Action Cinéma Science-Fiction

Star Wars épisode II : L’Attaque des clones – George Lucas

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Star Wars episode II : Attack of clones. 2002.
Origine : Etats-Unis
Genre : Space opera
Réalisation : George Lucas
Avec : Ewan McGregor, Natalie Portman, Hayden Christensen, Samuel L. Jackson…

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Pour la plus grande joie de George Lucas, La Menace fantôme a rencontré un joli succès un peu partout dans le monde. Certes, pas au point de détrôner le champion toutes catégories Titanic, ni même La Guerre des étoiles, mais suffisamment pour le rassurer quant à la viabilité de son univers. Cependant, si les chiffres sont bons, il n’en va pas de même des réactions, pour le moins négatives. Avec La Menace fantôme, George Lucas a réussi la prouesse de se mettre une bonne partie des inconditionnels de sa saga à dos. A tel point que L’Attaque des clones est désormais attendu avec la plus grande circonspection voire plus attendu du tout. A noter qu’entre les épisodes 1 et 2 de Star Wars est sorti La Communauté de l’anneau, le premier volet de la trilogie du Seigneur des anneaux, dont l’univers semble s’être idéalement substitué à celui créé par George Lucas. En transposant à l’écran les livres de J.R.R. Tolkien, Peter Jackson n’illustre ni plus ni moins qu’une lutte sans merci entre le Bien et le Mal, à l’instar d’un George Lucas, mais de manière plus frontale et dénué de second degré. Alors que La Menace fantôme nous est apparu comme un objet désincarné, plus volontiers axé sur la technologie que sur les personnages, La Communauté de l’anneau offre le profil inverse, se concentrant d’abord sur ses personnages et des enjeux dramatiques immédiatement identifiables. Alors que la révolution Star Wars était autant due à la puissance de l’univers dépeint qu’à son statut de pionnier, la sortie de La Communauté de l’anneau indique désormais qu’en terme de mythologie cinématographique et de grand spectacle, George Lucas n’est plus le seul à pouvoir en produire et certainement pas le plus doué.

Dix ans ont passé depuis la nomination de Palpatine en tant que Chancelier Suprême de la République. Dix années durant lesquelles les choses sont allées de mal en pis. Un mouvement séparatiste mené par le comte Dooku met à mal la stabilité de la République. Devant la menace, et pour suppléer aux chevaliers Jedi peu nombreux, la constitution d’une armée de la République paraît la meilleure solution. Toutefois, elle ne rencontre pas un écho entièrement favorable au Sénat. Devenue sénatrice, Amidala s’y oppose farouchement, ne souhaitant pas précipiter la République dans une guerre qui serait alors inévitable. Par ses prises de position, elle devient rapidement la cible d’attentats. Afin de la protéger, le conseil des Jedi dépêche Obi Wan Kenobi et son padawan Anakin Skywalker à son service.

