

Ecrit par Loïc Blavier

tommyknockers

The Tommyknockers. 1987.
Origine : Etats-Unis
Genre : Science-fiction
Auteur : Stephen King
Editeur : Succès du livre

Alors qu’elle se baladait dans les bois de sa propriété, l’écrivain Bobbi Anderson a trébuché sur un morceau de métal. Vieille boîte de conserve, pensait-elle à cet instant. Cependant, après avoir creusé un peu autour de l’objet, il s’avère que ce qui est enterré est bien plus massif. Il s’agit d’une soucoupe volante ! Et plus Bobbi la déterre, plus elle est attirée par ce vaisseau qui dégage son propre rayonnement, imposant au fur et à mesure de son excavation son emprise sur les habitants du petit village de Haven et les transformant en « Tommyknockers » télépathes, capables d’inventer instinctivement divers armes et outils à la technologie d’outre espace. Dans ce microcosme préservé du reste de la planète et de l’humanité par une atmosphère de plus en plus viciée dégagée par le vaisseau, le poète James Gardener dit « Gard » a malgré tout réussi à se faire une place, grâce à la plaque de métal qu’il a dans le crâne depuis un accident d’enfance et grâce aux sentiments que continue à lui porter la « nouvelle Bobbi améliorée ». Venu à Haven autant pour fuir ses propres problèmes que pour répondre à un mauvais pressentiment concernant son amie, Gard plonge dans l’alcoolisme pour oublier la délicatesse de sa situation et la nature de plus en plus changeante de Bobbi, qu’il a de moins en moins d’espoir de sauver. Alors il aide à déterrer le vaisseau, tout en espérant que sa plaque de métal le protégera assez longtemps de l’emprise des Tommyknockers, bien plus lente à s’affirmer chez lui que chez les autres. Il n’a en effet pas totalement renoncé à contrecarrer les plans extra terrestres, même si ils demeurent très flous et que lui-même a bien du mal à se révolter.

Tiens, Stephen King se met à la science fiction pure et dure. De la science fiction que l’on hésitera pas à taxer de classiciste en raison d’énormes similitudes avec de nombreux classiques du genre, qu’ils soient littéraires ou cinématographiques… Le coup de la communauté déshumanisée par des extra-terrestres ne peut que renvoyer à L’Invasion des profanateurs de sépultures, l’excavation d’un engin maléfique semble tout droit héritée des Monstres de l’espace, les aliens bricoleurs sont revenus de La Grande cour du devant de Clifford Simak et la prépondérance d’une couleur démoniaque n’est pas sans rappeler la mésaventure des péquenots obscurantistes de La Couleur tombée du ciel de Lovecraft. Et je dois certainement en oublier au passage… Voilà un véritable pot pourri de références que Stephen King tente de se réapproprier en usant de cet autre procédé classique, voire intemporel, qu’est la métaphore. Ainsi, tout comme le film de Don Siegel reflétait la paranoïa ambiante à prédominance anti-rouge caractéristique de son époque, Les Tommyknockers trouve sa source dans un évènement marquant survenu à la fin des années 80 et qui a de toute évidence marqué Stephen King, lequel rappelons-le avait déjà exprimé une certaine forme de militantisme politique dans Salem, Dead Zone ou encore Charlie, sans parler de Marche ou crève et Running Man. Et quel est-il, cet évènement ? Et bien Tchernobyl, bien sûr ! Loin de n’y voir qu’une preuve de la faillite du système soviétique, l’auteur en profite pour y aller de sa diatribe anti-nucléaire globale et sans condition. Ainsi, les quelques avantages amenés par l’influence du vaisseau -et en premier lieu le progrès technologique (y compris en matière d’énergie, puisque la première chose découverte par James Gardener chez Bobbi n’est autre qu’une installation électrique révolutionnaire)- ne pèsent pas grand chose face aux inconvénients. C’est une véritable boîte de pandore qui a été ouverte en déterrant le vaisseau… L’emprise sur Haven de l’atmosphère d’outre espace vaut bien toutes les retombées radioactives, ne serait-ce que sur le plan physique : nausées, dents et cheveux qui tombent, saignements et enfin modifications corporelles sur le long terme. Sur un plan plus psychologique, King situe la métaphore sur l’aspect chimérique de cette nouvelle connaissance vis à vis d’une population conquise. A ceci près que les habitants de Haven n’ont jamais eu connaissance du pouvoir qui s’emparait d’eux pour finalement les aveugler, tandis que le nucléaire agit tout de même avec moins de sournoiserie, même s’il faut bien entendu garder à l’esprit les mensonges et les omissions de ceux qui le promeuvent. Il n’y a pas à proprement parler de complot au sein de Haven, puisque même le leader, à savoir Bobbi, s’est converti malgré elle au pouvoir des Tommyknockers. Le parallèle qui s’effectue avec le nucléaire est alors amoindri et laisse l’amer sensation d’être manipulé par King avec le même manque de crédibilité qui caractérisait certaines productions de science-fiction des années 50 jamais en retard d’une calomnie pour dénigrer les rouges. Les Tommyknockers est un roman certes engagé, mais bien moins réfléchi qu’un Dead Zone, et il est à vrai dire très difficile de se laisser convaincre par l’auteur, ne fut-ce que pour la seule durée de la lecture. Et puis il faut bien dire ce qui est : sa métaphore est bien trop transparente pour ne pas donner l’impression que King nous prend pour des buses… Car quelle fut justement la principale préoccupation de Gardener avant de se réfugier à Haven ? Le nucléaire… Sa fuite est d’ailleurs due à un esclandre venu achever un agité débat tenu dans une réception mondaine avec un cadre du programme nucléaire. Au cours de ce débat, King nous aura donc exposés à sa propre conception du nucléaire et de ses dérives, les mêmes que celles qui seront vécues par les citoyens de Haven irradiés. Entre deux cuites, Gardener fait lui-même le rapprochement. Bref, Les Tommyknockers ressemble tellement à une tentative de se rapprocher de la science-fiction classique qu’il tombe aussi dans les mêmes travers. Et s’en crée de nouveaux, cette fois propres à l’auteur.

