Cinéma Fantastique

The Gate – Tibor Tákacs

The Gate. 1984.
Origine : Canada
Genre : Nuit cauchemardesque
Réalisation : Tibor Tákacs
Avec : Stephen Dorff, Christa Denton, Louis Tripp, Kelly Rowan, Jennifer Irwin et Scot Denton.

Déjà pas très rassuré à l’idée de passer tout un week-end sous la seule garde de sa sœur aînée, Glen accuse le coup lorsque son chien meurt au cours de la nuit. Ce tragique événement marque la première étape de l’ouverture d’une porte entre les enfers et notre monde. Son ami Terry et lui ont sans le savoir réveillé les forces démoniaques qui sommeillaient dans les entrailles de la terre et celles-ci sont désormais bien décidées à prendre possession de l’humanité. Morts de trouille, ils doivent néanmoins se rendre à l’évidence : c’est à eux d’endiguer l’invasion qu’ils ont bien malgré eux enclenchée.

The Gate est un pur produit des années 80, à l’intersection de plusieurs tendances alors en vogue à l’époque. L’intrigue confronte les adolescents d’un quartier pavillonnaire paisible au tumulte de forces démoniaques selon un cahier des charges prédéfinis à base de scènes chocs aux répercussions inoffensives. Un mélange de productions Amblin entre Poltergeist et Gremlins et de films aux atours horrifiques mais à la tonalité joviale tel House. En somme, nous sommes en présence d’un pur produit de vidéoclub qui a, à n’en pas douter, marqué l’imaginaire de ribambelles d’adolescents au fil des ans. Derrière la caméra, un parfait inconnu (ou presque), le hongrois Tibor Takács, qui jusqu’à présent n’avait œuvré que dans la science-fiction que ce soit pour le grand (Metal Messiah, 1978) ou le petit écran (984 : Prisoner of the Future, 1982). A la tête d’une distribution de joyeux adolescents, dont un Stephen Dorff aux joues rebondies, il décline le parfait manuel du petit Spielberg illustré sans le moindre scrupule, le merveilleux en moins.

Les événements de The Gate se déploient dans un environnement déserté de tout adulte. Ils n’ont semble t-il pas leur place dans ce combat du Bien contre le Mal qui s’annonce, sans doute dépourvus de cet « esprit de vérité qui porte en lui l’énergie que dégage le pur amour ». Et plus prosaïquement parce que le film s’adresse avant tout aux adolescents. Les parents de Glen et Alexandra décident donc de s’absenter pour le week-end sans avancer la moindre raison à leurs enfants. Sur le plan scénaristique, il s’agit de laisser le champ libre aux forces obscures et, plus important, de permettre à Glen, garçon impressionnable qui recherche encore la protection du cocon familial, de gagner en maturité. Le film s’ouvre justement sur l’un de ses cauchemars à la portée prophétique. Alors qu’il rentre chez lui, Glen est pris d’une soudaine angoisse. Il sent que quelque chose de dramatique s’est déroulé, impression corroborée par les restes d’un repas inachevé qui jonchent la table de la cuisine. Inquiet pour sa famille et mort de peur, il se réfugie à l’intérieur de sa cabane dont l’arbre dans lequel elle se trouve reçoit soudain la foudre, faisant basculer l’infortuné gamin dans le vide jusqu’à… ce qu’il se réveille en sursaut, au son des tronçonneuses. Cet arbre, lieu de multiples aventures, disparaît sous les efforts de bûcherons déterminés, ne laissant bientôt derrière lui qu’un trou béant. Scène fondatrice, l’abattage de l’arbre marque l’insidieux basculement de Glen du confort rassurant de l’enfance à l’inconnu de l’adolescence. Le récit prend dès lors pour lui la forme d’un parcours initiatique à la portée vertueuse. Tibor Tákacs emprunte au cinéma d’horreur pour un rendu plus proche de la maison hantée d’un parc d’attractions que d’un sommet de la peur. Ce ne sont pourtant pas les détails macabres qui manquent (la tête en voie de pourrissement d’une représentation du père de Glen qui s’écrase aux pieds de l’enfant, l’irruption d’un mort-vivant des entrailles de la maison) mais ceux-ci répondent davantage à un besoin de péripéties qu’à une volonté d’orchestrer un spectacle cauchemardesque dont on ne sortirait pas indemne. Dans ce contexte, il apparaît rapidement évident que les enfants n’auront rien d’autre à craindre de ces émanations maléfiques qu’une bonne frousse. Pendant une bonne partie du film, The Gate se borne à n’être qu’un étalage d’effets spéciaux (épatants, il faut bien l’admettre, notamment toutes les scènes en perspectives forcées qui intègrent les petits démons) dans un décor unique – la maison familiale – de plus en plus délabré à mesure que les forces démoniaques gagnent en puissance. Il nous faut patienter jusqu’au dernier acte pour que le déroulement du récit se fasse moins attendu, ou tout du moins distille une once de doute dans les esprits quant au sort des personnages. Un doute qui relève du vœu pieu tant Tibor Tákacs ne dévie guère de la ligne directrice qu’il s’est fixée. Dans le cadre du cheminement personnel de Glen, il paraissait inévitable qu’il ne devienne à un moment donné l’ultime rempart contre la mainmise du Mal. Son accomplissement est à ce prix et celui-ci ne peut souffrir aucun échec, quitte à verser dans l’optimisme béat lors d’une conclusion dont sont de nouveau exclus les parents.

Au fond, The Gate s’apparente à une comédie adolescente dont l’humour potache aurait cédé la place à une horreur tapageuse mais sans réelles conséquences. Une horreur née des paroles d’un album de hard-rock et dont les incantations visant à terrasser le Mal ne suffisent qu’à l’amplifier même si toujours circonscrit à la seule maison de Glen. Par manque d’ambition, cette bâtisse sera l’unique victime des assauts maléfiques. Elle seule porte les stigmates des événements nocturnes à la manière d’une fête adolescente qui aurait dégénéré. Durant cette folle nuit, à défaut d’avoir trouvé le grand amour – ce n’est pas encore de son âge – Glen a néanmoins su reconquérir le cœur d’Alexandra, cette grande sœur tant aimée que les assauts de la puberté avaient éloigné de lui au profit des soirées entre copines et des œillades énamourés à l’attention des garçons. Une finalité qui achève de faire de The Gate un film éminemment gentillet. Le genre de film qu’on subit lorsqu’on le découvre à l’âge adulte faute d’une approche et de situations originales. Fort d’un succès plus qu’honorable obtenu à sa sortie, le film a engendré une suite trois ans plus tard, toujours réalisée par Tibor Tákacs mais avec cette fois-ci Louis Tripp (Terry) en vedette. Le point culminant d’une carrière qui en restera là pour le jeune comédien alors que son compère du premier film naviguera dans les hautes sphères hollywoodiennes.

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