Aventure Cinéma Horreur

The Thirsty Dead – Terry Becker

Ecrit par Loïc Blavier

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The Thirsty Dead. 1974.
Origine : Etats-Unis / Philippines
Genre : Aventures
Réalisation : Terry Becker
Avec : Jennifer Billingsley, John Considine, Judith McConnell, Tani Guthrie…

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Les rues de Manille ne sont plus sûres. Du moins pour les jeunes filles, qui ces derniers temps ont une fâcheuse tendance à disparaître sans laisser de traces. C’est ce qui est arrivé à la malheureuse Laura (Jennifer Billingsley), embarquée par des énergumènes encapuchonnés, pressés de l’emmener crapahuter dans la jungle en compagnie d’autres infortunées victimes. Leur destination : la galerie de cavernes de Ranu et Baru, respectivement prêtresse en chef et prêtre en second d’un culte païen dont les adeptes ont la joie de vivre éternellement moyennant de régulières cérémonies se terminant par une bonne pinte de sang frais, si possible tirée à la pression des artères de gourgandines pleines de vie, et aromatisée par une plante magique. C’est à ça que l’on destine Laura et ses amies Claire, Ann et Bonnie. Quoique Laura a de la chance : étant le portrait craché d’une peinture prophétique signée Baru, elle est appelée à intégrer la communauté. Le voudra-t-elle ? Malgré toute la gentillesse que lui porte Baru avec ses sourires niais, rien n’est moins sûr.

Ah, les Philippines ! Fortes des liens privilégiés entretenus par l’Oncle Sam avec leur gouvernement dirigé par le taquin Ferdinand Marcos, elles ont eu l’insigne honneur d’être un haut lieu d’investissement pour toute une faune variée d’entrepreneurs ravis de bénéficier de main d’œuvre à bas coût. Les producteurs de cinéma n’ont pas été les derniers à faire le voyage. Parfois pour des productions d’envergure (Apocalypse Now), mais encore plus souvent pour des séries B ne nécessitant pas le déplacement onéreux de lourdes équipes venues du continent. Vue la faible exigence demandée, les techniciens locaux font tout aussi bien l’affaire, de même que les acteurs promis aux seconds rôles et à la figuration. C’est ainsi que Roger Corman décentralisa plusieurs de ses productions, suscitant au passage des vocations autochtones pour des gens comme Efren C. Piñon. Le tout pour des résultats souvent honnêtes, non pas pour les qualités cinématographiques intrinsèques mais bien pour la démesure régnant dans ce type de films. Que le budget ne permette pas de faire grand chose importe peu. Au contraire : quitte à ce que cela ne ressemble à rien, autant y aller à fond, au culot et au mépris total de la bienséance. C’est ainsi que l’on tombe régulièrement sur des choses aussi savoureuses que le Forces spéciales de Edward D. Murphy et son histoire impliquant pèle-mêle des mafieux proxénètes, des zombies, des nazis et des karatékas. Il va sans dire que c’est ce genre de pataquès que vient chercher bon nombre de spectateurs lorsque ceux-ci se sont mis en tête de regarder une série B philippine, ou plus exactement américano-philippine.

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C’est sur la base de ces attentes que j’ai jeté mon dévolu sur The Thirsty Dead. Mal m’en a pris : réalisé, écrit et produit par Terry Becker, un habitué des séries télévisées dont il s’agit de la dernière réalisation, interprété par des acteurs au même pedigree, nous sommes bien loin des divagations attendues. Les seules choses qui pourraient l’en rapprocher tiennent aux accessoires et aux décors, que le réalisateur n’a pas honte d’employer malgré la grossièreté des effets de carton-pâte (pour les cavernes), ou l’excentricité de la finition (les costumes, grands classiques de toute série B mettant en avant des communautés hors du temps) qui débouchent sur quelques cérémonies bien kitsch. Du trompe-l’œil. Car pour le reste, le scénario ne nous réserve aucune surprise. Tout est lisse jusqu’à en devenir fadasse, trahissant la culture télévisée plutôt que cormanienne de Terry Becker. Timoré, il va même jusqu’à aplatir le seul personnage qui apportait un modeste relief (Ann, ravie de sa condition de captive, trop heureuse de côtoyer des esclaves musculeux tout en espérant goûter à la jeunesse éternelle, et qui au final nous fait part d’un mal-être sur sa triste vie). Les autres se divisent selon un schéma habituel : l’héroïne brave et courageuse défendant ses valeurs et ses frêles amies incapables de mettre un pied devant l’autre, la méchante machiavélique et le méchant moins méchant tiraillé entre son béguin pour l’héroïne et sa conscience professionnelle. Un trouble qui tient lieu de ressort dramatique, avec mise en exergue de la morale comme quoi la beauté intérieure c’est mieux que la beauté tout court et que c’est pas bien de profiter de la jeunesse éternelle au détriment des autres et que tiens, d’ailleurs il y’a plus d’humanité dans les zombies des oubliettes (vidés de leur substance vitale à force de s’être faits piquer leur sang mais toujours en vie grâce à la plante magique) que dans toute la secte réunie. Au passage, signalons que lesdits zombies, pas trop mal maquillés au demeurant, perdent tout leur aspect potentiellement menaçant en même temps qu’ils illustrent cette morale simplette. Ce ne sont que des figurants, et ce n’est donc pas avec eux que l’on connaîtra la joie d’un spectacle digne de ce nom, y compris lorsqu’ils auront l’occasion de prendre leur revanche. De spectacle, il n’y en a du reste pas du tout. Nous sommes face à un film très statique, se prenant au sérieux et donnant ainsi trop d’importance aux vains dialogues et pseudo états d’âme. En dehors de ça, il ne reste que des miettes que le réalisateur s’évertue parfois à faire passer pour de solides pains de campagne, comme lorsqu’il fait sonner tambours et trompettes lorsque les couteaux sont pompeusement dégainés et brandis… pour mieux faire des petites encoches au cou des captives. J’ai connu plus impressionnant lors de rasages manuels, et ce n’est pas ça qui donnera de la substance au danger prétendument encouru par des personnages dont on se fiche déjà pas mal. Pis encore : le clou du spectacle est une insipide course-poursuite dans la jungle alternant plans des gentils et plans des méchants. Montage pachydermique, clichés inévitables (les fuyardes se cassent la gueule tellement elles sont fatiguées, les pauvres biquettes… et n’oublions pas la présence d’araignées) pour un aspect dramatique zéro. D’autant plus lamentable que Becker nous avait déjà fait le coup de la fuite à mi-film, et qu’il y avait mis exactement les mêmes choses (avec un serpent au lieu d’une araignée). Il y a de sérieux problèmes d’idées dans ce qui s’apparente en fait davantage à un film d’aventure basique qu’à de la série B philippine dans la tradition. Pour un peu, on pourrait même croire que The Thirsty Dead nous vient des entrailles des années 50 ou 60, époque où l’exotisme pouvait se suffire à lui-même, où l’affranchissement des conventions restait mineur et où il fallait être bien puritain pour se montrer choqué par quoi que ce soit se trouvant dans ce style de films. Entre sa morale gnangnan, ses personnages transparents et son refus de verser dans l’exploitation (bien que revêtues de bikini de fortune qui les rendent agréables à regarder, les filles captives sont très bien soignées dans leurs cellules fleuries, merci pour elles), il entre dans ce cadre étriqué et peu plaisant auquel on ne peut même pas trouver un brin de naïveté qui l’éclairerait d’un côté rétro bienvenu. Trop vulgairement moche pour cela.

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