Cinéma Horreur

Vengeance diabolique – Tom McLoughlin

Ecrit par Loïc Blavier

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Sometimes they come back. 1991.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Tom McLoughlin
Avec : Tim Matheson, Robert Rusler, Nicholas Sadler, Bentley Mitchum…

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Pris à son propre jeu, voilà comment on pourrait résumer la carrière de Tom McLoughlin. Auteur du sixième et meilleur chapitre de la longue saga des Vendredi 13, ce brave homme, qui fit ses études à Paris sous la direction du mime Marceau, fut en son temps rattaché à l’éventuelle confrontation entre le gros Jason Voorhees et le facétieux Freddy Krueger. Mauvais timing. Nous étions alors à la fin des années 80, et les deux monstres appartenaient à des firmes concurrentes, Paramount et New Line. Chacune tenta de récupérer la franchise de l’autre, personne ne parvint à un accord sur le scénario, et au final, Freddy et Jason retournèrent à leurs basses besognes en solo. Lorsque la New Line récupéra les droits des Vendredi 13, il était trop tard, et aussi bien Jason va en enfer que Freddy sort de la nuit vinrent confirmer la perte de popularité de ces deux croquemitaines qui ne croisèrent le fer qu’une dizaine d’années plus tard, à mi chemin entre la fin de la mode Scream et la résurrection des vieilles franchises. A ce stade, McLoughlin était tombé dans l’oubli de la télévision, aspiré par ses participations aux séries télé Les Cauchemars de Freddy et Vendredi 13 (qui à défaut d’incorporer Jason fut produite par Sean Cunningham, son créateur). Ce qui ressemblait fort à une tentative de rester placé dans la perspective d’un versus tant attendu se transforma en prison avec l’annulation du projet. Depuis lors, McLoughlin n’a guère quitté le milieu du petit écran. Peut-être était-ce là son désir, surtout que parmi ses téléfilms on en trouve quelques uns d’un certain standing, mais on ne peut s’empêcher de trouver regrettable que le réalisateur de Jason le mort-vivant ait si prématurément quitté le cinéma fantastique, après seulement trois long-métrages (les autres étant Nuit noire, son premier film, résolument porté sur l’horreur, et Date with an Angel, une comédie fantastique). Produit peu après ses participations à Vendredi 13 et aux Cauchemars de Freddy (son épisode pour cette dernière étant par ailleurs fort méritant), Vengeance diabolique fait en quelque sorte figure de trait d’union entre ces deux parties de carrières. D’un côté, il s’agit d’un téléfilm qui comme nous le verrons se perd parfois en conjonctures consensuelles, mais de l’autre il s’agit tout de même d’une adaptation de Stephen King produite par Dino de Laurentiis, déjà derrière le Dead Zone de Cronenberg, le Charlie de Mark L. Lester, le Maximum Overdrive de King lui-même et l’excellente anthologie Cat’s Eye de Lewis Teague. C’est dans cette dernière qu’aurait dû figurer l’adaptation de la nouvelle « Cours, Jimmy, cours » issue du recueil Danse macabre. Mais de Laurentiis, la trouvant d’un potentiel supérieur, préféra en faire un téléfilm, confié à McLoughlin.

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Une grosse vingtaine d’années après y avoir été témoin du meurtre de son frère par quatre loubards, dont trois furent tués par l’arrivée d’un train dans le tunnel où ils avaient commis leur méfait, Jim Norman (Tim Matheson) revient un peu malgré lui dans la petite ville où il a grandi. Il est accompagné de sa femme Sally et de son fils Scott. Il voit là l’occasion de faire le deuil de son frère, mais aussi de renouer avec son métier d’enseignant, puisqu’il reste sur un éclat de violence qui lui coûta son précédent poste. Ce ne sera pas facile. D’une part parce qu’il enseigne l’histoire à des footballeurs qui n’en n’ont rien à faire, et d’autre part parce que les trois voyous qui ont assassiné son frère sont de retour, tout droit sortis de l’enfer dans leur bolide cracheur de feu. Assassinant plusieurs de ses élèves, ils prennent leur place en cours et n’ont de cesse de le narguer. Ils ont un compte à régler avec Jim, qui était naguère parti en emportant leurs clefs de voiture, les condamnant à passer sous le train.

