Cinéma Horreur

The Amityville Haunting – Geoff Meed

Ecrit par Loïc Blavier

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The Amityville Haunting. 2011.
Origine : Etats-Unis
Genre : Paranormal Inactivity
Réalisation : Geogg Meed
Avec : Jason Williams, Amy Van Horne, Devin Clark, Nadine Crocker…

Spécialisés dans la repompe sans vergogne des gros succès du box office, si possible avec des titres capables d’attirer l’œil d’un quelconque acheteur (sorties directes en DVD obligent), les petits gars de la compagnie The Asylum n’ont pas peur de passer pour les parasites du système hollywoodien, quitte à devoir s’expliquer en justice si besoin. Titanic II, Universal Soldiers, Alien Origin, voilà quelques uns de leurs faits d’armes. Bien entendu, tout ceci est toujours tourné avec des clopinettes. Du coup, lorsqu’un Paranormal Activity remporte un beau succès commercial, c’est l’effervescence : non seulement le genre du « found footage » – pseudo authentique film amateur censé avoir été retrouvé sur les lieux d’un drame- ne demande pas beaucoup de moyens financiers, mais en plus il permet de justifier l’absence totale d’implication artistique. Non pas qu’habituellement ce genre de détail empêche les pontes de Asylum de dormir, mais enfin cette fois il y a de quoi se rapprocher au plus près du modèle. C’est ainsi que l’on a vu débarquer un Paranormal Entity, un 8213 : Gacy House (séquelle du précédent) et donc cet Amityville Haunting confié à Geoff Meed, ceinture noire de kempo et acteur spécialisé dans les scènes à cascades de séries télévisées qui avait aussi rédigé le scénario de Universal Soldiers. En grands malins qu’ils sont, Asylum et lui jugèrent bon de rattacher leur troisième sous-Paranormal Activity à la saga Amityville, ce qui donne donc à cette dernière son dixième opus, si on veut bien prétendre que la présente oeuvre et le remake de 2005 s’inscrivent dans lignée entamée en 1979. Sans vouloir être présomptueux, je doute que The Asylum ait demandé la permission à quiconque, mais enfin bon, l’histoire de l’exploitation commerciale d’Amityville étant déjà suffisamment bordélique comme ça, il est inutile de pinailler.

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En 2008, trente ans après que les Lutz aient pris leurs jambes à leurs cous et la poudre d’escampette, la fameuse maison d’Amityville se montre toujours aussi méchante. Elle est par exemple capable de faire disparaître deux couples de jeunes glandus venus passer du bon temps en ses murs. Cela n’empêcha pas la famille Benson d’y emménager. Comme de bien entendu, les phénomènes étranges ne tardèrent pas à se produire. Et c’est pas des bobards : le tout a été filmé par le gamin de la famille et par les caméras de surveillance que le paternel avait fait installer. Tout ce qui a été enregistré est véridique, mais TF1 à la solde des francs-maçons nous cache la vérité.

Évacuons la question d’emblée : que The Asylum fasse dans le micro budget et le copié-collé importe peu. En son temps, Corman avait prouvé qu’on pouvait même y gagner à copier les gros poissons tout en profitant de la plus grande liberté laissée par une production indépendante. N’attaquons donc pas The Asylum sur des questions de principes déontologiques. Même chose pour le rattachement sauvage du film de Meed à la saga Amityville, procédé purement commercial. Oui, The Amityville Haunting bafoue complétement la mythologie de la famille Lutz, et ne prend même pas la peine de recréer la maison bien connue aux fenêtres maléfiques. Pire que ça : le rappel écrit figurant au début du film démontre que personne autour de Meed ne s’est soucié de respecter les faits. C’est ainsi qu’on nous dit que les Lutz sont restés deux ans dans la maison, alors que la simple vision du film de 1979 (ou un simple coup d’œil à Wikipédia) aurait suffi à trouver que ce ne fut que 28 jours. Ne parlons même pas du principal fantôme venant perturber la famille Benson : Ronald DeFeo lui-même… alors qu’à l’heure où j’écris ces lignes, le type n’est même pas encore mort. En revanche, plusieurs choses sont correctes : l’heure du meurtre des DeFeo ou l’identité du gamin invisible avec lequel joue la benjamine de la famille. Après tout, même avec de l’a-peu-près, le film de Meed entretient déjà plus de liens avec l’histoire d’origine que bien des séquelles qui sont venues avant lui, et qui ne se rattachaient à Amityville que par quelques excuses saugrenues (les bibelots achetés en brocante), voire même ne s’y rattachaient pas du tout. Tout ce qui importe, c’est d’assister à un bon film de maison hantée, ce qui s’avère hélas bien rare.

