Action Aventure Cinéma

Vivre pour survivre – Jean-Marie Pallardy

Vivre pour survivre (aka White Fire). 1984.
Origine : France / Turquie / Royaume-Uni
Genre : Iconoclaste
Réalisation : Jean-Marie Pallardy
Avec : Robert Ginty, Belinda Mayne, Fred Williamson, Jess Hahn, Mirella Banti.

Alors qu’ils étaient encore enfants, Mike et Ingrid Donnelly ont vu leurs parents se faire tuer sous leurs yeux. Sam, un américain ami de leur père, les a pris sous son aile les élevant comme s’ils étaient ses propres enfants. Désormais adultes, ils s’adonnent au trafic de diamants dans le but d’amasser suffisamment d’argent pour quitter enfin Istanbul. Et ce jour pourrait être tout proche puisque Ingrid, qui travaille comme secrétaire dans une mine d’extraction de diamants, découvre grâce à son patron que le White Fire, un diamant d’une taille exceptionnelle, se trouve dans une grotte non loin de là. Malheureusement, son frère et elle ne sont pas les seuls sur le coup et leurs concurrents ne reculeront devant aucune ignominie pour pouvoir s’en emparer.

Démarrée à l’aube des années 70, la carrière de réalisateur de Jean-Marie Pallardy se décline tout d’abord sous la forme de films érotiques dont certains témoignent par le choix des titres d’une cinéphilie à la sauce américaine (Règlements de femmes à O.Q. CorralL’Amour aux troussesL’Arrière-train sifflera trois fois). Que son premier film dit « classique » se nomme Le Ricain relève donc d’une certaine logique. Il s’entoure pour l’occasion de comédiens chevronnés et grands voyageurs devant l’éternel qui deviendront des figures incontournables de sa filmographie, les américains Jess Hahn et Gordon Mitchell. Les deux hommes sont les garants d’une constante dans l’œuvre de Pallardy puisque au premier échoit les personnages positifs, généralement de substituts paternels, lorsque le second se complaît dans la méchanceté. On les retrouve donc fidèles à eux-mêmes dans Vivre pour survivre, un film d’aventures au titre très James Bondien dans l’esprit qui compte parmi les titres les plus connus de son auteur auréolé d’une réputation de nanar majuscule.

