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Stick – Elmore Leonard

stick-couverture

Stick. 1983.
Origine : Etats-Unis
Genre : Polar
Auteur : Elmore Leonard
Editeur : J’ai lu

Fraîchement sorti de prison, Ernest Stickley Jr, dit « Stick » retrouve un compagnon de cellule, Rainy, dans un rade à proximité de Miami, et avec lui, les coups foireux. Une affaire simple de prime abord – livrer une mallette remplie d’argent pour le compte du trafiquant Chucky Gorman – se complique lorsque Rainy se fait descendre. Comprenant qu’ils ont été floués, Stick tient à obtenir réparation pour le préjudice encouru. Au hasard de ses rencontres, dont celle avec Barry Stam, un boursicoteur qui l’engage comme chauffeur, sa quête devient moins urgente. Un nouveau monde s’ouvre alors à lui, constitué d’argent facile et de femmes superbes. Un monde de rêve qui ne saurait éloigné bien longtemps Stick de sa triste réalité.

Écrivain prolifique spécialisé dans le western et le polar, Elmore Leonard doit sa popularité à la télévision et au cinéma qui se sont mis à adapter ses romans à une époque où la vente de ceux-ci peinait à subvenir à ses besoins. Stick bénéficiera lui aussi de son adaptation deux ans plus tard chapeautée par Burt Reynolds et qui sera affublée en France d’un sous-titre pour le moins exagéré Le Justicier de Miami, lequel sera repris avec tout le visuel du film, comme de coutume, pour la réédition du livre en format poche.
De justicier, il n’en est jamais question dans le roman. Certes, l’intrigue semble au départ vouloir arpenter les sentiers de la vendetta sauf qu’Ernest Stickley s’avère plus pragmatique que revanchard. Il a conscience que frayer avec la pègre comporte des risques et que pour injuste que soit le sort réservé à son pote Rainy – lequel n’était pas précisément visé – celui-ci savait à quoi il s’exposait. En somme, les risques du métier étant connus, et acceptés, il n’y a pas de raison de s’en formaliser outre mesure. En revanche, le non respect de la parole donnée le chagrine davantage. Il est comme ça, Ernest. Un homme de parole, à l’ancienne. Comme à son habitude Elmore Leonard s’amuse des archétypes du polar en substituant ici l’extrême violence attendue par une nonchalance de bon aloi. A un étalage de passages chocs voire même de suspense, il préfère se concentrer sur une galerie de personnages hauts en couleurs. Stick n’est pas de ceux-là. Personnage unidimensionnel de dur à cuire à qui on ne l’a fait pas, Ernest Stickley ne présente guère d’intérêt. Rien ne semble pouvoir l’atteindre tant le bonhomme surnage dans cet océan de médiocrité. Il apprend vite, sait se faire respecter et réussi – presque – une passe de trois lors d’une nuit qui le voit tutoyer les sommets du sex-appeal (comblement d’une frustration par l’auteur ?). Allez vous étonner que Burt Reynolds ait tenu à incarner le personnage, après ça ! Certes, tout ne se déroule pas aussi bien que ça pour Ernest. Le destin vient lui rappeler in fine qu’il n’est pas aussi aisé de se sortir de la fange dans laquelle il barbote depuis si longtemps. Il n’empêche qu’il ne lui arrive rien de fâcheux, si ce n’est son amour-propre un peu froissé, et que sa situation apparaît bien meilleure à la fin du roman qu’elle ne l’était au début. L’attrait – relatif – du roman vient donc des personnages secondaires, femmes exceptées. Elmore Leonard n’a visiblement pas la plume inspirée lorsqu’il s’agit de croquer des personnages féminins. D’ailleurs, ceux-ci se résument à des silhouettes (la serveuse mignonne, l’ex-femme pleine de ressentiments de Stickley, l’épouse dévergondée et la maîtresse de Barry Stam), à l’exception d’Emma « Kyle » McClaren. Conseiller financier de son état, désireuse de ne plus dépendre d’intermédiaires et de diriger sa propre entreprise, elle sert avant tout de motif rédempteur pour Stickley. C’est en partie grâce à elle que ce dernier va commencer à s’émanciper et à envisager la vie sous un jour un peu plus lumineux qu’à l’accoutumée. La romance qu’elle noue avec Stick tend à affadir un personnage qui promettait pourtant de faire jeu égal avec lui. D’autant qu’elle ne bénéficie pas de la plume enlevée d’Elmore Leonard lorsqu’il s’agit de la décrire. En l’état, elle apparaît comme « la » femme parfaite, intelligente et magnifique. Heureusement, la plume de l’écrivain se fait plus acerbe à l’encontre de ces messieurs, un ramassis de médiocres qui ne sait plus quoi inventer pour acquérir une prestance. Qu’ils soient de gros bonnets (Chuck Gorman, un puceau obèse toujours en mouvement), de simples portes-flingues (Moke, le petit nerveux qui pense s’être acheté une respectabilité affublé de son nouveau chapeau) ou encore des boursicoteurs pleins d’oseille (Barry Stam, lequel s’ingénie à jouer les voyous), tous partagent une même propension au ridicule. Et pour les mettre en boîte, Elmore Leonard n’hésite pas à jouer la carte de la mise en abîme autour d’un projet de film autour duquel se retrouve tous les protagonistes du récit. Anecdotique à l’échelle de l’intrigue, cette collusion entre l’univers de la pègre et celui du cinéma prépare le terrain à de futurs romans dont Get Shorty.

Dans Stick, Elmore Leonard ne craint pas de noircir le trait, baignant sa plume d’une cinglante ironie au moment de conclure son récit. Néanmoins, il s’échine à apporter une touche d’humanité à chacun de ses personnages, à l’image de Chuck Gorman, presque touchant au détour d’une phrase. Toutefois cela ne suffit pas à sauver l’ensemble de l’ennui. Toutes les digressions boursières ne font pas oublier l’extrême platitude du cœur du récit, lequel ne brille guère par son originalité. Alors, amateurs de bons polars, passez votre chemin, sous peine d’être déçus.

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