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Jouer la carte du « found footage » est cela dit un premier obstacle de taille à surmonter. Le procédé a une fâcheuse tendance à servir de cache-misère, laissant le soin au spectateur d’imaginer lui-même tout ce qui peut se dérouler en hors champ. A moins de décider de quand même tout montrer, au risque de saborder le principe même du « found footage », du moins dans le cadre d’un film d’épouvante. Ce qui n’est de toute façon pas le cas ici si ce n’est pour quelques gouttes de sang giclant subrepticement devant la caméra ou pour l’apparition de quelques spectres plus ou moins transparents, dont les actes sont cependant maintenus invisibles. La tâche principale du réalisateur s’avère donc de mettre le spectateur en condition. L’exercice est périlleux… Sans surprise, Geoff Meed s’y casse les dents, ne disposant d’aucun scénario sur lequel s’appuyer, abusant encore et toujours des mêmes artifices trahissant et son manque de budget et son manque d’idées, et n’étant même pas capable de rendre crédible qu’un tel film ait pu être véritablement tourné par quelqu’un. On peut bien y mettre de la bonne volonté et jouer le jeu du « cette histoire est vraie, même qu’on a retrouvé les documents amateurs qui le prouvent », mais encore faut il ne pas pousser le bouchon trop loin. Meed fait plus que pousser le bouchon trop loin : il l’expédie façon bouchon de champagne. Ainsi, avoir recours à une introduction dans laquelle des jeunes viennent faire des blagues foireuses, copuler et se faire tuer dans la maison alors à l’abandon n’est pas très judicieux. Compréhensible dans un slasher, le procédé l’est beaucoup moins dans un faux documentaire ! D’autant moins que cette introduction est elle aussi tournée par les protagonistes mêmes, et que leur vidéo est retrouvée plus tard par l’artisan principal du document amateur concernant les Benson. Lequel est un merdeux passant son temps à filmer ses parents, y compris et surtout lorsque ceux-ci sont confrontés à des choses étranges. De nombreuses remarques ne suffisent pas à le faire lâcher sa caméra, mais aucun des deux parents (ni même sa grande sœur, de perpétuelle mauvaise humeur) ne songe à lui confisquer purement et simplement. Ainsi peut il continuer à ne rien faire du tout, si ce n’est à filmer, et quelques fois à commenter ce qu’on a déjà vu ou à répondre à ce qu’on lui dit, ce qui fait plus de lui un caméraman en bonne et due forme qu’un protagoniste à part entière. Du coup, les conditions de tournage et l’aspect authentique en prennent un sérieux coup, et ce ne sont pas les multiples scènes complétement vides de sens et de paranormal (il filme n’importe quoi et n’importe comment) qui y changeront quoi que ce soit. D’autres points de vues sont rajoutés au cours du film, à savoir les caméras de surveillance, d’abord en noir et blanc dans le salon puis en couleur dans chaque pièce ou presque de la maison, mais là aussi la plupart du temps il n’y a rien à montrer. Au moins les tremblements cessent-ils…