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Dès l’annonce d’une prélogie mettant en avant la déchéance de Anakin Skywalker, futur Dark Vador, nous savions que sa tonalité ne pouvait pas être guillerette. Or sur ce plan, La Menace fantôme laissait une impression mitigée. Comme effrayé par la perspective de dépeindre un univers trop sombre dès le début, George Lucas s’est avant tout appesanti sur la luxuriance de ses décors et un humour enfantin trop en décalage avec la gravité des enjeux sous-jacents. L’Attaque des clones se devait de corriger le tir, notamment en durcissant son ton et en précipitant Anakin un peu plus près du gouffre. Pour cela, George Lucas reprend la formule qui lui avait tant réussi sur L’Empire contre-attaque, à savoir un film à la narration éclatée, aux enjeux mieux définis et à la tonalité plus désespérée.
Pour cet épisode 2, George Lucas s’ingénie à réunir tous ses personnages pour mieux les séparer. Coruscant, sorte de capitale de la République où réside le Sénat, représente le point névralgique de toute l’histoire. C’est là que nous retrouvons tous les principaux protagonistes de cette nouvelle trilogie, comme une dernière revue d’effectif avant que les choses sérieuses ne démarrent. Si la plupart d’entre eux n’ont guère changé, Anakin est quant à lui devenu un jeune adulte, conscient désormais de cette force qui l’habite. A tel point qu’il nourrit une trop grande confiance en lui qui confine à la vanité. Il en résulte un conflit permanent entre Obi Wan Kenobi et Anakin. Si Obi Wan, pour l’avoir formé conformément au souhait formulé par Qui Gon Jinn au seuil de la mort, connaît mieux que quiconque l’étendue de son pouvoir, il sait également que son impétuosité et son manque de discernement posent soucis. Anakin se laisse trop aller à la colère et montre des premiers signes de dissidence à l’égard du conseil des Jedi. Pour faire court, il vit sa crise d’adolescence, cherchant à s’émanciper de l’influence de la figure paternelle qu’incarne à ses yeux Obi Wan Kenobi. Le décalage amorcé dans La Menace fantôme se poursuit ici avec un Anakin Skywalker plus enfant gâté que jamais. Ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes, le premier étant de sérieusement écorner le mythe Dark Vador. En choisissant de remonter si loin le cours de la vie du futur Prince Noir, George Lucas a pris le parti d’en faire une figure tragique, quasi christique. Il n’a d’ailleurs jamais caché que le concept même de la Force s’inspirait des diverses religions régissant le monde. Toutefois, depuis l’épisode 1, la saga prend un tour chrétien des plus évidents. Ainsi, avions-nous appris que Anakin était le fruit d’une sorte d’immaculée conception. Et comme le Christ, il a le statut d’élu, homme dont la destinée doit coïncider avec le changement du monde. Quant au côté obscur de la Force, il s’apparente aux tentations du Malin, auxquelles le jeune homme doit absolument résister. Tout est réuni pour qu’on s’attache à ce personnage qu’on a tant aimé haïr lors de la trilogie originale et pourtant, cela ne fonctionne pas. Le jeu de Hayden Christensen -le nouvel interprète d’Anakin- n’est pas en cause. Après tout, le jeune comédien se débat comme il peut avec ce qu’on lui donne à jouer, et c’est là que le bât blesse. George Lucas rate à peu près toutes les scènes fondatrices de la saga à venir (qui existe déjà en fait, faut suivre…), et plus particulièrement la romance entre Amidala et Anakin.
A l’aune de cet épisode 2 et de son contenu, on s’aperçoit que La Menace fantôme n’a servi que de longue introduction occultant les éléments susceptibles d’apporter un regard nouveau sur les événements à venir. Toutes les références à la première trilogie (la planète Tatooine et ses occupants, essentiellement) ne constituent que des clins d’œil dont la présence ne fait pas avancer le schmilblick, quand ils ne le sabordent pas purement et simplement (le retour de R2-D2 et C3PO). Dès lors, ce retard au démarrage contraint George Lucas à mettre les bouchées doubles, ce qui ne va pas sans quelques anicroches. Prenons le cas le plus flagrant, la rencontre entre Anakin et la famille Lars, dont le jeune fils, Owen, est bien connu pour être la fameux oncle Lars de Luke Skywalker. Dans le film, les deux hommes ne font que se croiser le temps d’une brève poignée de main alors que selon les dires du vieux Ben dans La Guerre des étoiles, ils s’étaient longuement côtoyés. De cette relation évoquée, il n’en reste aucune trace. George Lucas sent que le temps presse, qu’il a encore de nombreux wagons à accrocher à la locomotive Star Wars pour que l’ensemble fasse sens, alors il élude certains détails ou en cantonne d’autres à l’arrière-plan. Les rapports Anakin – Obi Wan en prennent un coup également. Ceux-ci sont essentiellement développés sous l’angle conflictuel, alors que les deux hommes sont avant tout deux amis qui se respectent énormément. Dans le film, leur complicité et leur respect mutuel ne transparaissent que trop peu, ce qui devient dommageable lorsqu’on sait comment tout cela est voué à se terminer. Là encore, par manque de temps, George Lucas a dû faire un choix, et il a opté pour la romance entre le jeune Anakin et Amidala. Une erreur, surtout lorsqu’on voit le résultat à l’écran. Certes, leur coup de foudre est important dans le cadre de la tragédie qui se noue, mais celui-ci sonne davantage comme une amourette, avec roucoulades dans les champs et baisers volés, que comme une grande histoire d’amour. Lors de ces longs passages voulus comme romantiques (George Lucas reproduit même un équivalent à Venise), il n’en résulte que niaiserie et ridicule. Même Amidala, qui constituait l’une des rares satisfactions de l’épisode 1, en ressort amoindrie, se muant en gentille jeune femme en détresse juste bonne à arborer de nouvelles toilettes à chaque scène. Certes, la jeune femme use du pistolet laser lors de la bataille finale mais elle le fait avec un tel manque de conviction (merci l’écran vert !) que cela en devient risible. A ce propos, je soupçonne Natalie Portman d’avoir été gagnée par le même ennui qui avait déjà affecté la prestation de Ewan McGregor sur le tournage de La Menace fantôme. A force de ne jouer devant rien, on en arrive à ne plus rien transmettre du tout. Et les personnages de ressembler à des coquilles désespérément vides.