Il va sans dire que si « Cours, Jimmy, cours » était effectivement une nouvelle un peu trop fournie pour ne constituer qu’un sketch dans une anthologie, elle n’est pas pour autant suffisante pour tenir un long-métrage sans y apporter quelques modifications. Vengeance diabolique n’est donc pas la plus fidèle des adaptations, et les rajouts et autres élongations s’y ressentent assez fortement. Le flash-back du meurtre est ainsi montré une fois en intégralité, et de nombreuses fois de façon partielle, pour nous rappeler que tel ou tel lieu, telle ou telle action, sont une répétition du passé. « L’histoire se répète », tel est le leitmotiv de Jim comme prof d’histoire. Déjà que le scénario parlait de lui-même, mais alors avec un tel montage il faudrait être particulièrement distrait pour ne pas saisir le message. Encore qu’il ne soit pas impossible de perdre un peu d’attention lorsque le film se met à patiner comme il le fait une fois les trois loubards réunis. Jim se prépare à une confrontation qui sans grande justification met du temps à arriver. Il s’agit pour le professeur de rendre visite au flic qui officiait à l’époque, de retrouver le quatrième blouson noir qui s’est enfui avant l’arrivée du train et de retourner à son ancienne demeure y récupérer quelques objets symboliques de ce funeste jour de 1963. Outre qu’elles servent encore une fois à marquer le recoupement entre passé et présent, toutes ces étapes ne sont pas forcément cruciales et, mal situées, elles font retomber le rythme à l’annonce du final. Même chose pour l’implication de la famille de Jim, sur laquelle les trois vauriens font peser leurs menaces. Pour le coup, cette famille (dont la mère est jouée par Brooke Adams) n’a rien à voir avec le passé, et sa présence semble uniquement motivée par la volonté de s’attirer la bienveillance des chaumières. Protéger sa famille et terminer le film dans une accolade générale, un grand classique galvaudé, aggravé ici par un dénouement dont je tairai la teneur…

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Mais ne soyons pas trop durs avec Vengeance diabolique. L’idée d’entrecroiser les difficultés professionnelles de Jim à ses difficultés d’ordre privé est une très bonne initiative, sachant que McLoughlin courrait un gros risque. Celui de faire passer quelque chose de secondaire (la réhabilitation du prof) au même niveau ou au dessus de l’intrigue principale. Ce n’est pas le cas, et avant se se perdre le scénario construit habilement la fusion des deux. Car les trois garnements prennent un malin plaisir à rendre leur ennemi suspect, d’abord aux yeux de son supérieur puis aux yeux de la police. Les ennuis s’entassent sur le dos du pauvre bougre. Il subit, et ce sont bel et bien les trois monstres qui ruinent son existence. Ainsi, même dans la question professionnelle, c’est bel et bien le fantastique qui prédomine, ne laissant que peu de place aux véritables crises de doute que l’on aurait pu craindre, et qui aurait parasité le première moitié de film comme la famille de Jim parasite le sprint final. On peut bien sûr regretter que McLoughlin et ses scénaristes aient mal dégrossi les personnages secondaires, à commencer par les élèves « normaux », un peu trop simplistes pour sonner juste (la première de la classe qui prend la défense du prof, le gamin rêveur, la grosse brute de l’équipe de foot), mais en revanche on ne peut pas dire qu’ils aient bâclé leurs personnages principaux. Écopant d’un rôle assez difficile, exigeant qu’il sache faire ressentir les pressions qui pèsent sur lui, Tim Matheson s’en tire remarquablement, du moins lorsqu’il ne doit pas protéger sa famille. Mais la palme revient à Robert Rusler, Nicholas Sadler et Bentley Mitchum (la troisième génération dans la dynastie d’acteurs initiée par Robert Mitchum), les trois chenapans. Derrière des allures un peu caricaturales de garnements des années 50/60 avec blousons noirs, coiffures gominées et voiture m’as-tu-vu, ils parviennent à être autre chose que de simples loubards tueurs menant la vie dure à leur professeur. Ce qu’ils se gardent bien de faire ouvertement, se contentant de le narguer pour lui rappeler leur provenance surnaturelle. Ce ne sont pas des proto punks échappés de Class 1984… Leur effronterie est bien plus perverse et calculatrice. Ils parviennent tout simplement à mettre mal à l’aise en créant un jeu malsain avec le personnage de Tim Matheson, bien plus efficace que lorsqu’ils dévoilent leur faciès de grand brûlés (tiens, on en revient à Freddy…). Cet impact, ils l’obtiennent aussi en conservant l’aspect personnel de leur retour d’entre les morts. Ce ne sont pas des « boogeymen » et dès lors il y a un certain côté intimiste venant nous rappeler qu’il s’agit bien d’une adaptation de Stephen King, finalement assez proche de Ça, certes avec moins de profondeur. La bande de Lawson n’est guère éloignée de celle d’Henry Bowers, et le concept du passé revenant hanter le présent est pratiquement le même. En outre, Vengeance diabolique évoque d’autres œuvres de King permettant aux amateurs de bien se situer dans l’univers de l’auteur, sans pour autant mettre les autres de côté. La voiture maléfique n’est rien d’autre que Christine repeinte. Le climax sur une voie ferrée ne peut que rappeler la novella « Le Corps », de Différentes saisons (portée à l’écran sous le titre Stand by me). Un professeur en disgrâce confronté à ses démons dans un lieu propice fut également le point de départ de Shining. Bref, à défaut d’être fabuleuse, cette adaptation signée Tom LcLoughlin est honorable, elle prouve au moins que le réalisateur est parfaitement capable de retranscrire l’univers de Stephen King. Quitte à ce qu’il reste dans le milieu de la télévision, McLoughlin n’aurait certainement pas été plus mauvais qu’un Mick Garris dans le rôle de l’adaptateur privilégié de King.

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