Le principal problème vient du fait qu’il ne se passe strictement rien dans The Amityville Haunting. Au mieux peut on entendre le parquet qui grince, ou voir des portes qui s’ouvrent ou se referment. Un peu léger (surtout que dans ces ouvertures de portes intempestives, un coupable de chair et d’os sera parfois trouvé… c’est la conception de la fausse piste selon Geoff Meed). Et lorsqu’il se produit véritablement quelque chose, cela reste de l’anecdotique : la silhouette de DeFeo qui se tient dans le couloir pendant que la famille converse au salon, ou l’apparition du gamin fantôme via les caméras de surveillance alors qu’il n’apparaît pas sous la caméra du documentariste en herbe. Tout le film se déroule ainsi, faisant retomber la charge de faire vivre l’histoire à des acteurs qui n’en ont pas la carrure et qui sont livrés à eux-mêmes par un scénariste qui n’existe pas, ou du moins n’ai-je pas pu trouvé son identité lors des mes recherches. Ainsi, le père est obsédé par son envie de trouver des explications rationnelles. C’est ce qui explique qu’il se mette à installer des caméras partout, sans d’ailleurs qu’il ne prenne la peine de vérifier bien souvent les images enregistrées (le veinard). Tournant paranoïaque, il finira par péter les plombs dans une scène magistralement ridicule qui nous le montre hystérique en train d’aboyer des ordres militaires à sa petite famille, laquelle vu sa passivité ne lui est pas et ne lui a jamais été d’un grand secours. Outre le vidéaste forcené, nous avons la mère pleurnicharde, la grande sœur bougonne et la petite sœur qui joue comme si de rien n’était avec son ami fantôme. Une belle brochette de légumes ne faisant que ramollir davantage un film qui n’avait pas besoin de ça. A la limite, malgré son manque de réalisme et le piètre jeu de l’acteur qui l’interprète, le père a au moins le mérite de faire quelque chose en attendant la mort. Car oui, c’est bien ça qui leur pend au nez : la maison a déjà occis plusieurs personnes. Les jeunes de l’introduction, l’un des déménageurs qui est tombé dans l’escalier, l’agent immobilier (on ne sait trop comment), le malotru qui est venu en pleine nuit… Ces morts, loin de rajouter de l’intérêt au spectacle, démontrent au contraire que nous n’avons rien à attendre de Geoff Meed, qui n’en filme véritablement qu’une seule. Pour le reste, il a recours à une sortie intempestive du cadre au moment fatidique, comme si le démon DeFeo, un brin timide, préférait rester en dehors du cadre et attirer ses victimes à lui. Ce mode de fonctionnement est utilisé en alternance avec un commode bug des caméras, qui pixellisent et s’arrêtent au moment opportun avec l’avertissement « Corrupt Video ». Du foutage de gueule pur et simple s’étendant jusqu’à un final au rythme enlevé et un peu plus démonstratif voire gore le temps d’un plan, qui en comparaison à ce qui a précédé (c’est à dire à tout le film puisque ce dénouement doit durer à peine 5 minutes) pourrait passer pour du grand art.

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En fait, The Amityville Haunting est un film extrêmement cynique, non seulement par la démarche de The Asylum, mais aussi par celle de Meed qui a franchement l’air de se foutre de la gueule du monde en poussant jusqu’à l’extrême l’argument du hors champ qui laisserait le champ libre à l’imagination du spectateur. Voilà encore un Amityville raté dans les grandes largeurs. The Asylum apporte une nouvelle pierre à la saga, fascinante par sa capacité à aborder la médiocrité sous des angles différents. Il y a la médiocrité basique du film de maison hantée parfaitement crétin (Amityville 3D). La médiocrité par l’ennui (The Amityville Curse). La médiocrité par l’absurde (Amityville 4). La médiocrité de la lourdeur hollywoodienne (le remake). Et désormais, la médiocrité assumée cachée derrière l’artifice du « found footage ». C’est donc avec une certaine fébrilité que j’attends le prochain Amityville prévu pour 2014. A quelle sauce va-t-on encore être mangés ?

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