Cinéma Horreur

The Amityville Curse – Tom Berry

Ecrit par Loïc Blavier

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The Amityville Curse. 1989.
Origine : Etats-Unis
Genre : Tradition municipale
Réalisation : Tom Berry
Avec : Dawna Wightman, Kim Coates, Anthony Dean Rubes, Cassandra Gava…

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Et vous, vous êtes plutôt John J. Jones ou Hans Holzer ? Question vitale s’il en est, puisque comme je vous l’expliquais dans les textes portant sur Amityville II et Amityville 4, la saga cinématographique est fortement tributaire de ces deux auteurs, l’un rattaché à la famille Lutz, à l’origine de tout ce pataquès, l’autre lié à l’avocat de Ronald De Feo, le meurtrier ayant vécu dans la maison d’Amityville juste avant les Lutz. Reprenons.
Après avoir vécus des évènements pas piqués des vers dans la fameuse maison du diable aux fenêtres en quarts de cercles, les Lutz furent contactés par William Weber, avocat de Ronald De Feo, qui leur proposa la rédaction d’un livre. En plus des bénéfices financiers qu’il y voyait, Weber trouvait là l’occasion de défendre son client en le faisant passer pour la victime possédée d’un esprit démoniaque. Pour parfaire cette description, il envoya dans l’ex demeure des Lutz un médium et un spécialiste du paranormal (sic), nommé Hans Holzer, qui en ressortit avec l’intime conviction que les Lutz n’avaient rien inventé et qu’en plus De Feo devait effectivement avoir été certainement possédé. Et cerise sur le gâteau, il crut découvrir que la maison reposait sur un cimetière indien. Sauf que les Lutz refusèrent l’offre de Weber et confièrent leur livre aux bons soins de Jay Anson, laissant l’avocat fort déconfit et le traînant même en justice pour avoir déjà publié deux articles sans leur accord… Weber répliqua en les traînant eux aussi en justice, déclarant être le co-auteur de l’histoire d’Amityville, qui de son aveu aurait été inventée de toute pièce entre lui les Lutz. Les deux parties campant sur leurs positions, les Lutz continuèrent à raconter leurs aventures à travers la séquelle de John G. Jones (il en écrira trois autres), tandis que Weber confia le sien à Hans Holzer, qui allait pondre trois livres sur le sujet, dont deux allaient aboutir à des films : Murder in Amityville (pour Amityville II) et The Curse of Amityville (à noter que Holzer resta toujours persuadé de la véracité des phénomènes paranormaux sur cette affaire). Jonglant entre les livres, le cinéma se fit un plaisir d’adapter tantôt Jones et tantôt Holzer, d’abord au gré des droits, puis au gré de l’envie des producteurs, qui à partir du troisième épisode en étaient déjà arrivés aux bas fonds du n’importe quoi, ce que ce Amityville Curse (succédant directement en vidéo à un Amityville 4 télévisuel) vient confirmer avec un aplomb provocateur.

Un curé d’Amityville est assassiné dans son confessionnal. Ses meubles sont rapatriés dans sa maison qui, douze ans plus tard, est investie par quelques amis qui vont quand même mettre bien longtemps avant d’assister à de singuliers évènements.

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Censée avoir été démolie à la fin du troisième volet en 3D, la maison d’Amityville était réapparue au début du quatrième pour mieux redisparaître après un quart d’heure, le temps que des gogos achètent la lampe hantée servant de prétexte au scénario de ce film. Pour le cinquième opus, pas de maison aux fenêtres en quart de lune, ni même d’objet de récupération chiné là bas… Il y a bien un objet ayant une certaine influence, à savoir le confessionnal où le curé fut assassiné, mais il provient de l’église jouxtant cette autre maison hantée située à Amityville servant de cadre à l’unité de lieu. De la véritable maison ou de ses habitants, il n’est jamais question (alors que l’intrigue du livre de Holzer s’y déroule bien), si ce n’est par le biais d’une discrète référence faite au bar par des citadins dépités évoquant le cas De Feo. Ceci, ainsi que quelques plans de panneau routier « Amityville », constitue à peu près tout ce qui permet de relier le présent film à la saga. De là à dire que cette séquelle ne fut conçue que pour mettre une VHS derrière une jaquette estampillée Amityville il n’y à qu’un pas que l’on hésitera pas à franchir après avoir assisté à ce que la saga originale à accouché de pire (ne prenons pas en compte le remake boursouflé et le sous-Paranormal Activity bâclé par les filous de la compagnie Asylum).
Que dire ? D’activités paranormales, il n’y en a guère. Pas même les habituels claquements de portes ou reflets dans les miroirs. Tout juste a-t-on droit à un agressif chien sauvage et une malencontreuse coupure par éclat de verre, voire à quelques bruits bizarres et à des courants d’air. Tant et si bien que l’on finit par douter de la singularité de cette maison, certes sinistre au demeurant. C’est même le subterfuge utilisé par le réalisateur pour laisser croire aux esprits : en insistant sur la mise en scène, il semble penser que le spectateur se prendra au jeu. Et bien non : l’arnaque se voit comme le nez au milieu de la figure. Lorsque la scène la plus ouvertement fantastique -climax excepté- est le cauchemar d’un des personnages qui se réveille en sueur, il n’y a définitivement rien à attendre si ce n’est la fin du film. D’ici là, le personnage en question semble jouer une place centrale dans l’affirmation de la dangerosité de cette maison. Du moins, elle fait office de médium involontaire, ou bien elle fait écho au procédé de La Maison du diable dans laquelle c’est une jeune femme psychologiquement marquée qui canalisait toutes les manifestations surnaturelles. Lesquelles n’ont donc pas lieu ici (l’ambiguïté mal conçue aboutit à cette stérilité), mais c’est pas grave, la demoiselle vedette restant toujours mal à l’aise et étant sujette à deux ou trois visions bien innocentes mais qui l’impressionnent, ce qui impacte plus ou moins ses amis, eux dont la seule utilité est de se promener dans des couloirs sombres, si possible à la cave (là où le confessionnal est entreposé). Signalons en plus de ça la présence d’une vieille folle, l’ancienne gouvernante du curé assassiné, jouant aux oiseaux de mauvaises augures tels qu’on en trouve à foison dans les Vendredi 13, et qui permet d’amener la révélation du secret de la maison, relatif au meurtre de son ancien patron. Car secret il y a bien, bien qu’on pouvait en douter. Mais il fallait bien aboutir à ce dénouement consternant, rejouant en fait Halloween avec un petit côté Exorciste du même calibre que celui qui avait ouvert le film.

Inutile d’épiloguer 107 ans : The Amityville Curse est extrêmement ennuyant. Par contre il réussit malgré tout une sorte d’exploit. Si il est somme toute banal de ne pas croire en l’existence de maisons hantées, il est bien plus original de ne pas croire en la hantise d’une maison d’un film de maison hantée. C’est bien le cas ici, rendant pour le moins irritante cette petite bande de couillons qui se fait peur toute seule dans l’unique but d’exploiter un nom devenu (et créé) à des fins commerciales. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que faire l’historique de la saga sous ses formes judiciaires, littéraires ou cinématographiques, demande plus d’efforts que de parler de films semblables à celui-ci.

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