Epouvante Romans et nouvelles

Danse macabre – Stephen King

Ecrit par Loïc Blavier

dansemacabre

Night Shift. 1978.
Origine : Etats-Unis
Genre : Nouvelles d’épouvante
Auteur : Stephen King
Editeur : J’ai lu

Surtout dans le domaine de l’horreur, un jeune auteur débute souvent par écrire des nouvelles, qu’il vend auprès des magazines qui les acceptent. Certains comme H.P. Lovecraft n’ont même fait pratiquement que cela durant leur carrière, signe d’une postérité tardant à venir. Par contre, si la gloire arrive vite, il y a possibilité de compiler ces nouvelles pour en faire un recueil. Tel est ce qui s’est passé avec Danse macabre, premier recueil signé Stephen King, publié en 1978 dans la foulée de Carrie, Salem et Shining, et composé d’écrits qui pour la moitié sont antérieurs à la sortie de Carrie. Sur les vingt nouvelles présentes dans le livre, seules quatre sont inédites, le reste ayant été publié dans des magazines comme Cavalier, Penthouse ou Cosmopolitan. De là à dire que Danse macabre est surtout une compilation d’écrits de jeunesse, il n’y a qu’un pas. Quelques nouvelles qui y figurent entretiennent pourtant un lien de parenté avec un roman de King. « Celui qui garde le ver » et « Un dernier pour la route » mettent toutes deux en scène la ville maudite de Jerusalem’s Lot, la première -nommée d’ailleurs « Jerusalem’s Lot » en VO- avant les évènements narrés dans Salem et la seconde après ces évènements. « Une sale grippe » est un récit hyper condensé de ce qui deviendra Le Fléau. Et quelques noms de villes ou de personnes réapparaîtront plus tard dans l’œuvre de King. Bref à n’en pas douter, nous avons là un écrivain qui a de la suite dans les idées, et qui n’a jamais rougi de ses premiers écrits. L’univers de Stephen King se met d’ores et déjà en place au début des années 70, et bon nombre de ses thèmes récurrents apparaissent déjà : les peurs enfantines (« Le croque-mitaine »), les tourments de l’enfance revenant hanter un adulte (« Cours, Jimmy, cours » et son prof accueillant comme élèves les assassins de son frère, mort presque 20 ans plus tôt), la perte d’un être cher (« Le Dernier barreau de l’échelle », l’une des seules nouvelles à ne pas appartenir au genre fantastique), le mal-être de la jeunesse (« L’homme qu’il vous faut »), le progressisme moral (« Chambre 312 », autre nouvelle non-fantastique, traitant de l’euthanasie) etc… Et pourtant, au milieu de tout cela, des influences se font énormément ressentir. En premier lieu, H.P. Lovecraft, dont la mythologie et le style d’écriture accaparent complètement la nouvelle « Celui qui garde le ver », ancrant l’histoire de Jerusalem’s Lot dans un passé (la nouvelle se déroule au XIXème siècle) digne de la ville d’Innsmouth pour mieux expliquer son état présent. L’ombre de Lovecraft plane aussi plus qu’un peu sur « Les Enfants du maïs » et son histoire -encore- de ville maudite, d’église détournée et de culte païen, les enfants tueurs étant par contre pour leur part entièrement issus de l’imagination de King. Enfin, que dire de cet étudiant envoûteur lecteur du Necronomicon dans « L’Homme qu’il vous faut » ? La référence est cette fois textuelle, bien que la nouvelle en elle-même n’entretienne presque aucun rapport avec Lovecraft.

Plus nombreuses encore que celles liées au créateur de Cthulhu, les nouvelles de King font penser à du Richard Matheson, dont le renom est valable tant pour ses romans que pour ses nouvelles ou ses scénarios. Mais là, il s’agit davantage des concepts utilisés pour les nouvelles, partant d’une situation banale et dérivant d’un coup dans le fantastique ou tout du moins l’improbable à la manière de ce qui se faisait dans La Quatrième dimension, série sur laquelle travailla Matheson comme scénariste. C’est le cas pour « La corniche » et son pari à la con (faire le tour d’un immeuble en marchant sur une corniche située tout en haut), « Petits soldats » et ses jouets tueurs qui débarquent sans crier gare, « Desintox Inc. » et ses méthodes radicales pour arrêter de fumer etc… Il y a même des nouvelles reposant sur un twist final, comme « L’homme qui aimait les fleurs » ou « Le printemps des baies », totalement quelconques jusqu’à leur dénouement. Et à bien y réfléchir, lorsque ces nouvelles se montrent plus portées sur l’horreur, elles se rattachent tout à fait aux bandes dessinées horrifiques type EC. Comics, qui prenaient un malin plaisir à faire de l’humour noir, et à s’achever tragiquement. Exemples choisis : « Matière grise » et son péquenot se transformant en gelée après avoir bu de la bière avariée, ou encore « La passerelle » et son astronaute qui voit des yeux lui pousser au bout des doigts. Les nouvelles sont un cadre parfait pour cela, et celles de Danse macabre auraient très bien pu figurer au sein de l’anthologie Creepshow, réalisée par George Romero d’après des nouvelles de Stephen King dont aucune n’est présente ici. Dommage, car si l’on s’en réfère au film à sketchs Cat’s eye, reprenant « La corniche » et « Desintox Inc. », ce support anthologique est le seul valable pour adapter des nouvelles, du moins si l’on ne veut pas se hasarder à extrapoler pour un résultat souvent lamentable (les adaptations des « Enfants du maïs » -devenue Les Démons du maïs-, de « La pastorale » –Le Cobaye-, de « La presseuse » –The Mangler– et même de « Poids lourds » –Maximum Overdrive, pourtant réalisée par King lui-même-, et trop rarement plaisant (celle de « Poste de nuit » –La Créature du cimetière-). Ces courts récits horrifiques, pleins d’humour, dépassant rarement les 25 pages, sont pourtant une facette à part entière de Stephen King, et au-delà de Creepshow et autres films à sketchs, ils auraient constitué des canevas parfaits pour une série comme Les Contes de la crypte. Hélas, le nom de King est devenu tellement vendeur que ses nouvelles, lorsque portées à l’écran, n’ont plus rien des gags macabres qu’elles sont à l’écrit. Rappelons tout de même que le réalisateur s’est engagé à céder les droits de ses nouvelles pour un dollar symbolique à chaque étudiant réalisateur. Hélas, les résultats atteignent rarement nos contrées.

Si l’on ne devait retenir qu’une des nouvelles de ce recueil qui s’avère être le meilleur de son auteur -dont le talent pour l’exercice semble avoir diminué au fil du temps-, ce serait certainement « Le croque-mitaine », qui comme son nom l’indique aborde le sujet des monstres du placard venant tuer les petits enfants à la nuit tombée. A la fois très dur, sadique et d’un comique très très sombre, il s’agit de la nouvelle la plus efficace du recueil, devançant « Matière grise » d’une courte tête.
Un dernier mot maintenant à propos de la préface et de l’avant-propos. Juste pour signaler leur existence, car il faut bien le dire, les louanges de l’auteur John MacDonald sonnent creuses, et la dissertation de Stephen King sur le genre horrifique ne brille pas par son originalité. Pour cela, on préférera Anatomie de l’horreur, autrement plus fouillée.

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