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Le Monstre – Jonathan Kellerman

monstre

Monster. 1999.
Origine : Etats-Unis
Genre : Policier
Auteur : Jonathan Kellerman
Editeur : Points

Jonathan Kellerman est un ancien psychologue pour enfants. Il s’intéresse très tôt à la littérature, et finit par publier son premier roman, Le Rameau brisé, en 1985. C’est le premier d’une série de romans ayant pour héros Alex Delaware, un psychologue qui aide la police dans ses enquêtes.
Il est paraît-il important de lire cette série (dont Le Monstre fait partie) dans l’ordre, sans doute pour suivre l’évolution des personnages. Cependant j’ai découvert Le Monstre sans connaître la série mais cela ne m’a pas gêné dans sa lecture.

Ce roman raconte donc l’histoire de Milo Sturgis, inspecteur du LAPD qui s’associe avec le Dr Alex Delaware pour résoudre le meurtre du docteur Claire Argent, retrouvée dans le coffre d’une voiture, la gorge tranchée et les yeux arrachés. Elle travaillait à l’hôpital Starkweather, un institut spécialisé où sont enfermés les tueurs psychotiques. Tous les pensionnaires ont au cours de leur vie tué d’une manière absolument atroce, bestiale, leur proches ou leur famille sans se rendre compte du mal qu’ils faisaient. La loi considère les psychotiques comme irresponsables et donc sont envoyé dans des établissements tels que celui-ci. L’affaire se complique lorsqu’on sait que le Dr Argent s’occupait particulièrement du cas d’Ardis Peake, surnommé  » le monstre  » par la presse après qu’il ait assassiné et dévoré toute sa famille. L’homme est très instable, ne parle jamais et reste dans un état proche de la catatonie toute la journée. Pourtant juste avant que son docteur ne meure, il aurait déclaré « Docteur A, vilains yeux dans une boîte ». Est-il coupable ? Alors que tout le monde s’évertue à dire que personne ne peut s’échapper de l’institut Starkweather ?

Kellerman nous livre ici une intrigue et une enquête complexe et riche en rebondissements. La narration est très soignée et conçue pour que le lecteur retienne son souffle jusqu’à la fin de ce petit pavé (plus de 500 pages quand même). L’enquête est très bien ficelée et on tourne les pages sans s’en rendre compte, avide de savoir le dénouement de cette sombre histoire. De plus le synopsis est suffisamment mystérieux pour que toutes les solutions restent possibles : Ardis Peake est-il vraiment l’attardé mental qu’il paraît ? A-t-il un complice ? Essaie-t-on de lui attribuer ce meurtre ? Mystère… Kellerman suivra ses différentes pistes en compagnie de ses deux héros dans son roman.
Mais l’efficacité de la narration n’est pas la seule qualité du roman. En effet en ancien psychologue, Kellerman soigne beaucoup le portrait de ses personnages. C’est là la spécificité de ce roman, c’est assez incroyable de voir comment l’auteur crée et explore la psychologie de ses différents personnages. Tous semblent très réels, très fouillés.
Et toujours dans ce souci de véracité, saluons l’incroyable travail de documentation que l’auteur a sans aucun doute fournit. Les milieux de la police et de l’asile sont très bien décrits, pour un peu on s’y croirait.

Mais ce qui fait la force de ce roman c’est surtout cet hôpital remplis de psychotiques. Le sujet est rarement traité dans les romans policiers, qui préfèrent décrire les agissements des psychopathes, surtout depuis le succès de l’excellent Silence des agneaux de Harris. C’est assurément un tort car les descriptions de Kellerman sont fascinantes et terrifiantes. Imaginez ces hommes complètements fous, enfantins, incapables d’un raisonnement construit, et surtout presque à l’état d’animal. C’est ça qui est fascinant, la bestialité de ces hommes, qui n’a rien à voir avec le raffinement séduisant de Hannibal Lecter. Ici on plonge dans la brutalité inhumaine pure. Vraiment effrayant. Le personnage d’Ardis Peake est absolument terrifiant, et certains passages du roman (et pas forcément les meurtres) sont vraiment malsains et feront passer des nuits blanches à de nombreux lecteurs. L’écriture de Kellerman, se révèle ici d’une force impressionnante, et il construit dans son roman un vrai personnage terrifiant.
Cependant s’il réussit sans peine à écrire quelque chose de très viscéral et de réellement effrayant, ce n’est pas le propos principal du roman. Au contraire Kellerman use de ce procédé pour mieux le dénoncer, et son roman, bien qu’il partage paradoxalement la même authenticité et la même force que celui de Harris, se pose comme une sorte d’anti-Silence des agneaux en refusant d’icôniser le tueur. Mais cela seul le dénouement nous le fera comprendre, et je n’en dirais pas plus, même si la force de l’écriture de Kellerman et l’efficacité de la narration rendent ce roman très agréable à lire et à relire…

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