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The King of New York – Abel Ferrara

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King of New York. 1990

Origine : États-Unis / Royaume-Uni / Italie 
Genre : Policier 
Réalisation : Abel Ferrara 
Avec : Christopher Walken, David Caruso, Laurence Fishburne, Victor Argo…

Frank White, magnat de la drogue à New-York, est libéré de prison et s’attache à rebâtir son empire, en éliminant quiconque se dresse sur son chemin, et avec l’objectif avoué d’appliquer sa propre justice sociale.

De cette intrigue, assez maigre au demeurant, Abel Ferrara tirera tout ce qu’il y a de plus standard dans les films de ce type : réglements de compte violents entre gangs, négociations sur le marché de la drogue, police génante etc… Rien de bien transcendant à ce niveau là, même si la mise en scène de Ferrara se révèle très performante, sèche et sans esbrouffe, sachant se sublimer lors de quelques scènes très impressionnantes (la fusillade dans le bar, la course-poursuite sous la pluie…). Le côté action est donc assuré, brillamment mais sans révolutionner un genre dominé par des films comme Scarface ou Le Parrain, auprès desquels le film est souvent mentionné. Mais ce n’était de toute façon clairement pas l’envie d’un Abel Ferrara qui s’attache mille fois plus à dépeindre la cité New Yorkaise underground, loin du côté glamour (et ce n’est pas péjoratif) des films évoqués. Et ce sera là la vraie réussite du film. Le New York qui nous est montré ici est un New York sale, à la mesure des truands qui règnent sur les ghettos de la ville, qui eux, vivent dans le luxe, la débauche, la drogue (chose explicite dès l’introduction… Ferrara ne perd pas de temps en exposition).

Rien de mieux donc, pour introduire le retour de Frank White, sorte de Robin des Bois New-Yorkais qui n’obtiendra jamais la reconnaissance que son objectif aurait pu lui amener, et qui aurait certainement pu attirer la sympathie des spectateurs si Abel Ferrara était tombé dans la facilité d’en faire un faux méchant au grand cœur. White, incarné par un Christopher Walken aussi froid que l’est le climat du film (mention spéciale à la musique), optera ainsi systématiquement pour la manière forte. Sans jamais abandonner sa formation de gangster, il ne cèdera jamais à la pitié, il se révélera cruel, calculateur, cynique, et usera bien entendu d’une violence crue face à ses ennemis, tant les autres gangs que la police. A partir de là, comment véritablement apprécier ce personnage, qui se pose ainsi en véritable monarque absolu de New York, dont les objectifs seront soutenus par certaines huiles de la ville, peu regardantes sur ses méthodes radicales et de ce fait complices tacites des crimes commis. Des crimes certes abjects, mais pourtant perpétrés sur d’autres pourris de la ville, sur les chefs des autres gangs. Toute l’ambiguïté du personnage de Frank est là : à la fois le pire des bandits, celui qui impose sa seule volonté, mais aussi paradoxalement le plus humain.

Face à lui, la police, quelques personnages spécialement détachés à la surveillance de Frank, sera désemparée, et forcée de tomber dans des travers similaires que ceux de Frank. Car pour atteindre ce nouveau Roi de New York, la loi ne sera plus un outil mais une entrave, un labyrinthe bureaucratique insoluble, duquel on ne peut s’extirper qu’en ayant également recours à la manière forte façon Mad Max… et donc illégale. Les flics qui nous sont montrés se seront tout autant égarés dans leur quête pour la justice, qui n’est après tout que la justice étatique, celle du gouvernement, mais qui ne peut plus atteindre une New-York perdue, qui est définitivement une ville pas comme les autres. La solution ne peut donc pas résider dans les méthodes traditionnelles, et l’exception New Yorkaise donnera donc naissance à l’escalade de la violence entre la “cour” de Frank, prête à bâtir son empire sur le trafic de drogue qui n’est vu que comme une base financière lucrative, et celle des flics qui ont décidé de prendre les choses en mains afin de défendre les valeurs morales communément prônées. Bref, le New York de Ferrara est extrêmement noir, plongé dans de nombreux paradoxes ne laissant que très peu de place à l’espoir.

Un film très intelligent, la vision désabusée d’un Ferrara qui ne joue jamais avec la sympathie des spectateurs, à moins que ceux-ci n’adhèrent à la violence romantique d’un des deux camps présentés. King of New York est un film décidément très réaliste, très froid, et avec un très habile sens de l’analyse sur une période marquante de l’histoire New Yorkaise, où tout se jouait en coulisses.

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