Cinéma Horreur

Vendredi 13 – Marcus Nispel

Ecrit par Loïc Blavier

Friday the 13th. 2009
Origine : Etats-Unis
Genre : une Horreur
Réalisation : Marcus Nispel
Avec : Jared Padalecki, Danielle Panabaker, Amanda Righetti, Derek Mears…

En 1980, une série de meurtres ensanglanta le camp Crystal Lake. L’assassin était la mère de Jason Voorhees, petit garçon difforme mort dans le lac faute d’avoir été convenablement surveillé par ses moniteurs. Tout cela se termina lorsque Mme Voorhees fut mise hors d’état de nuire par une de ses victimes potentielles. Depuis, Crystal Lake a hérité d’une sinistre réputation… Les rumeurs disent que Jason lui-même est de retour et qu’il tue quiconque viendrait à empiéter sur son territoire. Une bande de jeunes guincheurs partis rechercher une plantation de marijuana à Crystal Lake va en faire l’amère expérience… Six semaines plus tard, sans nouvelles de sa sœur, Clay Miller arrive à Crystal Lake pour retrouver sa trace. Sa venue coïncide avec celle d’une bande d’autres noceurs logés dans un chalet des environs. Du boulot en perspective pour le brave Jason !

Dans la tornade de remakes sévissant en ce début de nouveau siècle, aucun classique n’a été épargné. Ne s’étant de toute façon jamais longtemps reposé depuis la fin de son « âge d’or » dans les années 80, Jason ne pouvait y échapper. Tout son parcours depuis 1989 et un chapitre VIII qui le vit errer comme une âme en peine à Manhattan, ne fut qu’un vaste tâtonnement pour renouveler une formule commercialement essoufflée. Racheté par la New Line auprès de Paramount, Jason tenta d’abord de jouer la carte de l’entité démoniaque née d’une mythologie improvisée. Ce fut Jason va en enfer et son scénario à la Hidden dans lequel Jason n’est plus Jason. Ce fut ensuite Jason X et sa fuite en avant dans le grotesque bon enfant à base « d’über-Jason » voyageant dans l’espace comme le Leprechaun et Pinhead avant lui. Enfin, ce fut le combat tant attendu avec Freddy Krueger. Un tardif duel de vieilles ganaches essayant de se remettre à la page. Mais la concurrence avait déjà éclipsé ces deux icônes de l’horreur américaine des années 80, et l’on sentait bien que leur époque était terminée. Au lieu de laisser en paix ces deux ex poules aux œufs d’or, et plutôt que de donner une suite à leur duel comme cela fut timidement envisagé à un moment, la solution de facilité fut de les envoyer elles aussi à la moulinette du remake par laquelle leur confrère Leatherface était passé dès 2003 par l’entremise de Michael Bay, de sa firme Platinum Dunes et du réalisateur allemand Marcus Nispel. Visiblement des références en la matière puisque New Line confia leur nouveau Vendredi 13 aux mêmes personnes (aidées par les scénaristes de Freddy vs. Jason), qui s’empressèrent de demander le partenariat de la Paramount pour pouvoir exploiter certains éléments des premiers films dont la compagnie restait détentrice. Car Vendredi 13 version 2009 ne veut pas revisiter uniquement le premier chapitre signé par Sean S. Cunningham de 1980 : Jason est devenu une star, et de quoi aurait l’air un redémarrage en forme de whodunit conclu par la mère Voorhees ? Non, Nispel et ses producteurs prétendent d’un coup s’appuyer sur les quatre premiers chapitres de la saga…

