Action Cinéma Science-Fiction

Terminator Genisys – Alan Taylor

terminator-genisys-affiche

Terminator Genisys. 2015.
Origine : États-Unis
Genre : Franchise en phase d’obsolescence
Réalisateur : Alan Taylor
Avec : Arnold Schwarzenegger, Emilia Clarke, Jai Courtney, Jason Clarke et J.K. Simmons.

En l’an 2029, dans les décombres de ce qui fut par le passé la ville de Los Angeles, la résistance menée par John Connor frappe un grand coup en parvenant au cœur des défenses de Skynet. La victoire lui semble acquise, à ceci près que l’intelligence artificielle a réussi à envoyer dans le passé un cyborg dont la mission consiste à tuer Sarah Connor avant qu’elle n’enfante du futur chef de la résistance. Pour contrecarrer ces plans et la protéger, John Connor envoie Kyle Reese. Sauf que sur place, surprise ! La jeune femme en détresse s’est muée en véritable guerrière qui dispose toujours d’un train d’avance sur son « protecteur », lequel ne comprend rien à ce qui se passe. A commencer par l’imposante présence d’un T-800 que Sarah appelle « papy ».

Les années passent et les synopsis des Terminator restent désespérément les mêmes. Skynet envoie une machine pour dézinguer sa cible, les Rebelles font de même pour l’en empêcher, et tout ce beau monde débarque à Los Angeles pour une longue course-poursuite à grands renforts de pyrotechnie et d’effets spéciaux derniers cris. Preuve s’il en est que le Terminator original se suffisait amplement à lui-même, ses deux suites n’étant que d’opportunes machines à fric. Et puis Arnold Schwarzenegger est devenu Gouverneur de la Californie. La saga ne pouvait alors plus tourner autour de son imposante personne, mais ne pouvait pas non plus en rester là. Pensez donc ! Un titre si populaire. Terminator Renaissance avait donc vocation à relancer la machine, en s’articulant autour du personnage clé de la saga, John Connor, et de la guerre qu’il mène contre les machines. Un parti-pris comme un autre qui avait au moins le mérite de sortir les Terminator de leur schéma immuable. Cependant, en dépit d’une forte attente, le film ne rencontra pas un franc succès, au point de devenir le vilain petit canard de la saga, supplantant in fine son prédécesseur Terminator 3. Mais ça, c’était avant que Terminator Genisys ne voit le jour… Ce cinquième opus cumule les mauvais choix et les idées aberrantes avec un entrain qui confine à la parodie. Si sur le plan narratif, Terminator Genisys s’en tient aux seuls films réalisés par James Cameron, dans le fond, il pioche allégrement dans tous les épisodes de la saga, prolongeant parfois jusqu’à l’absurde des passages déjà honteux.
Pur reflet de son époque, Terminator Genisys est un film hybride, à la fois remake (des pans entiers de Terminator sont repris au plan près), reboot (le but de l’entreprise relève bien entendu de la mise en route d’une nouvelle franchise) et séquelle des deux films de James Cameron. Un exploit réussi sur le dos des paradoxes temporels, astuce scénaristique pour notamment offrir un duel de T-800 entre l’Arnold Schwarzenegger d’aujourd’hui (« vieux mais pas obsolète ») et sa version numérisée de 1984. Un mano-a-mano pour le moins déceptif et révélateur du traitement aléatoire dont bénéficie le T-800 ridé (selon une astuce soufflée par James Cameron lui-même : le cyborg étant constitué de tissus humains, ceux-ci souffrent de la dégénérescence habituelle au contraire de sa mécanique interne), ici incapable de dominer son homologue, mais plus tard, capable de tenir la dragée haute à la dernière trouvaille de Skynet, entre autres exploits. Fondamentalement, Terminator Genisys n’apporte rien de neuf à la saga. Au contraire, cet opus tend à la rendre encore plus tributaire d’Arnold Schwarzenegger à l’aune d’un ultime rebondissement incroyable de bêtise. En outre, ce T-800 modèle 2015 exacerbe les défauts apparus en 1991 en prolongeant l’humanisation de la machine jusqu’à son point de non retour. Après avoir été une météoritique figure paternelle pour John Connor, il nous apparaît désormais en père adoptif de Sarah, protecteur jusqu’au-delà du raisonnable, au point de saisir la moindre opportunité pour rabaisser un Kyle Reese énamouré. Le tout à grand renfort de vannes plus ou moins bien senties (Arnold ne se refait pas) et de gags dont l’un est extrait des scènes coupées de Terminator 2 ( le T-800 se forçant à sourire). Un humour d’autant plus navrant qu’il n’arrive pas à la cheville du détournement de la bande-annonce du film en faveur d’un spot de la prévention routière diffusé en amont.
