Cinéma Comédie

Toy Story – John Lasseter

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Toy Story. 1995.
Origine : Etats-Unis
Genre : Révolution numérique
Réalisation : John Lasseter
Avec les voix de : Tom Hanks, Tim Allen, Don Rickles, Jim Varney…

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En sa qualité de jouet préféré d’Andy, le shérif Woody règne sans partage dans la chambre du garnement jusqu’au jour de son sixième anniversaire, date à laquelle il reçoit Buzz l’éclair, le nouveau jouet à la mode. Progressivement remplacé dans le cœur d’Andy par ce jouet dernier cri, Woody nourrit un profond ressentiment à l’encontre du nouveau venu qui l’amène à commettre l’irréparable : se débarrasser de lui. Rejeté par ses anciens subordonnés qui goûtent fort peu sa jalousie, Woody n’a d’autre choix que de ramener Buzz à la maison. Une mission parsemée d’embûches qui les amènera chez l’infâme Sid, un adolescent qui prend un malin plaisir à détruire tous les jouets qui lui passent entre les mains.

A l’image d’un Jurassic Park deux ans plus tôt et ses dinosaures plus vrais que nature, Toy Story a constitué une petite révolution au sein de l’industrie cinématographique en sa qualité de premier film réalisé uniquement en images de synthèse. En outre, il a contribué à donner un petit coup de vieux aux productions Disney en sortant le film d’animation maison du carcan de la comédie musicale dans lequel le studio s’était depuis longtemps enfermé de manière trop systématique. Des chansons, il y en a encore (interprétées par Charlélie Couture dans la version française), mais celles-ci, déjà fort peu nombreuses, se contentent d’accompagner le récit plutôt que de s’y substituer. Et lorsque comme moi, on est allergique aux comédies musicales, cette petite évolution n’a pas de prix. Pour le reste, Toy Story demeure un dessin animé bien dans la tradition de la maison Disney, quand bien même il soit l’œuvre d’un nouveau venu sur le marché, le studio Pixar.

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A proprement parler, le récit ne s’embarrasse pas d’une quelconque figure de méchant, comme il est généralement de coutume dans ce genre d’histoire. Pour destructeur qu’il soit, Sid n’est qu’un enfant peu soigneux n’aimant rien moins qu’enquiquiner sa petite sœur. Bien que maléfique aux yeux des jouets d’Andy –il exécute avec délice ses jouets à l’aide de pétards, ou crée des figures monstrueuses en en mêlant plusieurs entre eux–, Sid représente davantage un obstacle sur le chemin du retour au bercail qu’un véritable antagoniste. Plus sûrement, semblent nous dire les auteurs du film, c’est de la part d’ombre qui réside en chacun de nous dont il convient de se méfier. C’est cette jalousie qui ronge Woody à mesure que Buzz, le nouveau venu, prend petit à petit sa place de jouet préféré aux yeux d’Andy ; ou encore la rapidité avec laquelle les autres jouets d’Andy retournent leur veste au point de rejeter sans coup férir Woody sans lui laisser l’occasion de s’expliquer quant à son attitude déplaisante. Seul Buzz l’éclair est dénué de toute méchanceté, mû par la seule volonté d’accomplir sa mission de Ranger de l’espace, sans se douter une seconde de sa condition de jouet. De cette naïveté bon enfant, et dont se gausse allégrement Woody, naît l’un des ressorts comiques du film, nimbé d’une douce tragédie. Lorsque Buzz découvre, au hasard d’une réclame à la télévision, qu’il n’est qu’un exemplaire parmi tant d’autres du jouet à la mode, son monde s’écroule. La mission dont il se croyait investi n’était qu’un leurre, un scénario écrit d’avance par les fabricants. Il prend alors conscience qu’il n’est que le réceptacle de l’imagination de ceux qui l’utilisent, à l’instar de Woody et consort. Car il n’est au fond question que de ça : sous couvert de mettre en images le rêve de tout enfant –donner une vie propre aux jouets–, il transparaît de Toy Story leur incapacité à s’affranchir de leur condition. Leur seule fonction consiste à amuser les enfants. Lorsqu’ils n’y parviennent plus, ils sombrent dans la déprime, se sentant inutiles. De fait, ils ne s’animent que pour tuer le temps entre deux interventions de leur propriétaire, sans chercher à vivre leurs propres aventures… à moins que les circonstances ne les y obligent.
Le film nous donne donc l’occasion d’assister à un moment exceptionnel sans pour autant chercher la surenchère. La technologie n’en étant encore qu’à ses balbutiements, les auteurs ont limité leurs ambitions à quelques lieux peu fréquentés (une station-service de nuit, une pizzeria à la décoration inspirée des vieux films de science-fiction des années 50, une rue…), ne cherchant pas à tout prix la confrontation entre les jouets et les humains, au contraire de celle qui oppose Woody à Buzz, au centre de l’intrigue. D’ailleurs, les êtres vivants du film souffrent d’une allure rudimentaire parfaitement assumée par les auteurs compte tenu de l’incapacité des logiciels de l’époque à retranscrire l’être humain dans toute sa complexité. Il en résulte un certain décalage entre le réalisme des décors et ces personnages sciemment sacrifiés. Néanmoins, l’ensemble brille par un souci du détail très poussé (jusqu’aux traces de chaussures qui maculent la porte et les murs de la chambre d’Andy) qui prend son ampleur lors de certaines scènes pourtant hautement fantaisistes comme la mission commando organisée par les soldats en plastique du gamin. Chacun de leurs mouvements tient compte des contraintes de leur conception (des pieds irrémédiablement fixés à leur socle), et leur aspect trahit leur fabrication à la chaîne, traces de moulage à l’appui. Ludique, cette scène constitue l’une des prouesses du film, au même titre que la longue course-poursuite finale, riche en rebondissements et porteuse des bons sentiments de rigueur. Point positif, ceux-ci ne nous sont pas assénés à la louche, permettant au film de conserver toute sa légèreté.

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Pour révolutionnaire qu’il soit, Toy Story n’emporte pas entièrement l’adhésion. Si les prouesses technologiques sont bien réelles, celles-ci ne soulèvent pas autant l’enthousiasme que celles plus artisanales du studio Aardman pour les soins des aventures rocambolesques de Wallace et Gromit, et dont le troisième court-métrage –Rasé de près– sortit à la même période en France. Sans doute parce qu’en dépit de références cinéphiliques plus à même de toucher un public adulte (Frankenstein voisinant avec La Nuit des morts-vivants), Toy Story demeure trop ouvertement orienté pour les enfants. En soi, cela n’a rien d’infamant mais limite quelque peu sa pérennité. Toutefois, il faut bien remettre les choses dans leur contexte. Toy Story s’apparente à un brouillon –de fort belle tenue– pour un studio en développement qui saura par la suite démontrer un visage plus ambitieux.

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