Cinéma Comédie Fantastique

S.O.S. Fantômes 2 – Ivan Reitman

Ecrit par Loïc Blavier

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Ghostbusters 2. 1989.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie fantastique
Réalisation : Ivan Reitman
Avec : Bill Murray, Harold Ramis, Dan Aykroyd, Sigourney Weaver…

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Cinq ans après avoir sauvé New York en éliminant Gozer le Destructeur, les Ghostbusters sont devenus des has been. Sans fantômes à casser, les quatre ex chouchous de la ville en sont réduits au minimum, et leur association n’existe plus que pour quelques enquêtes paranormales sans grande envergure. Chacun doit se débrouiller dans son coin : Peter Venkman anime une émission à tendance comique sur le paranormal à la télévision, Ray Stantz tient une librairie nommée « Ray l’occulte », Egon poursuit des expériences scientifiques étranges dans son coin et Winston se produit avec ses collègues (Ray dans le film) comme animateur de fêtes d’anniversaires pour moutards insolents. Quand à Dana Barrett, désormais employée dans un musée, non seulement elle n’a pas poursuivi sa relation avec Peter, mais elle est en plus désormais la mère célibataire d’un bébé prénommé Oscar. Mais tout cela va évoluer lorsque des événements étranges vont se produire en ville : l’apparition excessive du slime, une substance concentrant en elle tout le mal de la ville de New York, va ramener les Ghostbusters au sommet. Les fantômes sont de retour ! En enquêtant sur le pourquoi du comment, les Ghostbusters découvriront qu’un tyran et sorcier moldave du 17ème siècle nommé Vigo, sujet d’un tableau exposé au musée de Dana, cherche à revenir dans notre monde en utilisant les ondes négatives du slime !

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Si les Ghostbusters du film sont au début du film montrés comme des has-been, en revanche la réalité est toute autre. Le succès du premier film ne s’est pas démenti, sa réputation ayant en outre été entretenue dans la mémoire du public par le biais du dessin animé The Real Ghostbusters. Bref, les Ghostbusters ont toujours la cote, et la sagesse hollywoodienne aidant, un second film était inévitable, malgré le manque de motivation de quelques acteurs, avec notamment un Bill Murray qui avait déjà rechigné à tourner dans le premier film. Mais tout rentra dans l’ordre, et tous les acteurs principaux du premier film furent à nouveau réunis, toujours sous la houlette du réalisateur / producteur Ivan Reitman. Ghostbusters II pouvait démarrer, s’appuyant sur quelques nouveaux éléments tout droit issus du dessin animé, notamment le nouveau look et la nouvelle personnalité de Jeanine, la secrétaire, coincée dans le premier film, et ici au contraire délurée, légèrement kitsch et éprise d’un Louis Tully désormais attaché aux affaires légales des Ghostbusters. Pareil pour le fantôme nommé « Slimer », ennemi rencontré par les Ghostbusters dans le restaurant du premier film, qui dans le dessin animé fut utilisé comme « fantôme de compagnie » et qui ici devient un sympathique ectoplasme assez taquin envers le toujours aussi stupide Louis Tully. Louis, Jeanine et Slimer : trois personnages qui dans cette séquelle constituent une sorte de triangle sans base (puisqu’il n’y a aucun contact entre Slimer et Jeanine), conçu pour les amateurs du dessin animé et qui constitue une petite alternative à la grande association, celle des Ghostbusters (d’ailleurs le film présentera sur la fin Louis en chasseur de fantôme en solo, soutenu matériellement par les deux autres).

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Mais hormis ce trio, l’ensemble de ce Ghostbusters II se fait tout de même davantage remarquer par ses nombreuses similitudes avec le premier film. Toute sa structure est identique, et ce dès la première scène, à savoir le landau en roue libre en plein milieu de la rue qui fait écho au fantôme de la bibliothèque du premier film. Les autres étapes du premier film seront respectées : le coup d’éclat des Ghostbusters (le restaurant dans le premier film, le tribunal ici), la ghostbustersmania qui s’ensuit, la focalisation sur l’intrigue principale, l’apparition d’un personnage mettant des bâtons dans les roues de nos casseurs de fantômes, l’enquête amenant au big boss final, le déferlement des fantômes, l’utilisation d’une créature géante en plein New York (le méchant bibendum du premier film étant cela dit ici remplacé par la gentille Statue de la Liberté) puis la confrontation finale… Sans oublier de nombreux détails, comme la relation amour / haine avec le maire de la ville pour le plus important, ou encore le plaisir qu’éprouve Peter à désaccorder les instruments de musique dans l’appartement de Dana Barrett pour le moins important. Bref la construction de Ghostbusters II est la même que celle de Ghostbusters premier du nom. Manque d’initiative ? Honteuse facilité commerciale ? Il y a de ça, oui. Mais il n’empêche que la mayonnaise prend toujours aussi bien !