L’entreprise de destruction ne s’arrête pas là, et s’étend aux personnages périphériques. De prime abord, Sarah Connor demeure cette guerrière façonnée par James Cameron, en moins tête brûlée. Désormais consciente de son destin, elle se refuse à lui céder, et par conséquent de tomber dans les bras de son sauveur du futur, un Kyle Reese totalement largué. Curieusement, cette nouvelle mouture de Sarah Connor tend à s’effacer au fil du récit, redevenant progressivement la femme en détresse qui ne peut trouver le réconfort que dans les bras de son sauveur. Pour un personnage qui se voulait maître de ses choix, on repassera. Et en guise d’approfondissement, le film nous apprend au détour de dialogues édifiants que ladite Sarah est fan d’Elton John. Une information capitale qui ne trouve pas d’illustration, la demoiselle préférant écouter un groupe quelconque au volant de son fourgon (sans doute les droits d’auteur étaient-ils trop élevés pour un budget déjà conséquent). Quant à Kyle Reese, le soldat dévoué devient une sorte de benêt, plus enclin à se disputer les faveurs de Sarah avec le T-800 qu’à agir avec mesure. Tout juste impose-t-il un nouveau paradoxe temporel, par la grâce duquel il parvient à mettre un terme aux agissements de Skynet, non sans le sempiternel compte-à-rebours dont le suspense censément induit ne fonctionne plus depuis belle lurette. On peut même s’interroger sur leur choix de débarquer à seulement quelques heures du moment fatidique alors qu’il leur était possible de régler leur machine temporelle à une date beaucoup plus confortable au niveau timing. Mais bon, à ce stade là, le film n’en est plus à une grosse ficelle près.
En guise de modernité, Terminator Genisys n’apporte que l’idée d’un monde sur-connecté, miroir à peine déformant de notre société, le terreau idéal pour que Skynet affirme sa suprématie en toute quiétude. Une simple toile de fond pour une dernière partie qui s’apparente à un pauvre décalque du Terminator 3 honni – un comble ! –, la Terminatrix laissant place à un John Connor reconfiguré, plus coquille vide que jamais. Les scènes d’action se succèdent alors sans génie, certains personnages entrevus au début du film réapparaissent sans que cela n’apporte rien au récit (le jeune flic sauvé des griffes du T-1000 par Kyle Reese retrouve nos héros dans le futur pour un coucou sans conséquence), et l’intrigue ménage quelques pistes à l’emporte-pièce (Qui a bien pu envoyer le T-800 sauver Sarah durant son adolescence ?), uniquement pour nourrir à peu de frais les suites envisagées.

En ces temps de réappropriation des grands titres passés, Terminator Genisys ne jure guère. Opportuniste, moche et sans idées, ce blockbuster faisandé se noie dans la fange des films lancés pour de mauvaises raisons. Tout juste distrayant pour le spectateur de bonne composition, ce film poursuit l’entreprise de déboulonnage des icônes passées par une Hollywood plus cynique que jamais. Ce n’était sans doute pas innocent de la part de James Cameron de justement situer le noyau du cataclysme à Los Angeles.

1 commentaire

  • C’est un film qui m’a plut, mais dont les faiblesses sont tellement importances qu’il faut faire éviter de se prendre la tête et de profiter du spectacle. Le film doit énormément aux films de James Cameron surtout dans le recyclage de scènes clés, qu’il s’est pris aux pièges pour la suite car il ne pourra joué cette carte là. J’ai l’impression que Jurassic World a lui aussi joué sur la nostalgie de Jurassic Park, qu’il en a repris la structure et des éléments clés. Je pourrais dire la même chose de la fausse prequel de the thing, du remake/ reboot/ suite de predators, à croire qu’il est désormais impossible de créer une histoire qui tiennent sans piller leur modèles.

Laisser un commentaire