Avec L’Attaque des clones, George Lucas est allé encore plus loin dans le tout numérique. Yoda, par exemple, qui était encore une marionnette lors de l’épisode 1, devient un personnage entièrement conçu et animé par ordinateur. Dés lors, nous pouvons assister pour la première fois à un combat du maître Jedi, celui-ci virevoltant au quatre coin de l’écran tel un Sonic verdâtre. C’est aussi le cas de l’armée des clones dont chaque membre est issu d’un logiciel perfectionné par les gars de ILM, capable de multiplier jusqu’à l’infini des mouvements de troupes colossaux. Dés lors, la bataille finale qui oppose l’armée de la République aux soldats robots de la Guilde du commerce, à défaut d’être le morceau de bravoure tant attendu, s’apparente à une coûteuse cinématique de jeu vidéo. La première trilogie, constituée de bric et de broc mais avec beaucoup d’inventivité, parvenait sans peine à nous immerger dans un univers science fictionnel qui nous était immédiatement familier. Or ici, avec des moyens nettement plus conséquents, George Lucas ne parvient qu’à un résultat fade, lorsqu’il n’est pas hideux voire sentant le réchauffé. Ainsi, la course-poursuite dans Coruscant rappelle par sa verticalité celle du Cinquième élément, dont les designs étaient l’œuvre de Jean-Claude Mézières, auteur de la bande dessinée Valérian qui semble avoir déjà bien influencé la première trilogie. Et comme si cela ne suffisait pas, George Lucas retravaille l’essentiel de ses plans à la palette graphique, ce qui accroît encore davantage l’aspect factice de l’ensemble.
Par ailleurs, il procède à des choix étonnants qui contredisent son antienne consistant à dire à qui veut l’entendre que le contenu de la prélogie correspond à ce qu’il a toujours souhaité. La manière avec laquelle Jar Jar Binks, sorte de produit d’appel de La Menace fantôme, se retrouve subitement relégué au second plan atteste du contraire. Par ce choix soudain, il fait en quelque sorte allégeance aux fans meurtris que la présence de ce personnage avait irrité. Néanmoins, le bonhomme ne saurait se passer durablement de personnages vecteurs de second degré, ce qui explique la réapparition de C3PO (cette fois-ci sous sa forme achevée). L’androïde s’incruste littéralement dans le récit, sans que sa présence lors de la bataille ne soit justifiée autrement que par l’envie de George Lucas de reconstituer le duo humoristique de la première trilogie. Autre choix étonnant, l’apparition de Bobba Fett alors enfant, le fameux chasseur de primes qui a bien failli avoir la peau de Han Solo dans les premiers Star Wars. A l’époque, ce personnage était devenu très populaire au sein des inconditionnels de la saga, une popularité aussi inexplicable qu’inexpliquée mais que Lucas a souhaité prendre en compte. Il affuble donc le jeune Bobba Fett d’un père -Jango-, plus tueur à gages que chasseur de primes dans le film, et qui a l’insigne honneur d’être le modèle des clones composant l’armée de la République. L’identité du personnage -même costume et même vaisseau que le Bobba que nous connaissons- apparaît comme une concession faite aux fans mais ne revêt aucune utilité scénaristique. Le modèle des clones aurait pu être n’importe qui que cela n’aurait pas changé d’un iota la suite des événements. Par contre, cela montre à quel point George Lucas navigue à vue, se concentrant sur des personnages secondaires de la première trilogie au lieu de peaufiner le cœur de son récit, la guerre des clones à venir et le basculement progressif de Anakin du côté obscur de la Force. Car ce qu’il nous a montré jusque-là, Anakin massacrant les hommes des sables responsables de la mort de sa mère et sa crise de nerf sur Tatooine, ne fait pas très sérieux dans le cadre d’une déchéance annoncée.

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Avec L’Attaque des clones, George Lucas n’arrive pas à corriger les erreurs de La Menace fantôme. Encore une fois, il privilégie la forme sur le fond, se gargarisant de décors clinquants et de créatures multiples au détriment du drame qu’il est censé mettre en place. La figure d’Anakin en pâtit grandement. On éprouve plus d’antipathie que d’empathie pour ce personnage torturé aux atermoiements adolescents. Objectivement, La Revanche des Sith à venir a peu de chance d’inverser la tendance tant George Lucas semble avoir pris une mauvaise direction. Néanmoins, sur la seule base des propos du vieux Ben au jeune Luke Skywalker, les événements qui s’annoncent (la guerre des clones, le massacre des Jedi et le duel Obi Wan – Anakin) ne peuvent laisser indifférents tout ceux que la première trilogie a émerveillé. Et on se prend d’espoir que George Lucas retrouve un peu de sa superbe pour au moins clore la prélogie en beauté.

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