Dans ce nouvel eldorado pour productions fauchées que représente la Turquie, pays déjà lui-même grand pourvoyeur en séries Z, Jean-Marie Pallardy nous concocte un film d’aventures au postulat simpliste – en gros, tout le monde (ou presque) court après le diamant White Fire – mais qui se complexifie à l’aune de développements improbables. Cette confusion vient en partie de la profusion de personnages. Certains, comme le flic Noah Barclay, n’apportent strictement rien à l’intrigue. Il s’agit d’un personnage périphérique n’intervenant qu’à la moitié du film et dont les préoccupations apparaissent en totale opposition avec celles des autres. Lui ne cherche pas à retrouver le diamant – il n’en a du reste jamais entendu parler – mais à remettre la main sur une femme, une prostituée qui s’est fait la malle. Et pour parvenir à ses fins, il ne lésine pas sur la brutalité. A lui les répliques menaçantes (il enjoint une jeune femme d’une clinique de chirurgie esthétique à parler sous peine de se faire violer devant toutes ses copines si elle s’entête à garder le silence), à ses sbires les bourres-pifs. S’il apparaît totalement étranger à l’intrigue, ce personnage sert néanmoins à densifier l’adversité, à créer une opposition autrement plus percutante que les hommes de main de la reine des voleurs Sophia, incapables de respecter ses ordres et tuant Ingrid alors qu’elle la voulait vivante (cela dit, qui pouvait prévoir qu’une étoile ninja plantée au milieu du front aurait raison d’elle?), ou que les agents de sécurité d’Olaf, l’improbable patron de la mine d’extraction de diamants. Enfin tout cela relève de la théorie. En pratique, le dénommé Noah s’avère aussi médiocre que les autres, juste bon à boxer un homme de main dans une carrière et à effectuer un ultime revirement lors de l’épilogue, se disant que finalement, un gros diamant vaut mieux qu’une prostituée. En réalité, le personnage ne semble là que pour répondre à l’opportunité de compter Fred Williamson au générique dont le nom paraît plus vendeur que l’ensemble des autres comédiens. Jean-Marie Pallardy a beau fonctionner à l’envie, comme en atteste sa propension à s’accorder des petits rôles dans ses films (ici le père de Mike et Ingrid, brûlé au lance-flammes), il n’en souhaite pas moins gagner un minimum d’argent avec son travail.
Vivre pour survivre est un pur film d’exploitation qui ne s’embarrasse guère de la psychologie de ses personnages et encore moins de la logique ou du bon goût (l’atroce chanson White Fire utilisée au moins trois fois et en toutes circonstances). Jean-Marie Pallardy blinde son récit d’action, de jeunes femmes en tenues légères et de quelques scènes barbares lors desquelles le sang coule à flot. Ce ne sont pourtant pas ces éléments qui marquent l’esprit, faute d’une mise en scène et d’un montage à la hauteur. Tout au plus pouvons-nous nous amuser de l’illogisme de certaines séquences. Je pense notamment à cette séquence où Mike semble passer un marché avec Sophia puis s’en va sous bonne escorte pour mieux revenir chercher sa sœur – curieusement toujours prisonnière – et mettre à l’amende tous les hommes de main qui se dressent sur son passage. Et avec le sourire, s’il vous plaît ! Car là réside le principal intérêt du film et ce qui en fait sa singularité. Interprété nonchalamment par Robert Ginty, aux antipodes du taciturne John Eastland qu’il incarnait dans Le Droit de tuer, Mike Donnelly affronte la moindre situation conflictuelle avec flegme, certain d’en sortir toujours vainqueur. Cette incroyable confiance en lui, il la tire de sa relation quasi fusionnelle avec sa sœur que les aléas de la vie (la mort de leurs parents) ont contribué à rapprocher. A tel point que Mike ne peut rester de marbre face à ses jolies formes, qu’il s’amuse d’ailleurs à dévoiler tel un amant facétieux. Et non sans laisser percer une pointe de regret quant à leurs liens de parenté. La mort de sa sœur le plonge fort logiquement dans la désespérance la plus complète (comprendre, il s’enivre le soir même et provoque une bagarre collective dans un bar) avant de lui ouvrir d’invraisemblables possibilités. Par la conjonction du consentement d’une inconnue, prête à perdre son identité pour échapper à ses poursuivants, et des progrès inouïs de la chirurgie esthétique, il va en quelque sorte ressusciter sa sœur avec l’assentiment de leur père adoptif. Cet élément scénaristique conduit le film d’aventures à arpenter des terres psychanalytiques inattendues qui offrent alors la possibilité à Mike d’assouvir ses bas instincts sans plus se préoccuper des bonnes mœurs. En somme, il s’offre sa femme idéale, niant au passage l’identité de la remplaçante – la pauvre Olga – qui ne l’intéresse réellement qu’au terme de l’opération et après qu’elle ait achevé d’épouser, tant que faire se peut, la façon de se mouvoir et de se comporter de son modèle. Dans l’adversité, Mike se révèle un modèle de résilience, capable de transformer son malheur en un bonheur incommensurable.

Avec Vivre pour survivre, Jean-Marie Pallardy nous plonge dans un univers à part, où une secrétaire peut disparaître soudainement sans avoir à se justifier auprès de son patron et où les employés de la mine arborent des casques qui ne dépareilleraient pas dans un space opéra. A se demander si Pallardy n’a pas recyclé pour l’occasion des accessoires issus du tournage de Turkish Star Wars. Devant ce spectacle sans complexe et aux idées farfelues, je peux comprendre que certains y prennent du plaisir. Pour ma part, je m’y suis plutôt copieusement ennuyé.

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