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Car Ghostbusters II, au même titre que son prédécesseur, est un blockbuster qui a conscience de son statut de machine commerciale, et qui s’amuse en en jouer. Voir traîner les quatre Ghostbusters (ainsi que leur voiture Ecto-1 réduite au rang d’épave) dans la boue au tout début du film n’est pas qu’un écho au premier film, où là aussi les héros (alors au nombre de trois) étaient au début considérés comme des ratés, mais c’est aussi un formidable moyen d’ironiser sur les hauts et les bas du statut de star. Adulés à la fin du premier film, les quatre personnages sont réduits au rang de moins que rien, le pire étant peut être la scène où Ray et Winston se font humilier par une poignée de morveux (dont le fils d’Ivan Reitman) réclamant Musclor en lieu et place des Ghostbuters qui 5 ans auparavant avaient tout de même sauvé le monde ! Un grand moment d’humour, que viendront prolonger les destins de Peter et d’Egon, le premier réduit au rang d’animateur de show télévisé cynique au milieu d’invités débiles (Dana Barrett ne lui avait-elle pas dit qu’il ressemblait à un « présentateur de show télévisé » dès sa première rencontre avec lui ?), et le second étant plus que jamais éloigné de toute réalité humaine via des expériences où il se plait à étudier le comportement de cobayes humains utilisés comme des rats de laboratoire. Le vedettariat a ses hauts et ses bas, et avec Ghostbusters, nous touchons aux extrêmes, puisque dans un premier temps ces Ghostbusters continueront à être la proie des yuppies étroits d’esprit qu’ils avaient tant fait souffrir dans le premier film, et qui ici vont jusqu’à les poursuivre en justice. Ce qui amènera donc l’équivalent de la scène du restaurant. L’attaque contre ces tristes bougres politiquement corrects sera ici d’autant plus forte qu’elle sera adressée à des représentants officiel de l’État, et de sa justice : un juge sadique et à une avocate suffisante. Non seulement ceux-ci se prendront les innombrables remarques comiques empreintes de l’ironie typique du toujours aussi gouailleur Peter Venkman, mais ils auront aussi affaire à la parodie d’avocat de la défense qu’est Louis Tully, incompétent et en complète osmose avec le côté « gentils vauriens » des Ghostbusters. Et puisque tout ceci se produit en audience publique, la foule commencera lentement à prendre fait et cause pour les Ghostbusters (« Sometimes, shit happens, and who you gonna call ?!! »), d’autant plus que les représentants de la justice apparaîtront comme les vrais salopards de l’affaire, défendant leurs idées avec une telle méchanceté qu’ils feront naître des fantômes du slime ! Et quels fantômes, puisqu’il s’agit des fantômes de deux condamnés à mort, des victimes du juge sadique qui reviennent en quelque sorte se venger. Comme dans le premier film avec Slimer, ces fantômes ne sont en réalité pas méchants, et ils apparaissent finalement comme des alliés des Ghostbusters dans leur lutte contre le politiquement correct. Par la suite, et comme dans le premier film, l’emmerdeur de service (l’écologiste Walter Peck dans le premier film, ici un adjoint au maire) devra lui aussi se rendre compte qu’aux yeux du public et même du maire désemparé, il ne fait pas le poids face à l’engouement pour les casseurs de fantômes. Quoi qu’il en soit, le résultat est le même : les Ghostbusters sont de retour, et de nouveau adulés !

