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TerrorVision – Ted Nicolaou

Ecrit par Loïc Blavier

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TerrorVision. 1986.
Origine : Etats-Unis
Genre : Ecran tactile
Réalisation : Ted Nicolaou
Avec : Chad Allen, Diane Franklin, Gerrit Graham, Mary Woronov…

Toujours à la pointe de la technologie, Stanley Putterman a décidé de poser une antenne satellite dans son jardin afin de capter tout ce que la télévision a à proposer. Son bricolage maison est un échec lamentable jusqu’à ce qu’un coup de foudre vienne frapper son antenne. L’univers fabuleux du petit écran est alors promis au clan Putterman ! Ce soir, pour Sherman et son grand-père, ce sera soirée science-fiction avec l’émission de Médusa pendant que Stanley et sa femme iront à la recherche d’un couple échangiste et que l’adolescente Suzy sera en vadrouille avec son métalleux de petit ami. Personne n’est encore au courant de l’horrible vérité : la foudre qui a apporté toutes ces belles chaînes provient en fait de l’espace, et elle a surtout apporté un horrible monstre glouton transitant par les ondes depuis Pluton, où un maladroit local l’a envoyé vers la Terre plutôt qu’aux confins de la galaxie.

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L’écriture d’un texte sur TerrorVision s’avère bien difficile… Car les mots ne sont rien pour retranscrire le vaste barnum que nous a pondu l’alors inexpérimenté réalisateur et scénariste Ted Nicolaou, appelé à intégrer le premier cercle des poulains de Charles Band duquel il n’est jamais sorti. Mais pour l’heure, en 1986, sa filmographie se limitait à un sketch de Dungeonmaster qui ne laissait nullement augurer d’une telle assimilation des caractéristiques de la série B façon Empire International Pictures. Charles Band a toujours recherché les intrigues ubuesques partant dans tous les sens, et avec Nicolaou il a trouvé à qui parler. Du début à la fin, TerrorVision se complait dans une excentricité sans équivalent… Pas une scène qui ne soit marquée par l’outrance, qu’elle soit visuelle, musicale, narrative, dialoguée etc. Dans le fond, on pourrait rapprocher le film d’un Clowns tueurs venus d’ailleurs, avec lequel il partage le goût du carton pâte bariolé, de la musique new wave horrifico-comique et de la science-fiction kitsch, mais même le film des frères Chiodo apparaît relativement sobre face à lui. Pour réussir une telle prouesse (et pour économiser le budget), Nicolaou a opté pour un scénario se concentrant dans un seul et même lieu, à savoir la vaste demeure de la famille Putterman, et il s’est assuré qu’à lui seul ce lieu enfermerait le spectateur dans un monde extravagant livré aux bons soins du directeur photo Romani Albani, qui s’y connait en la matière pour avoir occupé le même poste sur le flamboyant Inferno de Dario Argento. Si chez Argento il avait pour consigne de donner vie à une forme d’épouvante baroque, sa mission est ici toute autre : il doit créer un monde en carton-pâte qui apparaisse à la fois d’un profond snobisme et qui soit fondu dans le moule des tapageuses années 80. Et c’est donc parti pour une photographie majoritairement rose bonbon éclairant les décors pompiers d’un style architectural romain revisité en pop art (pratiquement tous les murs s’ornent d’ailleurs de fresques érotiques pop art). Stupéfiant ! Seule une pièce y échappe : le bunker, qui est l’antre du grand-père survivaliste là où le reste de la maison reflète les personnalités de Stanley et Raquel, un couple échangiste s’imaginant à la pointe de la modernité. Ce qui explique l’omniprésence en ces lieux de haute technologie incomparablement futile et de toute façon souvent mal maîtrisée, utilisée entre autre pour séduire un gigolo grec et sa compagne peroxydée. Pour achever le tableau familial, nous trouvons une adolescente fan de MTV costumée avec la chatoyance d’un oiseau exotique et un gamin endoctriné par son grand-père disposant toujours d’une mitrailleuse à portée de main. Des personnages secondaires tel qu’un petit ami sorti du fan club de Judas Priest ou une présentatrice télévisée dans la lignée d’Elvira viennent compléter les Putterman sans jamais les confronter à la normalité. En un sens, TerrorVision marche sur les plates-bandes de La Famille Addams, à ceci près que la dominante macabre est remplacée par une vision jusqu’au boutiste de la culture populaire des années 80, dont le côté foutraque semble avoir été pleinement assimilé par Ted Nicolaou. Pourtant, ses personnages amusent à force de crétinerie et leur environnement confine au génie à force de ridicule, tant et si bien qu’ils ne sont en aucun cas antipathiques. Le réalisateur aime l’excentricité sous toute ses formes, et se garde bien de prolonger la satire par de la méchanceté.