Et en plus de ça, qu’est ce que c’est long ! Si les films de SF de la guerre froide était simplistes, ils avaient le mérite de faire court et d’éviter de se prendre trop au sérieux. Ce qui n’est pas le cas de King, qui s’éternise au milieu de cette communauté qu’il monte sur pieds avec un étonnant manque d’inspiration. Car même dans ses pavés les plus moyens, type Le Fléau (plombé par son manichéisme biblique), King parvenait au moins à séduire via ses personnages et surtout leurs liens. Or, caractérisée par une population uniformisée, la bourgade de Haven n’a même pas ce mérite. Hormis Bobbi, chaque nom des Tommyknockers est interchangeable. L’auteur ne prend même pas la peine d’entrer dans les détails, se penchant essentiellement sur les personnages positifs égarés ici ou là, la plupart des cas pour illustrer telle ou telle intention ou capacité des extra-terrestres, ou plus longuement sur Gard, dont l’addiction est l’autre sujet du livre. Y accolant un peu sa propre histoire (il est alors toxicomane), King nous décrit la déchéance physique et morale d’un homme bien trop amoindri pour lutter contre le fléau qui sévit sous ses yeux et dont par faiblesse il devient le complice. A bien y songer, peut-être que le pouvoir des Tommyknockers sur les habitants de Haven est là aussi une marque d’addiction, mais qui en tout cas a bien du mal à co-exister avec le discours anti-nucléaire et se fait là encore plutôt simpliste.

Bref, en un mot comme en cent, The Tommyknockers est un roman fort médiocre, se terminant comme souvent chez Stephen King avec tambours et trompettes. Le dénouement n’a jamais été le point fort de ses romans, mais dans ce cas précis, en plus de flirter avec le grotesque (la rencontre avec l’entité physique des aliens à l’intérieur du vaisseau), cela vient conclure un roman qui à force de tourner à vide alterne entre chapitres vaguement intrigants et chapitres franchement ennuyeux. Pour tout dire, je me demande encore comment King a pu remplir 600 pages ainsi, tant j’ai l’impression qu’il ne s’y est rien passé (à part des similis zombies qui creusent avec la complicité d’un ivrogne).

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