Action Cinéma

Speed Driver – Stelvio Massi

Ecrit par Loïc Blavier

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Speed Driver. 1980.
Origine : Italie / Espagne / R.F.A.
Genre : Action
Réalisation : Stelvio Massi
Avec : Fabio Testi, Orazio Orlando, Senta Berger, Francisco Rabal…

Entre autres bonnes choses systématiquement présentes dans les polars italiens, les courses-poursuites tiennent une bonne place. Qu’elles soient effectuées en voiture, en camion, en moto, qu’elles se déroulent en ville, à la campagne, sur des autoroutes, elles ont toujours attiré l’attention des réalisateurs. Disposer d’un bien plus maigre budget que leurs homologues américains n’a jamais fait peur aux réalisateurs italiens, capables de faire des merveilles avec des voitures modestes. Stelvio Massi, auteur notamment de la trilogie de « Mark » (avec Franco Gasparri dans le rôle titre) et grand amateur du genre, donne même la part belle aux engins motorisés dès 1977 avec son SOS jaguar, opération casse gueule, persiste en 1979 avec Moto massacre et signe en 1980 avec Speed Driver, parfois baptisé La Mort au bout de la route sous nos latitudes. Ainsi en trois films, il sera passé du simple milieu automobile à la compétition de moto professionnelle puis à la formule 1 ! Une évolution logique, parallèle à celle que connait Rudi (Fabio Testi) dans Speed Racer. Conducteur de motos ou de voitures gagnant sa vie en remportant des petits paris spectaculaires organisés par son manager et ami Napoli, il est repéré par un certain Esposito, qui lui propose de prendre le volant pour des compétitions automobiles professionnelles. Rudi en est ravi : non seulement il peut enfin trouver un salaire stable et généreux pour financer la cure de désintoxication de son frère, mais en plus il peut conserver Napoli auprès de lui en tant que mécanicien. C’était trop beau : il se rend compte qu’en l’envoyant aux quatre coins de l’Europe, Esposito se permet aussi de lui faire transporter de la drogue. La compétition n’est en fait qu’une couverture pour une écurie s’apparentant à une mafia. Obligé de mener à bien la première « mission » sous peine d’être dénoncé à la police, Rudi quitte son employeur au bout d’une course, d’autant plus vexé d’avoir été manipulé que son frère est justement en train de mourir d’un abus de drogues. Il rejoint alors Suzanne, une journaliste disposant de nombreux contacts lui permettant d’intégrer une véritable écurie, et cette fois directement en formule 1. Pour y faire bonne mesure, Rudi devra apprendre à gérer son idylle avec Suzanne, chose peu évidente. Et en plus Esposito n’a pas renoncé à faire de lui son cheval de trait…

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Speed Driver, ou quand les courses automobiles dépassent le polar. Et pourtant, paradoxalement, on ne trouvera ici qu’une seule course-poursuite classique, lorsque Rudi est poursuivi sur sa moto par une voiture de police. Un véritable parcours de cross en pleine ville, acrobatique et plein de suspense, Rudi ne devant pas seulement échapper à ses poursuivants mais aussi arriver à temps et sans être poursuivi là où on l’attend, c’est à dire ironiquement au circuit automobile. En revanche, tout ce qui relève des courses-poursuites « officielles », c’est à dire celles se déroulant sur une piste, se déroule sans aucun relief notable, à la façon dont la formule 1 est filmée et diffusée à la télévision. Massi alterne les séquences originales, dans lesquelles Fabio Testi est remplacé par un doubleur, et des stock-shots pas forcément très bien insérés dans le fil du récit. Ainsi, loin d’être des monuments de spectacle automobile, ces scènes plutôt nombreuses sont tout simplement confuses. Bien malin qui saura repérer quelle voiture est censée être celle de Rudi et quelle autre est celle de son principal adversaire, ex poulain de la journaliste Suzanne et potentiel concurrent amoureux pour notre brave héros. Quelques scènes d’accidents viennent pimenter tout cela, mais quand un réalisateur doit avoir recours à des stock shots granuleux pour rompre la monotonie de son film, ce n’est pas forcément bon signe. Malgré le passage à la formule 1, on en vient à regretter l’époque où Rudi était encore un amateur et s’amusait à accomplir des défis en moto pas très malins, du style traverser un pont sur son parapet. Des scènes qui avaient au moins pour elles de sortir des sentiers battus, contrairement à ces séquences automobiles « professionnelles » dans lesquelles le réalisateur se repose tout entier sur l’aspect glorieux des compétitions officielles, avec leurs grands prix, leur public, leur frénésie des stands… Un peu comme si en s’aventurant dans ce milieu et en utilisant des images de véritables courses, Massi escomptait pouvoir s’inscrire dans la foulée de Le Mans avec un effort moindre.

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Et puisque l’automobile est réduit à une toile de fond, toute l’attention du réalisateur se porte sur son personnage de Rudi, confronté à trois enjeux majeurs : aider son frère à sortir du monde de la drogue, réussir à se sortir du guêpier tendu par le trafiquant Esposito et se forger une solide relation amoureuse avec Suzanne. Trois intrigues très mal gérées : la première et la seconde tendent à être fusionnées, c’est du moins ce qu’attend le public du fait de différentes scènes montrant Rudi en train de donner de l’argent à un médecin et de rendre visite au frangin (vision très exagérée du toxico, d’ailleurs). La piste est toute tracée : Rudi s’emportera contre Esposito pour une question éthique avant même de placer son propre intérêt, avec les risques qu’il encourt dans le transport de drogues. Massi commence par suivre cette voie… et l’arrête brutalement. On ne reverra plus le frangin, et Rudi ne tarde pas à claquer la porte au nez d’Esposito. Lequel revient plus tard, alors que l’histoire d’amour est déjà bien avancée au point d’avoir fait oublier tout ce qui a précédé. Le polar s’est transformé d’un coup de baguette magique en mélodrame digne des soap opera (au lieu de tester sa voiture, Rudi reste un mois durant avec sa journaliste et patronne, entraînant la colère de son vieil ami Napoli), et Massi redonne un coup de cette même baguette magique pour faire réapparaître le polar en y mélangeant l’amour et l’amitié. Tout ceci est rudement mal géré, et le film donne l’impression de naviguer à vue sans savoir vers quoi il se dirige. D’où les transitions brutales et les schémas simplificateurs. Car de tout ce qui est développé, rien n’est vraiment très poussé : c’était le cas pour la compétition automobile, et çà l’est aussi pour les destinées de Rudi. Une simple histoire de drogue, une simple relation interférant sur les responsabilités… Massi se disperse et en fin de compte Speed driver est un film creux et réalisé sans enthousiasme, à l’image d’une bande originale inexistante. Un film poussif, duquel on ne retiendra que les quelques scènes d’action mentionnées ainsi que la prestation des acteurs, généralement très bons. Par sa forte présence et son penchant occasionnel à l’agressivité (lorsque le moment s’y prête), Fabio Testi parvient ainsi à donner un peu de consistance à l’ensemble en évoquant les traditionnels polars à l’italienne, ce que Massi aurait mieux fait de réaliser.

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