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A eux seuls, les Putterman et ceux qui gravitent autour auraient pu suffire à remplir un film qui aurait été déjà bien toqué. Nicolaou a cependant voulu le faire définitivement basculer dans le délire (et l’enraciner dans la science fiction et l’horreur) en y catapultant un extra-terrestre dont le moindre des mérites n’est pas d’être le parangon de laideur de cette maison de fous. John Carl Buechler, le chef incontesté des monstres Empire, s’est mis à l’ouvrage avec l’idée de donner vie à un monstre le plus dégueulasse possible. Pas dégueulasse dans le sens où il pourrait effrayer à sa seule vision, mais bien dans le sens de repoussant. C’est un amas péteur de graisse suintante muni d’une pince, d’un œil posé sur une trompe et d’une bouche de travers garnie de dents plantées n’importe comment. Quant à ses méfaits, ils consistent à ingérer ses victimes par le biais de l’espèce de viscère sanguinolente qui lui sert de langue, ne laissant d’eux que des fluides douteux. Sans être vraiment gore, l’ensemble est d’un violent mauvais goût qui a parfaitement conscience de lui-même. Nicolaou dresse d’ailleurs le parallèle entre son monstre et ceux des années 50, TerrorVision s’inscrivant tout à fait comme l’héritier des vieilles productions fauchées aux ennemis venus d’ailleurs. Ainsi, la bête provient de la télévision et s’y réfugie à l’occasion, ce qui est une façon de dire qu’elle est la descendante des ces monstres extra-terrestres qui envahissaient naguère les écrans et qui continuent à faire les belles heures de l’émission de Médusa, elle-même fortement inspirée par Vampira (l’ancêtre de Elvira, connue aussi pour son rôle dans Plan 9 from Outer Space). L’origine du monstre et la façon tarabiscotée dont il s’est retrouvé sur Terre entretiennent tout autant la filiation avec ces créatures qui à l’époque faisaient écho aux avancées scientifiques, tout comme l’intrus des Putterman est apparu suite aux errements technologiques combinés du maître de maison et d’un autre extra-terrestre situé sur Pluton (qui pendant tout le film essaie de joindre en vain les Putterman par la télévision, avant finalement d’apparaître en chair, en os et en caoutchouc dans le final). Nicolaou clame haut et fort son goût pour les séries B et Z de l’époque, et son objectif est purement et simplement d’en redigérer la saveur pour mieux l’adapter aux années 80, propices aux excentricités de la sorte.

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La filmographie de l’Empire est haute en couleurs, mais incontestablement TerrorVision décroche la timbale. C’est à peine si Nicolaou a besoin d’un scénario tant son sens du grotesque est poussé loin. La simple observation de l’écran et un minimum d’écoute des personnages suffisent à combler les attentes… Il en a bien conscience et à une parenthèse près (le frère, la sœur et le copain de cette dernière croient un temps avoir réussi à apprivoiser le monstre et veulent en faire leur semblable) il se limite à aligner les victimes du monstre. Du reste, ces victimes ne disparaissent pas vraiment puisqu’elles ressurgissent à l’occasion des entrailles de la bête. Nicolaou ne peut décidément pas s’empêcher de faire dans le tordu, et son premier film est un monument de bizarrerie, certainement le plus abouti du genre que nous a livré l’Empire.

 

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