Cinéma Horreur

The Collector – Marcus Dunstan

the-collector-affiche

The Collector. 2009.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur de notre temps
Réalisation : Marcus Dunstan
Avec : Josh Stewart, Michael Reilly Burke, Andrea Roth, Juan Fernandez…

the-collector-cambriolage the-collector-couper-la-langue

Pour rembourser les dettes de son (ex?) femme, Arkin se lance dans le cambriolage de la maison de la famille Chase partie en vacances, et dont le coffre-fort abrite un énorme diamant. Au cours de l’opération, il entend des cris qui émanent de la cave, puis des pas arpenter la maison. Pris de panique, il tente de s’enfuir mais se rend compte que cela est impossible. La maison est truffée de pièges, et un tueur rôde…

Le succès de Saw et de ses suites a engendré toute une flopée de films qui mettent bêtement l’accent sur les sévices corporels, et si possible, à grand renfort de machiavélisme et de sadisme. Sorte de rejeton consanguin, le réalisateur ayant collaboré aux scénarios de Saw IV, V et VI, The Collector se présente donc davantage comme une formule opportuniste que comme un film longuement mûri. Loin de s’en cacher -Marcus Dunstan avoue s’être largement inspiré du travail fourni sur les Saw pour repenser l’histoire qu’il avait en tête à l’origine-, le réalisateur avance néanmoins d’autres influences tels les giallos des années 60-70, et une volonté de mélanger les genres. Ainsi, son film démarre sur les bases d’un thriller tout ce qu’il y a de plus classique avec son lot de figures emblématiques du genre, le personnage principal au premier chef.

the-collector-le-chat-et-la-souris the-collector-surpris

Archétype du bon gars à la bonne étoile en berne, Arkin semble porter toutes les souffrances du monde sur ses épaules. Les yeux creusés par de longues nuits sans sommeil, il n’est que l’ombre de lui-même, à la recherche d’une rédemption qui toujours se refuse à lui. Père meurtri, mari délaissé, il tente de recoller les morceaux d’une existence brisée en se posant en dernier recours d’une épouse qui croule sous les dettes. Ce n’est donc pas par plaisir, ni par appât du gain, qu’Arkin se lance dans ce cambriolage mais par nécessité. Une condition sine qua non pour que le personnage puisse susciter l’empathie des spectateurs. Visiblement, Marcus Dunstan n’a pas voulu faire de son personnage principal un sale type, seulement préoccupé par sa petite personne. Au contraire, il n’hésite pas à conférer aux actes d’Arkin une dimension chevaleresque lors d’une dernière partie où il affronte le danger en connaissance de cause pour sauver la cadette de la famille Chase. A ce moment là du film, et plus que jamais, Arkin s’affirme en tant que père. Guère subtil, le procédé se double d’une volonté d’en rajouter encore dans l’horreur, en transformant le parcours d’Arkin en chemin de croix jusqu’à sa crucifixion. Sorte de point final à une successions de sévices corporels et autres pièges alambiqués qui constituent le cahier des charges auquel s’est astreint le réalisateur. Sur ce point, il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Marcus Dunstan fait le métier et donne ni plus ni moins ce que l’on pouvait attendre d’un tel film. Et c’est là que le bât blesse. Trop convenu, voire mécanique, The Collector perd très (trop) vite de son maigre intérêt.
A trop vouloir se confronter aux Saw, Marcus Dunstan confère à son film un aspect involontairement comique. C’est d’autant plus dommage que cela fait directement suite à un habile jeu du chat et la souris à peine esquissée entre le tueur et le voleur à base de contre-plongées qui transforment la topographie de la maison en plateau de jeu. Les deux hommes passent et repassent successivement dans les mêmes pièces sans jamais se croiser. Et puis soudain survient le drame. En tentant de quitter la maison, Arkin s’aperçoit des nombreux pièges qui parsèment la demeure (pièges à loup disséminés sur le sol, lustre affublé de couteaux, fenêtres barricadées de l’intérieur, escalier jonché de clous…). Passe encore qu’il ait pu accéder au coffre-fort sans en rencontrer un seul (après tout, il faut bien que le tueur puisse lui aussi se mouvoir dans la maison), mais lorsqu’on voit la sophistication de la majorité des pièges, il apparaît impensable que le tueur ait pu tout mettre en place en l’espace de quelques heures. De fait, à chacune des découvertes d’une nouvelle chausse-trappe, la peur laisse la place au rire. Voir des ficelles apparaître au gré des déplacements d’Arkin, des pièges se révéler comme par magie dans des zones pourtant déjà arpentées donne à l’ensemble un tour des plus risibles. Le côté artificiel de l’entreprise brille alors de mille feux, et apparaît en totale contradiction avec ce que le prologue dévoilait des méthodes du tueur. A cet instant précis, le film nécessite une bonne dose de suspension d’incrédulité, que ne viennent jamais compenser les plongées dans l’horreur servies par des maquillages laborieux (Michael Chase supplicié) et une mise en scène roublarde et tape-à-l’oeil qui ne permet jamais d’appréhender pleinement le mécanisme de certains pièges (mention spéciale à la projection d’adolescente), à la différence de la plastique irréprochable de Madeline Zima, qui a bien grandi depuis Une nounou d’enfer ! Et puis quel sérieux ! Quelle lourdeur dans la symbolique ! Arkin est l’insecte qui se débat dans l’enchevêtrement de la toile tissée par le tueur aux yeux aussi inexpressifs que celui de l’araignée qu’on nous montre en gros plan. Et le tout dans une maison envisagée inviolable et qui se transforme en piège mortel pour ses occupants. Cela se voudrait ironique, c’est juste idiot et mal exploité, les Chase étant capturés avant même qu’Arkin ne pénètre dans la demeure. A croire que toute cette mise en scène lui était exclusivement destinée…

the-collector-drame-de-ladolescence the-collector-leurre

Plus proche de l’attraction de foire que du cinéma, The Collector confirme cette tendance à privilégier l’effet à l’instauration d’un vrai climat de trouille. Or, à trop verser dans le grand-guignol ou au sadisme facile, Marcus Dunstan ne provoque qu’indifférence là où il voudrait soulever les cœurs. Et puis cette autre manie persistante de filmer ce genre de film comme un long clip de hard rock, à grand renfort d’effets de style ampoulés, achève de rendre l’ensemble insupportable.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.