Cinéma Horreur

The Woman in Black – Herbert Wise

Ecrit par Loïc Blavier

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The Woman in Black. 1989.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Fantôme
Réalisation : Herbert Wise
Avec : Adrian Rawlins, Bernard Hepton, David Ryall, Pauline Moran…

La vieille Alice Darlow vient de mourir dans sa propriété d’Eel Marsh House, séparée de la petite ville de Crythin Gifford par une étroite et brumeuse route cernée par les flots. C’est là qu’est envoyé Arthur Kidd, auquel son notaire de patron a confié la charge de représenter son étude à l’enterrement. Sur place, il doit aussi investir Eel Marsh House pour régler la succession de feue la veuve Gifford. Mais si ce n’est pour l’agent immobilier Sam Toovey, rencontré dans le train, Kidd se heurte à une froide réception de la part des gens du cru. Autant miss Darlow que sa demeure ont mauvaise réputation. L’apparition soudaine et incongrue d’une femme silencieuse tout de noir vêtue à l’enterrement puis aux abord d’Eel Marsh House n’y est certainement pas pour rien. Des secrets se cachent là, et le surnaturel est plus qu’envisageable.

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Shirley Jackson, Richard Matheson, Jay Anson… Tous ces écrivains en « son » ont pour point commun d’avoir accouché de livres à succès ayant pour cadre une maison hantée. Leurs adaptations ont suivi, et là encore avec succès. Si The Woman in Black provient lui aussi d’un roman, l’auteur de ce dernier n’est pas un autre « son » : il s’agit de Susan Hill. Mais ne nous y trompons pas : « Hill » est une sonorité qui elle aussi renvoie à un univers commun, celle de Hill House (Shirley Jackson), de Hell House (Richard Matheson) et de la purement cinématographique House on the Haunted Hill (William Castle). Coïncidence troublante. Mais cessons là la linguistique fantôme et évoquons la postérité du court roman de Susan Hill publié en 1983 : non content d’avoir engendré deux feuilletons radiophoniques et une adaptation théâtrale qui presque 30 ans après sa création continue à hanter les planches londoniennes, il a également servi de base à l’adaptation télévisuelle qui nous intéresse aujourd’hui, et qui est très souvent citée comme étant une petite perle oubliée du film de maison hantée. Désireux de rendre hommage aux aïeux du fantastique britannique, les repreneurs de la Hammer ne s’y trompèrent pas et reprirent le sujet à leur compte, donnant par là même une bonne indication sur sa teneur gothique profondément ancrée dans la tradition de l’épouvante britannique. A n’en pas douter, c’est même un des éléments qui ont ouvert les portes de la postérité au téléfilm de Herbert Wise (à ne pas confondre avec Robert Wise, le réalisateur de La Maison du diable, d’après le roman de Shirley Jackson The Haunting of Hill House… encore ces troublantes coïncidences lexicales). Tout télévisuel qu’il soit, The Woman in Black n’en est pas moins superbe grâce à sa photographie sachant habilement utiliser les décors ramenés au début du XXe siècle. Sans parler de ce manoir environné par la mer et par une brume qui à défaut de monstres à la manière de Fog dissimule le mystère qui pèse sur Eel Marsh House. C’est en effet le brouillard qui place Arthur Kidd face à sa première expérience ouvertement surnaturelle : alors qu’il est perdu au milieu de la route faute de visibilité, il entend des cris venus à l’évidence du passé et de l’évènement qui explique la présence de la fameuse dame en noire, assez tôt assimilée au fantôme qui hante les lieux en dehors même du manoir. Car oui, plutôt qu’un film de maison hantée, The Woman in Black est un film de fantôme. La bâtisse en elle-même n’est pas vraiment animée d’une conscience propre comme peut l’être celle de La Maison du diable. Elle est soumise à l’influence de la femme en noir, laquelle n’hésite pas à sortir de ses murs lorsqu’elle le juge nécessaire. Ce qui ne veut pas dire qu’elle agisse comme une personne physique. Elle peut aussi bien provoquer les poltergeists classiques (voire même laisser toute latitude au réalisateur pour susciter l’effroi : bruitage, musique ou silence bien placés, mise en scène portée sur la profondeur de champ…) que jouer aux fantômes palpables. Les deux meilleures scènes du film tombent d’ailleurs dans l’une et l’autre catégorie : la première est une escalade de manifestations surnaturelles qui par son fin crescendo ravale sans mal le climax d’Amityville au rang d’esbroufe commerciale, tandis que dans la seconde, quoi qu’étant un peu ternie par des effets de maquillage médiocres, l’apparition se pare d’une violence intelligente sachant manier à la fois le spectaculaire et la psychologie (la dame en noir ne vient pas pour trucider mais pour terrifier). Herbert Wise ne s’enferme jamais dans un simple film de maison hantée, ni dans un succédané de films de monstres. Il allie les deux pour ne pas laisser de répit à son personnage principal, vivant d’abord dans un intriguant mystère qu’il ne demande qu’à élucider pour finalement se laisser dominer par la peur puis la terreur. Le profil d’Arthur Kidd en fait un personnage lui aussi typique du fantastique britannique : un jeune ambitieux à la Jonathan Harker rattrapé par une réalité surnaturelle qui s’avérait inimaginable à ses yeux de citadin. Et au-dessus de lui, s’il incarne bien une figure paternaliste et protectrice, Sam Toovey n’est pas un Abraham Van Helsing en puissance. Bien plus timoré que le légendaire chasseur de vampire, Toovey possède la connaissance -qu’il se garde bien d’étaler- mais certainement pas l’envie de combattre. Les humains de Woman in Black sont très passifs, ce qui permet au réalisateur de renforcer l’emprise de la femme en noir, dominatrice et source d’une véritable malédiction frappant non seulement Eel Marsh House mais aussi tout Crythin Gifford. Il y a quelque chose de lovecraftien dans ce scénario, à ceci près que Wise se montre nettement moins ambitieux (ou plus télégénique) que le misanthrope de Providence. Ici, il ne s’agit pas du retour éventuel d’anciens dieux malfaisants mais tout simplement d’un drame familial qui a mal tourné. Les explications recherchées par Arthur Kidd ne sont pas extrêmement tordues, ni même très intéressantes… Cela importe peu : le côté lovecraftien s’exprime plutôt par ce climat brumeux, cette demeure sinistre, cette hostilité villageoise et ce personnage isolé dont la raison vacille sous le coup d’un harcèlement psychologique prenant son appui sur un être de l’au-delà très mal intentionné. Et puis que dire de cet audacieux dénouement qui, loin de verser dans le consensus, entérine purement et simplement l’oppression qui, que la dame noire se manifeste ou non, aura réussi à s’imposer dès Eel Marsh House en vue.

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Alors oui, sans doute possible, The Woman in Black est une petite perle du film de fantôme, et de quelques scènes du genre maison hantée. Foncièrement très simple, il n’en est pas moins mijoté avec des ingrédients du terroir fantastique savamment dosés. L’adage dit que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures et c’est un peu ce qu’a fait Herbert Wise, évitant de faire dans l’hommage appuyé pour raviver le souvenir de l’âge d’or du gothique britannique à une époque pourtant guère propice à cette démarche.

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