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Si la première partie du film nous avait montré des Ghostbusters has been, la seconde partie ou tout du moins l’immédiate partie après l’épisode du tribunal nous montre l’exact opposé. Comme dans le premier film, l’accent est mis sur le phénomène de mode faisant écho au succès présumé voire inévitable du film en nous présentant les héros (au nombre de trois au tribunal, puisque comme dans le premier film Winston n’est pas intégré à ce premier fait d’armes) se vendant eux-mêmes auprès des médias, ce qui donne l’occasion de présenter une nouvelle publicité des Ghostbuters, une modernisation de celle vue au début du premier film, qui cette fois présente l’incontournable élément né dans les années 80 : le marchandising. Ne reculant devant aucun procédé putassier, les Ghostbusters offrent désormais des mugs et des ballons à leurs clients ! Le lien avec le merchandising du film en lui-même est évident et la séquence en apparaît d’autant plus drôle, surtout que la publicité en question nous montre de piètres acteurs (Louis et Jeanine), un fantôme animé avec une ficelle et les héros se livrant à un vague pas de danse suivis de monologues commerciaux caricaturaux à l’extrême. Les Ghostbusters sont décidément des films postmodernes !

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Attardons nous maintenant sur le slime. Cette substance décrite par Ray et Egon au maire en des termes scientifico-débiles comme les Ghostbusters peuvent en sortir tant, et qui font ici écho au monologue sur les apparitions de Gozer par Louis dans le premier film. « Des émotions humaines négatives se matérialisent en prenant la forme d’un plasma psychoréactif visqueux avec un potentiel explosif supranormal. » Telle est la description du slime. Et, donc, « un flux psychomagnétérique de slime d’immense envergure se précipite dans cette ville ». En d’autres termes, toute la méchanceté des habitants de New York nourrit le slime, qui lui-même nourrit Vigo, le fléau des Carpathes. Les scénaristes Aykroyd et Ramis s’attardent ici sur le cas de la ville de New York, de sa criminalité et de ses mauvais sentiments (« Être un misérable connard et traiter son prochain comme de la merde est le droit que Dieu à accordé aux new yorkais ! » déclare le maire). Certes, ce n’est pas le même genre d’attachement que peuvent porter à cette ville des gens comme Martin Scorsese ou Abel Ferrara, mais tout de même, les Ghostbusters sont des films qui sont intimement liés à New York. Avec le slime prenant de l’importance, on pourrait penser que la ville n’est qu’une grosse pomme pourrie, qui s’apprête à se détruire d’elle-même en permettant à Vigo de revenir sur terre. C’est en tout cas la vision qui nous en est donné pendant une bonne partie du film. Mais c’est sans compter sur les Ghostbusters, qui vont inverser les processus. Celui du slime, tout d’abord, inversé en énergie positive dans des nouveaux « positroneurs désintégrants » (l’équipement utilisé pour chasser les fantômes) qui transforme tous ceux avec lequel il se trouve en contact en espèce de hippie déclarant son amour à tous ses prochains. La scène présentant les expérimentations arrivant à ce résultat est d’ailleurs aussi drôle que le résultat en lui-même. Et puis les Ghosbusters vont finalement trouver le moyen d’inverser la haine de New Yorkais en joie et en sympathie avec l’emploi de ce symbole qu’est la Statue de la Liberté, couplé à l’esprit bon enfant des scènes traditionnelles de fêtes de fin d’année, avec cette foule chantante, rassemblée dans leur foi pour des Ghostbusters qui comme dans le premier film apparaissent autant en sauveurs de l’humanité pour ce qui est des fantômes que pour ce qui est de leur faculté à rassembler tout un peuple derrière eux, et à le délivrer du consensus politiquement correct (la statue qui écrase une voiture de police est un autre plan discret, mais très significatif) sans pour autant verser dans l’anarchie immorale. Et là encore, avec un sens développé de l’auto-parodie, avec notamment les excès du slime positif. Du grand art !

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Ghostbusters II est donc un film quasi entièrement basé sur son prédécesseur. Si on regrettera parfois la perte du charme de l’esthétique 80s (oui oui, cette décennie possède un certain charme), on appréciera en revanche toujours autant le sens de l’humour inchangé, l’irrévérence et le développement ou l’apparition de certains thèmes. Et puis il reste le côté technique, toujours impeccable, et desservant toujours à la perfection l’humour du film (le retour du Titanic au port ! La descente dans le métro !). Vigo, le fléau des Carpates, sera moins menaçant que Gozer (il faut dire qu’il est largement éclipsé par le concept du slime), la scène finale un peu plus décevante car moins grandiose, et la relation Peter et Dana n’ira pas chercher bien loin. Mais tout ceci est peu de chose face à tout le reste. Ghostbusters II est une immense réussite !

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