Cinéma Guerre Science-Fiction

Zone Troopers – Danny Bilson

Ecrit par Loïc Blavier

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Zone Troopers. 1985.
Origine : Etats-Unis
Genre : Empire contre-attaque
Réalisation : Danny Bilson
Avec : Tim Thomerson, Timothy Van Patten, Art LaFleur, Biff Manard…

En Italie, un groupe de soldats américains se retrouve égaré derrière les lignes ennemies, et étrangement toutes les boussoles indiquent n’importe quoi. Impossible de se repérer pour tenter un retour au bercail. Réduite à quatre hommes suite à une attaque allemande, la troupe semble mal barrée. D’autant plus qu’un campement SS a élu domicile dans le coin, pour une raison qu’on ne va pas tarder à découvrir : un vaisseau s’y est écrasé, avec un extraterrestre à son bord ! Le sergent et ses trois hommes ne peuvent décemment pas laisser le pauvre voyageur galactique aux mains des nazis.

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Fulgurante promotion de Danny Bilson en cette année 1985 qui l’aura vu gravir les marches de l’Empire de Charles Band en commençant par faire l’assistant caméraman sur Ghoulies, puis le scénariste sur Future Cop (soit le démarrage de deux séries à rallonge) avant de finir par sa première réalisation, ce Zone Troopers qui pour sa part n’aura pas connu de lendemains qui chantent. Probablement guère enchanté par le métier de réalisateur chez Empire, Bilson ne remettra plus le couvert pour Band, se contentant de lui écrire des scénarios jusqu’à ce qu’il parte voler de ses propres ailes, retournant à la réalisation pour des séries télévisées et surtout en intégrant l’industrie du jeu vidéo comme producteur, comme scénariste (beaucoup de jeux dérivés de la franchise James Bond) et même prochainement comme réalisateur. Alors, échec retentissant que son premier passage derrière la caméra ? Loin s’en faut ! Reprenant grosso modo le personnel déjà à l’œuvre sur Future Cop, Bilson a bien intégré les recettes de l’écurie de Charles Band et se dépatouille comme un chef d’un budget anémique ne lui permettant en gros que de modeler un extra-terrestre très convenable (merci à John Carl Buechler, spécialiste maison ès-monstres), de recréer un extérieur et deux intérieurs du vaisseau spatial et de faire venir un panzer. Une fois n’est pas coutume, ce n’est donc pas du spectacle que viendra le succès de cette production Empire. Toute la réussite est à mettre au crédit de Bilson non pas en temps que réalisateur mais en temps que scénariste en tandem avec Paul de Meo (duquel il est inséparable, depuis Future Cop jusqu’à maintenant). C’est que Zone Troopers est un vrai film de personnages. Pas dans le sens psychologique, bien sûr, mais dans le sens où les quatre soldats -et l’extra terrestre- sont tous attachants, en même temps qu’ils apportent la dose humoristique dont le film a besoin pour ne pas se vautrer tête la première dans le ridicule. Il s’y vautre quand même, d’accord, mais en toute connaissance de cause, et avec élégance. Non pas en alignant les gags énormes avec paresse, mais en jouant de ces personnages pour faire un film de guerre très second degré, dont l’alibi science-fictionnel n’est somme toute que le couronnement d’une succession d’aventures improbables qui auraient pu faire pencher la balance du côté de la nullité pure et simple. Or, avec son humour clair et dépourvu de lourdeurs, Bilson désarme les critiques assassines potentielles. A défaut de l’apprécier, tout le monde est censé se rendre compte de la tonalité très série B (et pour les plus chevronnés très Empire) du film, et ainsi comprendre que le manque de crédibilité est pleinement assumé. Bilson ouvre et referme d’ailleurs le film en citant une référence précise : les pulps de science-fiction, ces magazines aux histoires parfois abracadrantesques, toujours supposées bas de gamme, mais qui ont quand même ouvert leurs pages à des auteurs comme H.P. Lovecraft, Ray Bradbury, Isaac Asimov, Arthur C. Clake ou Philip K. Dick, pour ne citer que le versant science-fictionnel.

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De façon un peu moins précise, cette référence est amenée via un personnage en particulier : le jeune Joey, bleusaille passant son temps à lire ce genre de pulps. Étant un personnage de série B, Joey contrevient à toutes les précautions de base en temps de guerre. C’est ainsi que lorsqu’il découvre qu’un vaisseau s’est écrasé et qu’un extraterrestre en a été extrait, il se lance à corps perdu dans la récupération du visiteur aux mains des SS, mû par une conviction qui dépasse de loin son sens du patriotisme. Débarrasser le monde de la peste brune ne le bottait pas plus que ça, lui le petit provincial. En revanche, libérer le premier martien certifié, puis lui faciliter la vie et par la même lui prouver que les humains ne sont pas tous comme les allemands, quelle noble tâche ! Cette façon toute idéaliste de détourner la guerre pour en faire le théâtre de son imaginaire n’apporte pas que de l’humour : c’est aussi un moyen pour Bilson d’enraciner son récit dans une tradition née de ses lectures de jeunesse. C’est ce qui rend le personnage de Joey autant que le film aussi sympathique. Toutefois, s’il est le personnage le plus emblématique du récit, il n’en est pas le seul moteur. Les autres apportent aussi leur touche personnelle. C’est ainsi que le duo composé du reporter et de Mittens complète le tableau en y ajoutant un versant plus adulte… En un sens, eux aussi apportent leur imaginaire, bien que celui-ci ne soit pas rattaché à la science-fiction mais à un mélange de bravoure et d’imbécilité complète. Loin d’être les surdoués que le cinéma de guerre aime mettre en avant, ils agissent comme de véritables crétins, pire encore que Joey puisque ce dernier a l’excuse de l’âge et d’être déconnecté des réalités. Chez eux, c’est à qui fera l’acte le plus stupide : partir à la chasse, fouiller le camp SS et même donner un coup de poing à Hitler lui-même, venu faire un bref passage pour admirer l’extra-terrestre. Entre les deux zouaves et le féru de science-fiction, le Sergent joué par Tim Thomerson sert d’efficace contre-point. Militaire doté d’un grand sens des responsabilités, il a toute sa raison et comprend parfaitement la crétinerie de sa petite troupe. S’il peut contribuer à les tirer d’un mauvais pas, il ne peut pourtant pas s’opposer à leurs irrépressibles impulsions, et petit à petit, sans le montrer, lui aussi tend à s’affranchir de ce que l’on attend d’un militaire classique pour entrer à son tour dans le monde de la série B. Ce moment coïncide avec la libération de l’extraterrestre, qui parachève cette déviance en apportant avec lui tous les ingrédients qui auraient pu valoir au film de passer pour une débilité finie : allure improbable, costume satiné, armement outrageusement daté, sans parler de ses collègues venus le rechercher… Bref, tout ce qui est digne des histoires de science-fiction au rabais… mais généreuses. Tout cela ne fait en fait qu’entériner le rêve éveillé de Joey, lequel n’est somme toute que celui des scénaristes qui ont réussi a faire partager leur goût pour les pulps d’antan, reprenant leur tonalité mais ne s’en moquant jamais ouvertement. Ils préfèrent prendre le risque que l’on se moque d’eux-mêmes, et alors de renvoyer la balle à ceux qui prendraient leur œuvre au premier degré. Encore un bon représentant du studio Empire, dont le catalogue s’impose au fur et à mesure des découvertes comme la tête de gondole du cinéma d’horreur indépendant américain des années 80 (au moins pour les films effectivement produits par Charles Band et son équipe).

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