Cinéma Horreur

SOS maison hantée – Ronny Yu

Ecrit par Loïc Blavier

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Haunted. 1988.
Origine : Hong Kong
Genre : Fantastique
Réalisation : Ronny Yu
Avec : Bill Tung, Deborah Dik, Loletta Lee, Stephen Ho…

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La famille Chang est heureuse : contre toute attente, le père Bill (Bill Tung), architecte à la personnalité plutôt effacée, vient de recevoir une promotion au sein de son entreprise. Un bonheur n’arrivant jamais seul, le patron offre à Bill l’opportunité de déménager en lui prêtant gracieusement sa spacieuse résidence secondaire à la campagne. Bill, sa femme, leur adolescente, le copain de celle-ci et la petite dernière investissent donc leur nouvelle demeure, sans se douter qu’elle est hantée par l’esprit de toute une famille décédée dans d’atroces circonstances.

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Le nom de ce sous-genre hong kongais qu’est la « ghost-kung-fu-comedy » (à la mode dans les années 80) parle de lui-même et définit on ne peut mieux cet SOS Maison hantée qui n’est pas la première tentative de Ronny Yu dans ce domaine. The Trail et The Occupant (respectivement en 1983 et 1984) sont déjà passés par là dans sa carrière, mais avec le gros succès de Mr. Vampire, il était tentant de s’y recoller une autre fois. Faute d’une connaissance suffisante sur les films produits dans cette mouvance, il m’est difficile d’étalonner SOS Maison hantée par rapport à ses petits camarades. Il conserve de toute façon les trois caractéristiques mentionnées, plus quelques autres poncifs comme la présence d’un exorciste taoïste ou celle de monstres folkloriques. Pour le spectateur non habitué, son intérêt est notable du fait de l’exotisme de la chose. Mais l’originalité ne suffit pas à faire un bon film, encore faut-il que le réalisateur sache y faire et que le scénario parvienne à jongler entre ces composantes imposées et qui, a priori, pouvaient difficilement se rencontrer. Ronny Yu réussit plutôt bien cet exercice, en dépit d’un léger déséquilibre le temps que son intrigue se mette en place. C’est donc bien la comédie elle seule qui ouvre le film, portant sur une famille unie, trop unie (le père est harcelé par les gentillesses) qui a bien du mal à gérer sa nouvelle vie. De l’humour hong-kongais typique, à la fois gesticulant et grimaçant, avec un net penchant au burlesque et à la satire des relations humaines. La présence de Burly, petit ami de Jane, la fille, revêt l’apparence d’un grand coup de pied dans la fourmilière Chang. Gaffeur, prétentieux et mal élevé, il envahit leur quotidien quand bon lui semble, passant de sa propre maison à celle des Chang d’une scène à l’autre. Il est en quelque sorte le premier des fantômes, toujours à se promener de nuit dans la maison pour rejoindre la chambre de sa dulcinée, à faire un trou dans un mur en essayant vainement de planter un clou, à foirer l’installation électrique… Habilement, le personnage permet de faire le lien avec les vrais fantômes, qui sont amenés à mettre les bouchées doubles pour se distinguer des pitreries de l’ado débile (ce n’est pas en continuant à déplacer des plantes vertes qu’ils y seraient parvenus). Il n’est d’ailleurs pas la seule figure humaine à concurrencer les fantômes, puisqu’un vieux fou borgne traque les Chang avec insistance pour les inciter à déménager, apparaissant la nuit à travers des fenêtres, et même à travers des rayonnages de supermarché. Le vrai point de départ du film, celui qui apportera le surnaturel, interviendra avec le fameux exorciste taoïste, un ami de Burly au visage rondouillard et aux lunettes en cul de bouteille. Son exorcisme aura l’effet inverse de ce qui était recherché : non seulement il ne chassera pas les esprits, mais il va les provoquer avec une poudre magique qui entraînera la possession maléfique d’un aspirateur contre lequel notre bon exorciste devra user de ses talents de karatéka. Une telle scène, quand bien même est-elle amusante, n’est pas sans faire redouter la plongée du film dans la gaudriole la plus décervelée. Surprise : loin de confirmer nos craintes, Ronny Yu accentue au contraire la dimension fantastique voire horrifique de son film, jusqu’ici latente, et qui prend discrètement le pas sur la comédie sans pour autant l’enterrer. L’humour devient donc un peu plus fin (à l’image de Burly, plus discret), et Yu parvient même parfois à faire naître l’angoisse, chose impensable au début du film. Il le fait principalement grâce à ses talents d’esthète, avec une appréciable mise en valeur des éclairages saturés surréalistes, à dominante bleutée (il refera à peu près la même chose aux États-Unis dans Freddy Vs. Jason), entrecoupés de moments plus lumineux, aux teintes dorées. De même, un dessin d’enfant sur un mur passera du statut de singularité absurde à celui de véritable ingrédient horrifique. Le réalisateur a même recours à des scènes fantastiques se déroulant en dehors de la connaissance des personnages, donc strictement composées pour le spectateur, qui les apprécie avant tout pour leurs qualités plastiques. Cette application dans la conception joue pour beaucoup dans le regain de crédibilité du film, qui se rapproche alors de modèles américains clairement explicités. Outre le vieux fou menaçant, genre de personnage que l’on retrouve souvent dans les slashers, le Shining de Kubrick est évoqué d’une part via le tricycle de la gamine maison, et d’autre part par la décomposition de la famille Chang, aux mésaventures proches de celles des Torrance. Le père sombre petit à petit dans la folie (ce qui vaut tout de même quelques scènes décalées comico-horrifiques) jusqu’à être possédé. Dans sa phase « fou furieux », il prend l’apparence des démons de Evil Dead et agit à peu près de la même façon qu’eux. Même dans ses évocations cinéphiliques (La Malédiction est également citée via des scènes « de balustrades »), Yu parvient à garder la maîtrise de son film, de sa structure comme de sa tonalité. SOS Maison hantée est bien un film fou, mais sa folie reste maîtrisée, à l’exception peut-être des combats de karatés qui concluent le film, montés trop sèchement. C’est en tout cas une belle invitation à découvrir plus avant les « ghost-kung-fu-comedies ».

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