Les hommages, la révérence, les déclarations d’intentions… Bien beau, tout cela, mais concrètement, qu’est-ce qu’un Vendredi 13 si ce n’est un vaste jeu de massacre ? Ma vision n’est peut-être pas partagée par tous les amateurs (ou détracteurs), mais le passé de Jason Voorhees, l’histoire de sa mère, le fait qu’il conserve la tête de celle-ci ne compte pas pour grand chose dans la saga, y compris dans ses quatre premiers opus. Ce ne sont à mon sens que des artifices, et je doute qu’en donnant le rôle du tueur à la mère Voorhees dans le premier film, Cunningham avait dans l’idée d’en faire le point de départ narratif de l’icône que deviendra Jason ensuite. Quant au reste -par exemple la tête coupée conservée et utilisée dans les chapitres 2 et 3-, cela ne sert que d’artifice choc, au même titre que les cadavres qui tombent subitement sur le râble des survivants lors de l’emballement final de chaque film. Centrer un redémarrage de la saga Vendredi 13 en axant le thème de l’explication à outrance est déjà un travers en soi. Jason tuait surtout parce que c’est sa nature, sans raisonnement excessif et sans avoir à se justifier. Dans son besoin de justifier l’affrontement entre Krueger et Voorhees, Freddy vs. Jason commençait déjà à utiliser cet argument contre-nature, et Nispel va encore au delà. Le charme des Vendredi 13 était justement que les films étaient crétins et ne prétendaient pas ne pas l’être : Jason y alignait les meurtres avec plus ou moins d’inventivité, plus ou moins d’entrain et c’était tout ce qu’ils avaient à offrir. On leur a assez reproché de n’avoir aucun scénario ! Marcus Nispel fait l’inverse et force le trait du Jason-à-sa-maman, allant jusqu’à le faire séquestrer une fille parce qu’elle possède une certaine ressemblance avec sa mère… On imagine mal le Jason des années 80 s’embarrasser de la sorte. Faire tout un foin de ce qui n’était à l’origine qu’un prétexte démontre que soit Nispel se fout copieusement des Vendredi 13, soit au contraire qu’il les prend tellement au sérieux qu’il juge intéressant d’approfondir ce qui ne le fut pas (démarche qui est souvent de mise dans les comics conçus pour les fans). Ce qui n’est d’ailleurs pas forcément le signe que son film est plus intelligent que ceux qui l’ont précédé : l’argument est trop simpliste pour convaincre, les personnages qui y sont associés sont transparents, et s’en passer n’aurait certainement pas été préjudiciable. D’ailleurs, à dire vrai, vu le peu d’histoire utilisé par la saga au cours des huit premiers films, quel besoin de faire un remake ? En quoi Vendredi 13 chapitre 4 n’était pas déjà une « relecture » du chapitre précédent ? Bref l’orientation choisie sent moins le véritable respect pour les Vendredi 13 que l’exploitation du filon dans lequel s’est engouffré Platinum Dunes, celui du remake démagogique. Mettez l’accent sur quelques faits marquants du film originel (de la saga, ici) tout en faisant n’importe quoi à côté, cela permettra toujours de dire qu’il s’agit d’une réinterprétation respectueuse et non d’une pâle copie paresseuse d’un titre attirant l’attention. Autre exemple typique : le fameux masque de Jason, introduit à l’origine dans le chapitre 3. Ici, en plus de nous avoir présenté la mère Voorhees dans une pré-introduction conduisant elle-même à une très longue introduction, Nispel réutilise le coup du sac à patates (utilisé dans le chapitre 2 de 1981 et au début du suivant) avec lequel Jason se trimballe jusqu’à ce qu’il tombe sur le masque de hockey. Tout cela pour montrer qu’il a vu le chapitre 1 mais aussi le 2 ! Et il place ici ou là quelques scènes de sexe, parce qu’il y en avait déjà il y a 30 ans, et il reprend à petite dose les « chi-chi-chi-ha-ha-ha » qui ponctuaient le thème composée par Harry Manfredini dès 1980. C’est donc qu’il a vu les films…. Grand bien lui fasse. L’important n’est certainement pas de replacer des ingrédients pour le plaisir d’entretenir une parenté : il est dans la capacité à savoir retrouver la saveur des films d’origine. Exercice difficile, voir totalement vain, et on pourrait repartir dans l’éternel débat de l’utilité d’un remake et polémiquer sur le concept très à la mode de « relecture ». Sans surprise, Nispel fait avant tout du Nispel, voire du Platinum Dunes et son Vendredi 13 n’est en fait qu’une illustration de ce qu’est sa propre vision de cinéaste, fort peu inspiré au demeurant, et finalement très connotée « années 2000 », là où les Vendredi 13 incarnaient assez bien les us des années 80 en terme de narration, de technique, d’esthétique et de modestie (totalement absente, ici, où en plus le sérieux règne)…  Tout ceci est logique, inévitable et c’est à quoi se heurte toute cette vague de remakes. Cela ressemble à s’y méprendre à ce que Nispel avait déjà fait pour Massacre à la tronçonneuse en 2003 et à ce que bien d’autres productions actuelles font, remakes ou non. Ça se sent obligé de tout justifier, ça use de plans gores et ça veut se donner une touche légèrement malsaine qui se reflète chez Nispel par une esthétique et des décors se voulant assez glauques et qui n’est pas d’un réalisme époustouflant. La tanière de Jason (qui n’a d’ailleurs pas d’équivalent dans la saga d’origine) est la même que celle de Leatherface et celle de bien d’autres tueurs ou monstres du XXIe siècle, avec ses éclairages verdâtres ou jaunâtres et son aspect désolé. Son mode d’action se veut violent ? La mise en scène s’y adapte suivant le goût du jour, avec les tics de Nispel (venu du clip… « Smells Like Teen Spirit » de Nirvana, c’est lui). A chaque scène d’attaque, le montage est pris de frénésie rendant les scènes extrêmement brouillonnes. Sans parler de Jason qui se met à courir voire à grogner, lui qui était naguère une « force tranquille ».

Il n’est pas question de dire que la saga Vendredi 13 des années 80 était parfaite et que Nispel a réalisé un sacrilège. Par contre, relecture ou non, son film s’appelle Vendredi 13, met en scène Jason Voorhees et se complait à faire grand cas de ce qui figurait dans la saga initiée par Cunningham. A ce titre, il est légitime de juger ce remake en tant que tel, et de constater une fois de plus qu’il ne suffit pas de citer des sources pour être « respectueux ». Leur traitement importe, et ici elles sont redigérées pour coller à l’air du temps. Et au final, plus que les libertés prises avec la saga, c’est ce dernier aspect qui rend le Vendredi 13 de 2009 si affreux : quand bien même cela aurait été un produit purement neuf, le résultat n’aurait pas été meilleur du fait d’un scénario bavard mais creux, de l’hystérie qui s’abat sur la moindre scène un tant soit peu animée, de choix esthétiques foireux et d’idées absentes. Alors oui, les films initiaux étaient eux aussi criblés de défauts et de conventions, mais au moins ceux-ci ont à mes yeux un certain charme (ne relevant nullement de la nostalgie, d’ailleurs) que je ne retrouve pas dans le cinéma de Marcus Nispel, de Platinum Dunes ou de toute la mode dans laquelle ils s’inscrivent.

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