Cinéma Science-Fiction

The Thing – Matthijs van Heijningen Jr.

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The Thing. 2011.
Origine : Etats-Unis
Genre : Copie carbone
Réalisation : Matthijs van Heijningen Jr.
Avec : Mary Elizabeth Winstead, Joel Edgerton, Ulrich Thomsen, Eric Christian Olsen…

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Antarctique, 1982. Des scientifiques norvégiens découvrent un vaisseau extraterrestre et son occupant prisonniers des glaces. Ils ramènent à leur base l’extraterrestre dans le but de l’étudier. Mal leur en prend. La créature, qu’ils croyaient mortes, reprend vie et se libère de sa gangue de glace pour entamer son œuvre destructrice. Très vite, ils s’aperçoivent que leur agresseur venu d’un autre monde est capable de reproduire l’organisme de ses victimes, pouvant donc se substituer à n’importe qui. La paranoïa ne tarde pas à s’emparer des survivants, ne sachant plus à qui se fier.

Lorsque sort The Thing en 1982, l’accueil qui lui est réservé est aussi glacial que les contrées enneigées dans lesquelles se déroule l’intrigue. Dans le registre de la rencontre du troisième type, le public préfère le gentil extraterrestre de Steven Spielberg (E.T) à l’alien belliqueux et polymorphe de John Carpenter. Ce dernier en nourrira une profonde amertume que la réhabilitation du film au fil des années ne suffira à apaiser. Considéré aujourd’hui comme un classique, et l’une des œuvres phares de son auteur, The Thing ne pouvait que susciter la convoitise de producteurs peu scrupuleux à l’heure où le moindre titre de gloire des décennies antérieures passe à la moulinette de la cure de jouvence.

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A sa manière, ce The Thing 2011 s’avère intéressant par son approche dans ce qu’elle révèle de l’époque actuelle, toujours désireuse de ménager la chèvre et le chou dans un entre deux aussi consensuel qu’inconfortable. Le film de Matthijs van Heijningen refuse le statut de remake pour celui tout aussi casse-gueule de préquelle. Autrement dit dans le cas qui nous occupe, narrer les événements qui ont abouti à la destruction de la base norvégienne que MacReady et le Dr. Copper visitent dans le The Thing originel. Outre nier une bonne part du suspense oppressant du film de Carpenter, né de ce flou volontaire quant aux événements survenus chez les norvégiens et qui accroît le danger qui pèse sur la mission américaine, ce parti-pris relève d’une flemmardise caractérisée. Les scénaristes n’ont plus qu’à reprendre les éléments disséminés tout au long du film de 1982 et à les relier entre eux en un tout à peu près cohérent. Cette construction à la « marabout de ficelle » vise clairement le public du film de Carpenter, se gargarisant de lui proposer un jeu ludique pour qu’il retrouve les éléments clés de l’original. Or, pour que ces nombreux clins d’œil puissent fonctionner, cela requiert un travail minutieux en amont pour assurer la cohérence que le projet induit. Globalement, le pari a été tenu, tout du moins pour tout ce qui concerne la base, à quelques menus détails près (les murs de la salle du sarcophage de glace demeurent intacts dans la version 2011). En revanche, tout ce qui concerne la mission scientifique en elle-même, et partant la découverte de l’extraterrestre, démontre de sérieuses lacunes. Ainsi, le vaisseau extraterrestre ne repose t-il plus à l’air libre dans un cratère après que les scientifiques norvégiens aient fait sauter sa gangue de glace, mais dans une large cavité accessible par un plan incliné. Pour anecdotique qu’elles puissent paraître, ces approximations mettent en lumière le caractère hybride de l’entreprise, qui toute préquelle qu’elle prétend être n’en est pas moins une relecture – pour être gentil – de l’original.
Pour un film qui prétend faire découvrir les origines du mythe, ce The Thing manque cruellement d’idées neuves. Matthijs Van Heijningen revisite avec plus ou moins de bonheur les scènes fondatrices du film de Carpenter, osant quelques variantes au moment de se confronter à des passages déjà repris par d’autres. C’est ainsi que la fameuse scène de la prise de sang, annoncée mais rapidement ajournée, cède la place à une auscultation plus hasardeuse de la dentition de chacun des survivants. La finalité est la même, amplifier la paranoïa déjà latente jusqu’à une montée paroxystique de l’horreur. Sauf qu’ici, la scène tourne au risible, la faute à l’une des rares idées du nouveau script. Le modus operandi des transformations de l’extraterrestre ayant déjà été évoqué dans la version de 82, le récit se contente ici d’apporter quelques précisions, comme le rejet de toutes les pièces non organiques présentes dans un corps humain (prothèses, plombages…). Ce qui aboutit à cette séquence teintée d’absurde lors de laquelle il paraît aller de soi que tout le monde ait eu des caries. Autre problème, la manière dont sont traités certains personnages, promptement laissés de côté pour mieux les ressortir au moment opportun, qui correspond comme par hasard au moment de raccorder les deux films. Le procédé est un peu facile, et participe de cette sensation de pouvoir anticiper la moindre péripétie du récit. En cause, les choix de casting et l’idée saugrenue d’intégrer des personnages américains au groupe de scientifiques norvégiens. De fait, on devine assez tôt que Kate Lloyd, la paléontologue dépêché des Etats-Unis, survivra, et avec qui elle fera équipe le plus longtemps. Il n’est d’ailleurs pas interdit de voir en Sam Carter une variation appauvrie de MacReady. Déjà catastrophique, le final dans le vaisseau extraterrestre s’en retrouve dénué de toute tension, et donne même l’impression de ne pas faire partie du même film. Mythologiquement parlant, ce passage n’apporte rien, se bornant à n’être qu’un climax paresseux donnant la part belle aux effets spéciaux. Au passage, on notera qu’une base russe est évoquée comme retraite possible, mais nullement la base américaine pourtant plus proche. En tout cas dans le montage retenu puisque qu’une allusion à la base américaine existe lors d’une scène coupée. Un choix curieux, donc, mais qui répond à la nécessité de maintenir le personnage de Kate en vie sans que cela ne vienne phagocyter l’intrigue à venir préexistante. Voilà le genre de jonglage auquel doivent s’astreindre les téméraires qui s’adonnent à la préquelle, avec le souci de contenter tout le monde, les spectateurs du présent film et ceux qui connaissent le modèle auquel il doit son existence.

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Nonobstant ces quelques griefs, ce The Thing 2011 n’est pas à proprement parler un mauvais film. Dans le marasme actuel, il est même plutôt bon. L’ennui vient que ses principales qualités doivent tout ou presque au film de Carpenter (direction artistique, effets spéciaux, noirceur étouffante du récit) et qu’au petit jeu des références, il perd à coup sûr. Disons que sur un spectateur qui découvre l’histoire pour la première fois, le film peut faire son petit effet. Pour les autres, il attisera davantage l’envie de revoir encore et encore le bijou signé John Carpenter.

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